DossierPolitiques de santé
11.03.2026
Numero: 25

Santé et environnement : Bruxelles, une ville durable ?

La question des liens entre facteurs environnementaux et santé se pose dans les grandes villes et bien sûr en Région de Bruxelles-Capitale. Des études existent à ce propos. Plusieurs institutions publiques comme Bruxelles Environnement ont pour but de rendre Bruxelles plus durable et plus verte. Des associations de terrain et de citoyens se préoccupent également de ces enjeux qui visent à améliorer la qualité de vie de tous les habitants de la capitale.

e-Mag Bruxelles santé 25 Santé et environnement Bruxelles, une ville durable

En 2021, l’Observatoire de la santé et du social publiait un état des connaissances sur les liens entre environnement et santé en Région de Bruxelles-capitale [1] sur la base d’une étude rédigée par le Centre de recherche en santé environnementale et Santé au travail (École de santé publique – ULB). Dans cette étude, parmi les effets délétères de facteurs environnementaux sur la santé, on y mentionne les maladies cardio-vasculaires et respiratoires (AVC, hypertension, troubles du rythme cardiaque, asthme, bronchopathies …), les cancers, mais aussi des perturbations métaboliques, endocriniennes et cognitives, ainsi que des troubles de la reproduction, provoquant une mortalité prématurée et une réduction de l’espérance de vie.

Il s’agit donc d’une pollution qui coûte cher en termes de santé et ce, particulièrement aux jeunes enfants et aux personnes âgées, considérés comme les plus vulnérables, ainsi qu’aux populations plus défavorisées, davantage exposées aux polluants. En cause : la pollution atmosphérique, première nuisance environnementale à Bruxelles, essentiellement causée par le trafic routier et le chauffage des bâtiments, générant des particules fines, les industries (solvants, peintures …), la production d’énergie et la gestion des déchets (incinérateur de Neder-Over-Hembeek). Si les niveaux de concentration en polluants de l’air baissent depuis vingt ans, ils restent préoccupants, avec notamment des pics de pollution liés au trafic routier aux heures de pointe. On trouve aussi les zones les plus polluées dans les quartiers les plus pauvres, là où la verdurisation est la moins développée.

Le bruit environnemental (dû au trafic routier, aérien et, dans une très moindre mesure, ferroviaire) est considéré comme la seconde nuisance sur la santé humaine[2]. A Bruxelles, 70% de la population serait exposée à des niveaux de bruit supérieurs aux valeurs recommandées par l’OMS avec des conséquences sur l’audition, le sommeil, mais aussi sur le cœur ou la cognition. On peut ajouter à ces deux grandes causes, la pollution de l’eau et des sols, ainsi que les pollutions intérieures liées au logement, mais aussi à d’autres bâtiments, comme les écoles, les crèches, les bureaux et autres lieux accessibles aux publics, qui mettent les individus en contact avec des substances (composés organiques volatils, moisissures, produits chimiques…) pouvant avoir des effets à court et à long terme sur la santé. Là encore, les inégalités sociales de santé interviennent.

En guise de « médicament » à ces problèmes de pollution environnementale, l’étude cite les espaces verts en RBC qui jouent le rôle de poumons de la capitale, avec des effets positifs sur le niveau de stress, l’augmentation de l’activité physique et une meilleure santé pour les Bruxellois, mais aussi comme modérateurs de la pollution de l’air, du bruit et des îlots de chaleur urbains. Cela étant, leur répartition inégale sur le territoire ne permet pas un accès équitable pour tous sur le territoire bruxellois, en lien avec les disparités socio-économiques au sein de la population. Autre élément qui peut avoir un effet positif sur la santé des Bruxellois : l’activité physique, que l’organisation de la ville peut favoriser… ou non.

Des objectifs et des institutions

Sous les législatures précédentes en RBC, des actions ont été décidées par les autorités bruxelloises pour limiter la pollution environnementale, avec des succès, mais aussi des échecs : on ne peut pas dire que les mailles apaisées du plan Good Move (aujourd’hui rebaptisé Better Move dans l’accord de gouvernement de février 2026) aient forcément été bien accueillies partout, vu le rejet de la population dans certaines communes et un certain nombre de plans locaux retoqués. Le développement des transports en commun, et en particulier le projet Métro 3, ne sont clairement pas des exemples de bonne gouvernance. La stratégie Renolution et ses primes à la rénovation et à l’isolation devaient servir l’ambition d’une capitale à la neutralité carbone d’ici 2050. La suspension de ces primes (qui vont finalement être acquittées) et surtout leur remplacement par des prêts à zéro pourcent pourraient manquer leur cible et l’objectif à l’horizon 2050, déjà en soi difficilement atteignable, risque de s’éloigner à grands pas.

En revanche, le passage de la limitation de la vitesse à 30km/heure pour la majeure partie des voiries bruxelloises, hormis les grands axes, a permis de diminuer les accidents graves de la route, mais également la pollution liée au trafic routier. L’adoption de la LEZ à Bruxelles (ou zone de basses émissions) visant l’interdiction de certains véhicules polluants joue également son rôle, malgré les velléités de certains defaire annuler ce plan. En matière de bruit, le Plan Quiet.Brussels vise à réduire la pollution sonore, notamment liée au bruit des transports, même si la question du survol aérien de Bruxelles reste une épine dans le pied du régional. Sur le plan local, les contrats de quartier durables permettent de mener des projets, en collaboration avec la population, visant à rénover des portions de communes et à les rendre notamment plus vertes. Toujours localement, les rues scolaires visant à suspendre la circulation routière aux abords des écoles apportent à leur échelle une sécurité et un air ambiant de meilleure qualité aux enfants et aux jeunes qui les fréquentent.

Pour mettre en œuvre toutes ces politiques, il y a bien entendu Bruxelles Environnement (anciennement appelée IBGE – Institut bruxellois de gestion de l’environnement) qui est l’organisme principal de la Région de Bruxelles-Capitale, lequel assume un large éventail de compétences en matière de politiques environnementale, énergétique et de bien-être animal. Cette structure publique gère la qualité de l’eau, de l’air, des sols, mais aussi le bruit, la nature (espaces verts, biodiversité), le climat, les déchets… On peut également citer Vivalis, l’administration de la Commission communautaire commune (COCOM) qui est responsable de la surveillance sanitaire, y compris la veille sur les maladies liées à l’environnement, ainsi que l’Observatoire de la santé et du social, rattaché à Vivalis, qui mène des missions de recherche, fournit des chiffres et des indicateurs et des services d’information. Au niveau fédéral, on peut notamment citer le NEHAP (Plan d’action national Environnement-Santé) qui en est à sa troisième édition, avec l’ambition d’agir sur les facteurs de risques environnementaux entraînant des décès prématurés et dont les nouveaux accents portent entre autres sur l’impact des pics d’ozone sur la population, la surveillance des moustiques tigres, le plan national Perturbateurs endocriniens ou encore la formation des professionnels de santé à l’impact environnemental.

Quelles actions des associations et des citoyens ? 

Du côté des associations, entre autres celles relevant du secteur de la promotion de la santé, il n’y a pas forcément de structure bruxelloise entièrement dédiée à cette question de la santé environnementale, mais on peut dire qu’elle suscite l’intérêt. Cette thématique a par exemple été abordée dans le dossier « Ecologie et santé » de Santé Conjuguée[3], périodique de la Fédération de maisons médicales, où la question a été théorisée. On y relate également des expériences dans certaines maisons médicales, tournant autour de la question de l’alimentation et de son impact sur la santé. Cette question du lien entre alimentation et santé est également travaillée par un service support en matière de démarches communautaires, comme l’asbl Les Pissenlits, ayant elle-même développé des projets de ce type autour de l’alimentation, ce qui permet d’aborder ensuite la question des enjeux sanitaires et écologiques quant à la manière dont on se nourrit. La marche ou encore les jardins partagés sont d’autres manières d’aborder cette question de l’environnement, comme le fait l’asbl Le début des haricots (https://haricots.org). Dans le domaine des professionnels de la santé, on peut citer la démarche de la SSMG, avec sa cellule environnement et son projet Docteur Coquelicot (https://docteurcoquelicot.com) actif dans le domaine de la formation à la santé environnementale, mais aussi dans la publication de fiches et d’outils sur la littératie dans ce domaine ou encore d’articles dans la Revue de Médecine Générale.

Outre les Rencontres de l’ErE (Éducation relative à l’Environnement), dont le premier article de ce dossier rend compte et qui portait cette année sur le concept de One Health, le Réseau Idée, actif à Bruxelles et en Wallonie, propose des ressources pédagogiques sur les enjeux socio-environnementaux, adaptées aux différents âges de la scolarité,  des analyses et des articles comme ceux publiés dans le dossier très complet du Magazine Symbioses de février dernier « Santé et environnement – Apprendre à prendre soin »[4].

Du côté des citoyens bruxellois, il existe un certain nombre de collectifs qui travaillent ces questions de santé environnementale. C’est le cas des Chercheurs d’air, constitué aujourd’hui en asbl, mais issu d’une démarche d’un groupe informel de citoyens qui s’est inquiété de l’impact de la pollution de l’air sur la santé des Bruxellois (https://www.leschercheursdair.be). Toujours dans le domaine de la qualité de l’air, le collectif de parents « La ville aux enfants » (https://www.lavilleauxenfants.be) qui souhaite rendre la commune de Saint-Gilles « plus sûre, plus saine et plus amusante ». L’objectif ? Sensibiliser les usagers de la route à l’importance de la sécurité routière et de la qualité de l’air. Des démarches issues de la population portent aussi sur l’organisation de potagers collectifs, avec le dessein de préserver des espaces verts dans la capitale et d’accéder à une alimentation saine. D’autres Bruxellois·e·s se mobilisent par ailleurs pour préserver des coins de nature, comme c’est le cas pour la friche Josaphat ou encore le Marais du Wiels, dont la préservation vient d’être consacrée dans la toute récente déclaration gouvernementale bruxelloise.

Autant d’actions ayant un impact sur la santé des Bruxellois, mais qui devraient être démultipliées pour réduire les risques environnementaux sur la santé et ce, pour toutes les populations.

Nathalie Cobbaut

Des outils Santé et environnement

L’outil Wagyl, développé par l’équipe ESPRIst de l’ULg, vise à faire comprendre par le jeu les interconnexions entre la santé humaine, animale et végétale[5]. A travers une approche ludique, il s’agit d’analyser les conditions favorisant la démarche One Health et d’évaluer sa capacité d’action professionnelle. Pour en savoir plus : https://www.esprist.uliege.be/cms/c_12593840/fr/esprist-wagyl.

Autre outil développé cette fois par Cultures&Santé: éCo-santé qui, au départ de cartes, invite à mettre en évidence les liens entre santé humaine et environnementale, les actions permettant d’atteindre les co-bénéfices santé-environnement, avec un regard sur les inégalités sociales de santé. Pour télécharger l’outil : https://urls.fr/pn5Me8.

Par ailleurs, le 17 mars prochain, un atelier sera donné autour de l’outil Santé et logement, à l’attention de tous·te·s les professionnel·le·s travaillant en collectif et intéressé·e·s par les thématiques du logement et de la santé. Il aura lieu dans les locaux de Cultures & Santé, rue d’Anderlecht 148 à 1000 Bruxelles, de 9h30 à 12h30. Pour s’inscrire : par mail à info@cultures-sante.be ou par téléphone au 02/558.88.10.

[1] https://www.vivalis.brussels/fr/publication/etat-des-connaissances-sur-les-liens-entre-environnement-et
[2] Pour en savoir plus, consultez la brochure de Question Santé : « Ces bruits qui nuisent, ces bruits qui soignent » – https://questionsante.org/outils/ces-bruits-qui-nuisent-ces-sons-qui-soignent/
[3] https://www.maisonmedicale.org/sante-conjuguee/ecologie-et-sante/
[4] https://www.reseau-idee.be/fr/symbioses-magazine?numero=146
[5] Pour découvrir ce jeu: www.wagyl.be

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