DiversÉchos des politiques
11.03.2026
Numero: 25

L’actu des élu·e·s au Parlement de la Cocof

Les élu·e·s au Parlement de la Commission communautaire française (Cocof) s’expriment sur des sujets d’actualité relatifs à la promotion de la santé et, de manière plus générale, à la santé et au social en Région bruxelloise. Pour cette livraison, les parlementaires DéFI, MR, Ecolo, PS et Les Engagé·e·s ont partagé leurs réflexions sur le dossier de cet e-Mag Bxl santé n°25 qui porte sur le concept de One Health et la santé environnementale.

Emag Echos politiques

One Health : quand la santé rime avec justice sociale

La santé ne se résume pas à soigner les maladies. Elle dépend aussi de l’environnement dans lequel nous vivons: l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la qualité de notre alimentation, la nature qui nous entoure. C’est l’idée au cœur du concept One Health (Une seule santé). Cette approche rappelle que la santé des humains, des animaux et de la nature est étroitement liée. Quand les écosystèmes vont mal, notre santé en souffre aussi.

Penser la santé de cette manière, c’est aussi parler de justice sociale.

À Bruxelles, les inégalités de santé dépendent aussi des inégalités socio-économiques. Dans certains quartiers, notamment au nord de la Région, les enfants respirent un air plus pollué, vivent dans des logements insalubres, ont moins accès aux espaces verts et à une alimentation saine. Ce n’est pas un hasard: ce sont les déterminants de la santé.

Le concept One Health nous invite à changer de regard. Il nous pousse à ne plus séparer la santé, l’environnement et les inégalités sociales. Cela signifie repenser nos villes pour qu’elles soient plus vertes, plus saines et accessibles à toutes et tous. Cela veut dire garantir l’accès à l’eau potable, à des logements décents, à une alimentation de qualité, et réduire l’usage de pesticides qui nuisent à la fois à la nature et à notre santé.

C’est notre conviction : une vraie politique de santé publique est aussi une politique sociale et environnementale. Elle doit d’abord protéger les personnes les plus vulnérables, car ce sont elles qui subissent le plus durement les conséquences de l’inaction.

Farida Tahar, députée et présidente du groupe Ecolo au Parlement francophone bruxellois

Une seule santé : décloisonner pour réduire les inégalités

A Bruxelles, les inégalités de santé ne se jouent pas uniquement dans l’accès aux soins. Elles se construisent bien en amont, dans la qualité de l’air, du logement, de l’alimentation, de l’environnement de vie et de travail. C’est là que l’approche One Health prend tout son sens politique.

Pour DéFI, penser la santé impose de sortir des silos. Les politiques de santé, d’environnement, de logement, de mobilité et de lutte contre la pauvreté doivent être articulées, car leurs effets sur la santé sont cumulatifs. La pollution de l’air, l’exposition aux nuisances environnementales ou le manque d’espaces verts touchent d’abord les publics les plus précarisés. Ignorer ces déterminants, c’est accepter que les inégalités sociales deviennent des inégalités sanitaires durables.

L’approche One Health permet aussi de passer d’une logique curative à une logique préventive, plus juste socialement et plus soutenable budgétairement. Investir dans un environnement sain, c’est réduire la pression future sur notre système de soins et renforcer la résilience collective face aux crises sanitaires.

À Bruxelles, cette approche doit devenir un réflexe de gouvernance : évaluer l’impact sanitaire des politiques publiques, coordonner les niveaux de pouvoir, et soutenir les acteurs de terrain qui agissent déjà à l’interface entre santé, social et environnement.

DéFI défend une santé publique qui, en transversalité, protège à la fois les personnes, leur cadre de vie et l’avenir de notre Région.

Gisèle Mandaila, députée pour le Groupe DéFI au Parlement francophone bruxellois

Quand les atteintes à l’environnement frappent les plus vulnérables

La santé humaine est indissociable de celle des animaux et des écosystèmes. Les crises récentes – pandémies, pollution, dérèglement climatique – nous rappellent que les atteintes à l’environnement finissent toujours par frapper les populations, et d’abord les plus vulnérables.

Or, la manière de construire la ville influence directement la santé physique et mentale. Dans les quartiers les plus précaires, surexposés à la pollution, au bruit et aux îlots de chaleur, la transition écologique doit être juste : rénovation énergétique des logements pour lutter contre l’humidité et la précarité énergétique, végétalisation des espaces publics, accès élargi aux parcs etc. Les jeunes, fortement touchés par les problèmes de santé mentale, d’isolement et d’éco-anxiété doivent également être mieux soutenus et inclus dans la transition sociale et environnementale. Protéger la biodiversité, réduire l’usage des pesticides ou améliorer le bien-être animal, c’est aussi prévenir des maladies, lutter contre l’antibiorésistance et garantir une alimentation saine et accessible.

Une résolution sur la sécurité sociale alimentaire a été déposée et adoptée par le Parlement francophone bruxellois, en février dernier: elle ouvre la voie à un meilleur accès à une alimentation saine et de qualité. Soutenir les circuits courts, réduire les pesticides et renforcer l’éducation à l’environnement dans les écoles, c’est investir dans la prévention et l’égalité.

La santé n’est pas un privilège : elle est un droit. One Health nous engage à transformer notre approche pour protéger le vivant et réduire les inégalités.

Karine Lalieux, députée PS au Parlement francophone bruxellois, devenue ministre de la COCOF en charge de la Santé

Et si les soins de santé ne commençaient pas à l’hôpital, mais dans nos champs, nos assiettes et notre environnement ?

La crise sanitaire, le changement climatique, la pression sur notre agriculture et les fragilités de notre société nous rappellent une chose essentielle : tout est lié. En effet, la santé des citoyens, celle des animaux, la qualité de notre alimentation et l’état de nos écosystèmes forment un tout indissociable.

Pour le MR, le terme sécurité prévaut. Sécurité alimentaire, sécurité face à la propagation des organismes nuisibles aux plantes, sécurité face aux maladies qui touchent les élevages. L’approche One Health doit servir une politique concrète, fondée sur la science, l’innovation et la responsabilité, au service à la fois des citoyens, des agriculteurs et de notre économie.

En protégeant la chaîne alimentaire « de la fourche à la fourchette », ce sont l’ensemble des citoyens qui sont protégés. Une sécurité alimentaire exigeante, fondée sur des données scientifiques solides, permet de prévenir les crises sanitaires, de limiter les coûts pour la collectivité et d’assurer la confiance des citoyens.

À cet égard, l’agriculture joue un rôle central dans la prévention des risques sanitaires et environnementaux. En intervenant en amont, sur la santé des sols, des animaux et des cultures, elle permet d’anticiper plutôt que de réparer. Cette prévention intelligente repose sur la science, l’innovation et des outils adaptés, plutôt que sur des réponses uniformes. Elle traduit une écologie de solutions, ancrée dans le réel et tournée vers l’efficacité.

Gaëtan Van Goidsenhoven, député et chef

Une région qui soigne son environnement soigne aussi ses habitants

On parle de transition écologique comme d’un débat technique. À Bruxelles, c’est déjà et depuis longtemps une question de santé publique. Respirer un air chargé en particules, vivre dans un logement humide, subir des îlots de chaleur en été : ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des déterminants sociaux de santé. Les maladies respiratoires explosent, la santé mentale se fragilise, les inégalités se creusent. Et pourtant, nos politiques restent trop cloisonnées : d’un côté l’environnement, de l’autre le social-santé, ailleurs encore le logement.

Les Engagé·e·s défendent justement cette approche intégrée : considérer la santé comme un fil conducteur de l’action publique, en agissant sur ses déterminants environnementaux et sociaux. Dans les déclarations politiques régionales et communautaires, plusieurs orientations vont déjà dans ce sens : rénovation énergétique des logements, renforcement de la première ligne de soins, végétalisation des quartiers denses, promotion d’une alimentation durable et accessible. Autant de politiques qui dessinent, concrètement, une approche proche de l’esprit One Health, où la santé humaine dépend aussi de celle de nos écosystèmes.

La vraie innovation ne consiste pas à ajouter un label de plus. Elle consiste à relier les décisions budgétaires à leurs impacts sanitaires. Chaque euro investi dans la qualité de l’air, la mobilité active ou la biodiversité est aussi un euro investi dans la prévention.

À Bruxelles, ville dense et inégalitaire, l’enjeu est clair : faire de la santé une boussole. Parce qu’une région qui soigne son environnement soigne aussi ses habitants.

Gladys Kazadi, députée et cheffe de groupe Les Engagé·e·s au Parlement francophone bruxellois

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