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Newsletter e-Journal PSE 75

Promouvoir la santé à l'école est un e-Journal destiné aux professionnels de la promotion de la santé à l'école et, plus largement, à ceux intéressés par les enjeux de santé en milieu scolaire.
n°75 Avril 2020

Sommaire

DOSSIER  Depuis 2015, le Fonds BYX lance des appels à projets pour encourager les écoles à rénover leurs sanitaires. Les conclusions d'une évaluation concernant les trois premiers appels ont été publiées : à coup sûr, le programme Ne Tournons Pas Autour Du Pot a bouleversé - positivement - certaines pratiques au sein des écoles. Avec une place à prendre pour les services PSE ?

ETHIQUE  C'est un thème dont on parle peu et pourtant... Les jeunes examinés dans les services PSE ressentent de la gêne pudique. Et les médecins? Parfois aussi. Le Dr Jean Coërs y a réfléchi dans son travail de certification en médecine scolaire. 

EN BREF  Une série d'informations sur la vaccination.

PIPSA  Des outils pour échanger autour du corps

 DOSSIER 

Ce "petit coin" qui a changé leur quotidien...


Constater que les toilettes d'un établissement scolaire doivent être rénovées, c'est une chose. Le faire en est une autre. Depuis 2015, le Fonds BYX aide à rendre le changement possible. Une évaluation vient de se pencher sur sa méthode de soutien. L'aide que les équipes PSE pourraient apporter à de tel projets y est évoquée.

Ne tirez pas sur l'ambulance ! Certes, toutes les équipes PSE ont sans doute déjà été confrontés, lors de leurs visites d'établissement, à des sanitaires dégradés (sinon indignes), propres (?) à décourager les élèves et tous ceux qui se préoccupent de leur bien-être. Mais cette situation n'est pas inéluctable. Ainsi, depuis 2015, un acteur change la donne : via le programme Ne Tournons Pas Autour du Pot (NTPAP), le Fonds BYX propose aux écoles d’améliorer l’état, l’accès et la gestion de leurs sanitaires, par le biais d’aménagements matériels et d’actions de sensibilisation. Ce soutien passe par un appel à projets bénéficiant d'une aide méthodologique (fournie par Question Santé) et financière (désormais prise en charge par la FWB à travers le Pacte d'excellence, avec une somme de 1 million dédié aux projets acceptés entre 2017 et 2020).

Les trois premiers appels à projets lancés (et subventionnés) par le Fonds BYX viennent d'être évalués dans un rapport déposé en janvier dernier. L'évaluation a principalement été réalisée d'après un questionnaire rempli par 74 des 100 établissements ayant bénéficié du programme de soutien. Ces réponses ont ensuite été complétées par des entretiens menés lors de 6 visites sur sites ainsi que par téléphone (dans 18 cas), le tout sur la base d'une grille prédéterminée (mais non exclusive) de questions. Le rapport d'évaluation permet à la fois d'en apprendre davantage sur l'initiative menée par le Fonds BYX et sur son déroulement mais, aussi, de tirer des enseignements plus généraux, loin d'être inutiles à tous les porteurs de projets que sont, aussi, les services PSE....

Gardez la mémoire...


Les auteurs de l'analyse pointent une difficulté liée au fait qu'en très grande majorité, ces projets ont été portés ou incarnés par les directions des établissements mais qu'un certain nombre de ces responsables ne sont plus en place dans les écoles. Dès lors, dans certaines écoles, il s'est avéré impossible ou difficile de répondre à toutes les questions. Plus généralement, les risques liés à ce turn over de personnel ont concerné tant la mise en œuvre du projet que sa transmission

Ce point soulève un questionnement propre à interpeller toutes les équipes PSE : celui de la pérennité des projets lancés en collaboration avec les écoles. Que deviennent ces initiatives en cas de départ de leur(s) cheville(s) ouvrière(s) principale(s) ? Le rapport d'évaluation destiné au Fonds BYX recommande plusieurs mesures allant dans le sens d'une indispensable préservation des projets sur le long terme, en prévoyant des procédures et des mesures destinées à transmettre la mémoire de ce qui est mené au cours d'un projet. Grâce à des traces écrites ou à des mesures de conservation des informations et des expériences, on éviterait ainsi que des initiatives s'éteignent ou dépérissent lorsque leurs promoteurs quittent un établissement sans avoir pu passer le relais (souvent par faute de temps)....

Un début, pas une fin

Par ailleurs, même si, actuellement, en grande partie, les projets analysés dans ce rapport d'évaluation ont été pérennisés (souvent avec le soutien des élèves), le texte rappelle que cette exigence implique de continuer la sensibilisation des différents acteurs concernés une fois l'initiative "terminée"...
En effet, il ne suffit pas de modifier des murs, de l'électricité, des décorations ou des points d'eau. Encore faut-il parvenir à maintenir, sur le long terme, les améliorations enregistrées ainsi que les changements de mentalité et de comportements qui en découlent.

De fait, les répondants ne s'y trompent pas. Ils constatent qu'un cadre propre et beau semble favoriser davantage le respect des lieux par les élèves et certains parlent aussi d'un "cercle vertueux engagé". Mais, ajoutent-ils, "les actions de sensibilisation et de responsabilisation collective doivent perdurer et être menées régulièrement". Sur ce point, dans un établissement, un répondant a explicitement parlé de l'équipe PSE, dont le rôle est perçu comme indispensable pour pérenniser le projet.

Objectif atteint


Un autre élément essentiel est confirmé par le rapport : oui, ces appels à projets et leur réalisation ont permis d'améliorer concrètement la qualité du bien-être des élèves des établissements. L'objectif de promotion de la santé a donc été atteint. Mais les projets ont eu également plusieurs (autres) impacts et effets collatéraux positifs (lire les articles ci-dessous).

Par ailleurs, l'évaluation souligne à quel point les établissements font état de besoins multiples, collectifs et individuels, afin de mener à bien de tels projets. Là encore, sans doute les équipes PSE pourraient répondre à des demandes spécifiques... 
En tout cas, dans ses recommandations, le rapport évoque l'intérêt de partenariats avec les équipes PSE. Ainsi, dans quelques années, de telles collaborations pourraient permettre d'apprécier les effets des changements effectués sur la santé des élèves, comme par exemple une baisse de certaines pathologies.

Aux côtés des écoles


Dans l'évaluation des appels à projets menés par le Fonds BYX, 23 écoles ont cité les équipes PSE parmi les catégories d'acteurs qui pouvaient avoir joué un rôle soit dans la mise en œuvre du projet, soit pour son bilan, soit pour sa pérennisation (et parfois pour deux de ces étapes ou pour les trois).

Dans certains cas, cette intervention, certes reconnue, était jugée "faible". Toutefois, quelques écoles estiment que les équipes PSE a joué un rôle indispensable ou important. Ces établissements citent ainsi des interventions sur l'importance d'aller régulièrement aux toilettes ou bien le travail mené avec les enseignantes sur le thème de l'hygiène ou encore la création d'affiches, des animations santé ou enfin des activités portant sur le respect de soi et sur l'hygiène (lire aussi, en fin de dossier, le témoignage d'une infirmière d'un service PSE).

Un projet pour les sanitaires,
mais pas seulement...


Quels regards les établissements soutenus par les premiers appels à projets du Fonds BYX portent-ils sur l'aide dont ils ont bénéficié ? Voici quelques données sur des projets de rénovation ayant souvent changé bien plus que des sanitaires...

Petit rappel "historique" : le Fonds BYX, après avoir décidé d'orienter son action sur les problématiques de l'accès à l'eau dans les écoles, a lancé NTPAP pour "améliorer l'état des sanitaires en milieu scolaire afin d'accroître le bien-être des élèves ainsi que le cadre de vie collective, de manière durable", écrit le rapport d'évaluation qui vient d'être publié. Cet objectif visait (et vise toujours) toutes les écoles du fondamental et du secondaire de la FWB. C'est ainsi que, depuis 2015, au moins une fois par an, des appels à projets ont été lancés, avec des aides conséquentes à la clé pour les dossiers retenus (jusqu'à 5000 euros). Tradition oblige, un appel (à destination des écoles fondamentales) a déjà été lancé pour 2020.

Sur les trois premières années, seules visées par l'évaluation, 100 projets ont bénéficié d'un soutien. Comme c'est toujours le cas pour les appels à projets actuels, le premier critère de sélection du jury a porté sur la qualité du projet. Mais l'implication active des élèves, celle de l'ensemble des acteurs de l'école, le réalisme du projet, sa faisabilité, sa préoccupation pour la sensibilisation pédagogique, sa communication interne et externe, sa durabilité et la place de la consommation de l'eau figuraient parmi les autres critères de choix.

Le rapport d'évaluation confirme que c'est bien la sévérité de la vétusté ou de la dégradation des sanitaires qui est, en premier lieu, la raison d'un désir de rénovation. Et pour cause : comme l'ont expliqué les répondants, un état dégradé appelle les dégradations et décourage la fréquentation des sanitaires. Des toilettes dévastées risquent également de susciter un sentiment d'insécurité ou même de transformer effectivement les sanitaires en lieu privilégié de harcèlement.

Dans un tel contexte, les appels à projets ont eu un effet de levier et ont stimulé l'engagement de la plupart des établissements : plus de 8 projets sur 10 n'auraient pas vu le jour sans ce soutien qui, selon les témoignages recueillis, a constitué "le coup de pouce manquant" ou qui a permis de faire avancer "ce qui aurait été fait mais dans bien plus longtemps".

En fait, la reconnaissance de l'aspect largement bénéfique du programme NTPAP est incontestablement mise en avant par les répondants : NTPAP répond à un besoin et, à la fois, il constitue une opportunité pour aller bien au-delà, ont-ils estimé. Ainsi, selon certains d'entre eux, avoir mené à bien un tel projet a également été un facteur de dynamisme ouvrant sur le désir de se lancer dans d'autres travaux. L'initiative du Fonds BYX a donc été pertinente et utile, assure le rapport d'évaluation.

Parmi les points qui ressortent aussi de l'analyse, celui de l'implication des élèves est loin d'être mineur. Il s'avère que ce critère a été une nouveauté pour un certain nombre d'écoles. Mais il a eu des impacts positifs profonds, s'étendant parfois jusqu'à élargir ses effets à la place réservée aux élèves de manière générale... 

Interrogés sur l'aide et le soutien souhaités, les répondants ont estimé que pour permettre aux projets d'aboutir et de durer, c'est un atout de connaître et partager l'expérience des autres, tout comme de disposer d'informations concernant les aspects techniques des travaux à mener. Des besoins en outils spécifiques des équipes en charge de la PSE ont également été mentionnés avec, par exemple, des animations sur l'hygiène corporelle ou les troubles mictionnels. Par ailleurs, des leçons et brochures "clé en main" proposées aux enseignants seraient également utiles.

Des questions de respect


Le rapport souligne que pour 83 % des élèves et 79 % des enseignants, les sanitaires sont actuellement dans un état satisfaisant. Les améliorations visibles les plus souvent observées concernent celles du respect de l'intimité des usagers (81 %), la qualité de l'entretien (78 %), l'hygiène collective (77 %), un meilleur respect des lieux et une baisse du nombre des dégradations (72 %).

En revanche, les mesures mises en place par les projets ont eu peu de répercussions sur l'environnement : l'impact le plus fréquemment déclaré concerne une baisse de la consommation d'eau (47 %), généralement grâce à des boutons poussoirs ou à un système de détection autonome. Le coût d'infrastructures plus écologiques pourrait avoir été un frein aux choix permettant de réels changements de consommation. Au final, l'amélioration de l'empreinte écologique s'élèverait à 23 %.

Si vous voulez en savoir plus sur ces projets, consultez le site www.netournonspasautourdupot et abonnez-vous à la newsletter pour être tenu au courant des futurs appels à projets.

Questions bonus du côté des élèves...


Les réponses données pour l'évaluation des premiers projets sélectionnés par le Fonds BYX donnent un éclairage sur ce que les élèves en ont récolté. 

Combien de jeunes ont bénéficié des 3 premiers appels du Fonds BYX ? 
En tout, grâce aux rénovations ou aux transformations qui ont pu être menées avec l'aide du Fonds, ces 3 premiers appels à projets ont touché 19 380 élèves usagers des sanitaires améliorés. 

De quelles manières les élèves ont-ils été impliqués par les projets ?
Les jeunes ont été principalement - à 78 % - concernés par les actions de sensibilisation des pairs qu'ils ont été incités à conduire. Mais ils ont participé aussi au diagnostic des besoins (76 %), ainsi qu'à la rédaction d'une charte ou d'un règlement pour les sanitaires (69 %). D'une manière ou d'une autre, à l'exception d'une seule école, tous les établissements ont impliqué les jeunes. En grande majorité (9 cas sur 10), à l'issue de la réalisation du projet, la sensibilisation à la problématique des sanitaires a été maintenue par les enseignants, par les pairs ou par un acteur tiers.

Un tel projet, est-ce que c'est bon pour les élèves ?
Outre la ou les manières dont les jeunes ont été impliqués dans la construction, la gestion et la pérennité du projet, l'évaluation met en évidence un impact positif sur le bien-être des élèves. Les établissements d'enseignement spécialisé font même état d'un taux de 100 % d'impact sur le bien-être... Par ailleurs, des répondants remarquent que ces projets ont permis de faire reculer les tabous concernant les toilettes.

Quels ont été les autres principaux impacts de ces projets ?
Bonne nouvelle : dans 81 % des cas, les jeunes respectent des lieux rénovés et une baisse des dégradations a été remarquée. Les répondants du questionnaire pointent également, à 54 %, une amélioration de l'hygiène collective (par exemple via le lavage des mains, qui s'est bien davantage généralisé). Ils constatent une hausse significative (49 %) de la fréquentation des sanitaires. Autres points positifs : la satisfaction des élèves d'avoir été entendus et écoutés (42 % ), ainsi que leur fierté d'avoir contribué au projet. Les répondants notent enfin une baisse possible (9 %) des pathologies en lien avec une fréquentation insuffisante des sanitaires.
Cerise sur le gâteau : dans 96 % des cas, deux ans ou plus après les travaux, au moins une partie de ces impacts sont encore observés. 

Le coup de pouce de l’infirmière...


Dans ce témoignage (1), Laurence Heymans, infirmière scolaire à la commune d'Ixelles, explique comment elle s'est impliquée dans le projet de rénovation des toilettes d'une école soutenue par le Fonds BYX.

Depuis plus de 20 ans, Laurence Heymans, infirmière scolaire du Service PSE rattaché à l’école Saint-André, à Ixelles (Bruxelles) a mené de très nombreux projets de prévention santé auprès des familles et au sein des classes. "En général, ils concernent les dents, l’alimentation, les vaccins, le lavage des mains et l’EVRAS pour les plus âgés… mais c’est bien la première fois que je participe à un projet sur les toilettes", remarque-t-elle.

Dès qu’elle a appris que l’association de parents se lançait dans un projet sur ce thème, l’infirmière a proposé son aide. Elle est ainsi intervenue dans les classes où les professeurs motivés avaient décidé d’explorer le thème de l’eau.

En annonçant aux élèves d’une classe de 4primaire qu’ils allaient, ensemble, parler des toilettes, les réactions du genre "Oh non, pas ça !" n’ont pas tardé. Mais les deux séances menées avec les élèves ont ouvert la voie à de nombreux échanges, pour finalement laisser place à un intérêt marqué des élèves pour le sujet.

"J’ai débuté la première séance avec des photos montrant l’état des toilettes de l’école", indique-t-elle. Une question fondamentale a ensuite émergé : qui est responsable des toilettes ? "J’ai alors encouragé les enfants à ne plus passer par l’emploi du ‘on’ et à utiliser le ‘je’. C’est à travers le ‘je’ qu’ils ont pris des décisions les concernant personnellement, comme le fait de ne plus participer à des batailles de papier aux toilettes. Ou bien d’oser dire que non, ils ne sont pas d’accord avec certains comportements", précise-t-elle.

Laurence Heymans a également entendu les enfants qui racontaient ne pas boire durant la journée pour éviter de devoir aller aux toilettes à l’école. L’infirmière a alors pu aborder les conséquences physiologiques liées à de telles pratiques. Par ailleurs, elle a aussi été attentive à leur gêne de devoir demander du papier (2). (...) Les enfants ont également exprimé leurs difficultés face à ces toilettes considérées comme un lieu de jeux par certains, sans lumière (un problème désormais réglé) et aux portes sans verrou.

Au-delà des interventions qu’elle a menées, Laurence Heymans considère que son rôle consiste à servir d’intermédiaire entre tous les acteurs de l’école (parents y compris), afin de faciliter contacts et projets. Pour elle, il était donc logique de s’intégrer aux initiatives concernant l’eau et les toilettes. "Cette aide est bienvenue auprès des professeurs qui apprécient qu’on leur propose du matériel et des moyens pour exploiter ces thèmes dans leurs classes", précise-t-elle.

(1) Ce texte est issu d'un reportage réalisé sur le projet de rénovation de cette école : il a été publié sur le site netournonspasautourdupot.be, et peut être consulté dans son intégralité en cliquant : https://netournonspasautourdupot.be/parents-eleves-infirmiere-duo-choc-ecole-saint-andre/
(2) Lors de la rénovation, ce problème a été résolu par la pose de distributeurs de papier.
 ETHIQUE 

La pudeur, cette autre partenaire...

Le dévoilement de l'intimité devient courant sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Raison de plus pour s'intéresser aux réflexions du Dr Jean Coërs, qui a consacré son travail de certificat en médecine scolaire à un sujet souvent "oublié" : la pudeur.

Lors du bilan de santé, la quasi-nudité des élèves est la norme, puisqu'elle facilite le travail du médecin scolaire. En fait, comme le souligne le Dr Jean Coërs dans "La pudeur en médecine scolaire", le travail qu'il a écrit pour sa certification en médecine scolaire, "Le médecin scolaire bénéficie d'un accès privilégié aux corps. Mais la quasi-nudité favorise également l'apparition de gênes pudiques, chez le patient... et chez le médecin".

Lorsqu'elle les concerne, les soignant.e.s peuvent avoir tendance à nier cette gêne. Pourtant, dans les deux cas, elle risque d'avoir de réelles répercussions sur l'examen clinique, et donc sur les missions de prévention de la médecine scolaire...

Emoi, et moi ...


Dans sa pratique de médecine scolaire, le Dr Coërs avait bien remarqué le chêne des adolescents.es ou des jeunes adultes souvent arrivés.es au centre sans trop savoir ce qui y attendait et contraint.es de s'y déshabiller. "Mais j'ai réalisé que de mon côté également, j'étais mal à l'aise: mal à l'aise face à la gêne", admet-il. Cette double problématique a motivé sa recherche d'une littérature propice à initier La réflexion des autres professionnels.le.s et à changer certaines pratiques .

Concrètement, les textes ne proposent pas un aperçu ne sont pas focalisés sur la médecine scolaire. Néanmoins, ils permettent de mieux appréhender le phénomène de la pudeur (voir l'encadré ci-dessous), alors même que les adolescents · e · s forment un public particulièrement sensible à cette problématique . En rapportant les constats issus d'une thèse de doctorat en médecine (1), mais transposables à la médecine scolaire, le Dr Jean Coërs déduit donc plusieurs pistes qu'il souhaitait partager avec ses confrères des équipes PSE ...

Les yeux ouverts


"Un des éléments de base, c'est qu'avec des adolescent.e.s, nous devons prendre en compte leur pudeur ", assure le Dr Coërs. Cela implique de l'anticiper. Il convient d'être attentif aux signes qui révèlent la pudeur. Ils sont parfois évidents ("On voit des jeunes qui échangent shorts et écharpes pour se dissimuler", remarque-t-il), cachés de façon plus subtile dans des hésitations ou des lenteurs, et parfois même exprimés de manière paradoxalement exubérante. Il convient d’être vigilant à contrôler les conditions qui provoquent la gêne, comme, par exemple, celles du moment d'intimité majeur qu'est le déshabillage ou celle due à la présence d'un tiers, infirmière scolaire ou stagiaire. En effet, la pudeur des patient·e·s est un élément inévitable de la relation thérapeutique. Les médecins sont eux aussi sujets à la pudeur et aux gênes pudiques. Dès lors, ils doivent discerner leur attitude en tant que médecin et leurs affects en tant que personne.

Distance et pouvoir 


« Ce qui est en tous cas en jeu, c'est la déconstruction d'un modèle paternaliste, patriarcal ou impliquant une prise de pouvoir sur le patient », remarque le Dr Coërs. La pudeur aide à un pouvoir partagé. « La relation thérapeutique implique une relation de pouvoir mais il revient au médecin de l'utiliser à bon escient », dit-il. La pudeur est aussi un outil dont dispose le médecin pour conserver la distance qu'il a lui-même définie et qui est garante de son rôle, un peu comme un "filtre positif”.

"Il s'agit d'accorder davantage de temps pour expliquer le déroulement de la séance, dire ce qu’il va se passer, détailler aux jeunes le parcours qu'ils vont suivre", poursuit le Dr Coërs. Montrer que l'on se soucie de la pudeur permet de rassurer, de donner confiance, de diminuer l'angoisse de l'autre. En évitant de se placer dans une routine vide de questionnements ou de prise en considération de l'autre, l'objectif consiste à obtenir le consentement, la permission d’aborder tel ou tel thème, d'examiner telle ou telle partie du corps... 
La pudeur est également un élément clef permettant au médecin de s'interroger sur le juste milieu entre posture professionnelle et relation interpersonnelle. Dans ce contexte, un certain nombre d'attitudes, de procédures et de comportements du médecin valent probablement d'être interrogés et remis en question : port de la blouse blanche, conseils donnés mais non sollicités (comme par exemple sur la nécessité de faire un régime), position sur-amicale ou maternante pour créer la confiance ou “contourner” la place dévolue au médecin...

L'alliée de la prévention


L'enquête française citée par le Dr Coërs évoque un recul des examens cliniques (y compris préventifs), soit en raison d'un refus des patient.e.s soit par crainte de médecins généralistes peu enclins à subir d'éventuelles plaintes liées à des examens qui seraient jugés "déplacés". Face à cette place inappropriée de la pudeur et à ses conséquences, le Dr Jean Coërs n'en démord pas : "Au sein des services PSE, notre mission consiste à assurer un travail de prévention et ce pour tous les jeunes, de toutes classes sociales. C’est pourquoi il ne faut ni nier ni révoquer la pudeur de chacun.e. mais, au contraire, s'en préoccuper sans gêne, afin de continuer à examiner les corps et les personnes de la manière la plus holistique possible et de cultiver chez les jeunes patient·e·s une confiance dans la relation médicale. Au final, la pudeur est un outil protecteur qui doit être utilisé à bon escient. Il faut la prendre en compte non pour freiner nos gestes diagnostiques potentiellement 'gênants', mais au contraire pour apprendre à les poser avec le moins de gêne et le plus d’efficacité possible”, conclut-il. 

(1) "Le médecin et sa pudeur : de l'obstacle à la redéfinition du rôle. Enquête qualitative auprès de médecins généralistes du Languedoc-Roussillon".

Ce qu'elle est, ce qu'elle n'est pas...


Définir la pudeur est un exercice difficile, tant elle est sujette à des interprétations personnelles, souligne le Dr Jean Coërs dans son travail de certification en médecine scolaire. Le Dictionnaire du corps propose de le faire ainsi : " Une force interne qui conduit un sujet à vouloir détourner un regard qui se porterait sur son corps, ou qui chercherait à pénétrer les cercles de son intimité." Comme le rappelle aussi le Dr Coërs, différents auteurs considèrent que la pudeur est une émotion, un sentiment et un comportement. Mais, aussi, "une action de protection de soi et de l'autre".

Universelle, commune à tous et à chacun, donc unique, elle est un phénomène contagieux et réversible n'intervenant que dans la relation entre deux ou plusieurs sujets. Cependant, la pudeur est dynamique et non figée au cours d'une vie. Sociale, elle est forgée par l'éducation, la religion, modelée par l'environnement et la société.

La pudeur varie selon les époques et les milieux sociaux. Au XXe siècle, elle s'est érodée progressivement : les corps se sont dévoilés, par exemple sous l'influence de la mode ou du tourisme balnéaire. Les corps sexués ont été exhibés et, des films aux publicités, ils sont devenus omniprésents. La pudeur s'est vue discréditée, mais de là à prétendre qu'elle n'existerait plus... En tout cas, souligne le Dr Coërs, l'écoute de la pudeur permettrait de prendre davantage de précautions dans ses gestes et ses paroles...
EN BREF, spécial vaccins et hésitation vaccinale 

Une campagne qui pique


Demanderiez-vous à un pilote de ligne de vous tatouer? Demanderiez-vous à une fleuriste de vous prescrire des lunettes? Ces slogans (chocs) des spots vidéo ou audio de la campagne lancée en mars à l'initiative du Programme de vaccination de la FWB souhaitent avoir fait mouche. Si ce n'est pas le cas, les affiches rappelant cette campagne et diffusées en avril pourraient probablement toucher les "distraits" durant tous les mois à venir.
https://www.youtube.com/watch?v=ivZjgXdAwhQ

Le message simple et clair, avec l'incitation à se référer aux sources fiables d'information, évite toute culpabilisation en rappelant qu'il est parfaitement légitime de poser des questions ... aux "bonnes" personnes (ou en consultant les "bons" sites).
 

Les doutes (vaccinaux) et le sociologue


Le Groupe interuniversitaire d'experts en vaccinologie (GIEV) a tenu, en février dernier, un symposium. Le Journal du Médecin (1) un article consacré à ce sujet et cité les propos par le sociologue français Jeremy Ward sur l'hésitation vaccinale. En voici des extraits:

(...) beaucoup de parents ont des doutes parce qu'ils sont partisans de la recherche d'informations et que ce n'est pas une question de savoir mais avant tout de confiance accordée aux acteurs impliqués dans la longue chaîne de la vaccination (production, certification ...).

(...) Parmi les facteurs qui contribuent à ces doutes, sur trouve des biais cognitifs: "Il y a des biais d'omission (pour les conséquences négatives de nos actes plutôt que celles de nos 'non-actes'), biais de surestimation des faibles probabilités (effets secondaires), biais de confusion entre causalité et coïncidence et biais de saillance de la menace (focalisation sur les risques les plus manifestes et occultation des risques cachés). victime de son succès: puisqu'on ne voit plus les gens tombés malades, sur un vaccin qu'on ne doit plus se faire vacciner. Alors que c'est spécifiquement parce qu'on se fait vacciner qu'on ne tombe plus C'est le paradoxe de la prévention. "

(...) Deux facteurs essentiels sont souvent oubliés. Le rôle des médias traditionnels encore très influents (et relayés par les médias sociaux) et les doutes des médecins eux-mêmes sur l'efficacité ou la sécurité de certains vaccins, ou parce qu'ils ne se sentent pas à l'aise pour discuter de la sécurité des adjuvants tels que l'aluminium, par exemple.

(...) Le sociologue reconnaît manquer de solutions à proposer: "(...) Pour l'instant, la seule certitude, c'est l'importance de la relation de confiance entre le personnel de santé et le patient. Il faut donc prendre au sérieux les doutes et ne pas les traiter avec condescendance. "

Bien évidemment, ces réflexions ont précédé la pandémie Covid-19. Actuellement, il reste difficile de prédire son impact sur les représentations que nous avons du risque sanitaire et de l'utilité de la vaccination. Néanmoins, nous pouvons déjà imaginer que l'importance de la vaccination pour la collectivité sera envisagée différemment demain…

(1) "L'hésitation vaccinale n'est pas l'antivaccinalisme radical", Martine Versonne. JDM n ° 2618, 14 février 2020.

Publications
La brochure d'éducation permanente publiée fin 2019 par Question Santé: "Pour le vaccin, j'hésite ... C'est grave Docteur?" est téléchargeable sur le site: www.questionsante.be 

Des outils pour les professionnels afin d'aborder les questions relatives à l’hésitation vaccinale sont disponibles sur le site e-vax : https://www.e-vax.be/welkom.do

 
 PIPSa 

L’outil : une opportunité pour faire vivre la santé à l’école !


Nous vous proposons dans ce numéro des outils pour parler, faire parler, échanger autour du corps : de la propreté, de l’hygiène, de la pudeur, de l’intimité, du respect de son corps.

Quelques supports qui se prêtent avec facilité à vos propres objectifs et contextes particuliers de travail.

Lorsque vous les aurez testés, donnez votre avis sur www.pipsa.be, cela intéressera vos collègues !!
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Arbres de vie

Une série d'images d’arbres, seuls ou en groupe, aux couleurs des saisons, dans des environnements variés pour faciliter la parole, favoriser la rencontre et créer du lien.
 
La métaphore de l’arbre permet de faire émerger les vécus, talents, ressources, racines, valeurs, trésors cachés.
 
Une seule question à poser aux participants…et la parole circule !
 
Public : à partir de 10 ans
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L’univers des sensations

Un jeu de cartes proposé comme support à l’identification, à l’expression et à la discussion sur le thème des sensations.
 
L’outil permet d’appréhender le langage du corps, d’explorer les sensations corporelles et d’apprendre à les décrire. Cet apprentissage essentiel constitue le socle de la connaissance de soi et la construction de repères personnels.
  
Public : à partir de 8 ans.
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Filles et garçons… questions de respect ?

Support de cartes-questions consacrées aux relations filles/garçons.
 
Pour échanger les points de vue.
 
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Public : à partir de 12 ans
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L’asbl Question Santé met en débat les enjeux individuels et collectifs de la santé et les traduit en projets et outils, accessibles à des publics variés. L’asbl Question Santé offre un service de référence en matière de communication en promotion de la santé et assure une expertise, des accompagnements méthodologiques et des ateliers de mise en pratique pour les professionnels qui désirent traduire leurs actions et outils en projets de communication. Question Santé réalise des outils méthodologiques, d’information et de sensibilisation à destination des professionnels et du grand public. Egalement active dans le champ de l'Education Permanent, l'asbl Question Santé met en débat les questions de société sur diverses thématiques liées aux déterminants de la santé. En résulte chaque année une série d'outils, déclinés en animations, véritables lieux de débat et de participation citoyenne.

Responsable e-Journal : Bernadette Taeymans
Conseil de rédaction : Fabienne Henry, Sophie Lefèvre, Mélanie Royen, Bernadette Taeymans
Les articles non signés sont de la rédaction. Les articles signés n'engagent que leur auteur.
Editeur responsable : Benoît Parmentier - Chaussée de Charleroi 95 B - 1060 Bruxelles
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Question Santé ASBL
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