L’environnement, déterminant de la santé
Pour le secteur de la promotion de la santé, lier santé et environnement n’a rien de neuf. Aux côtés des facteurs sociaux, économiques, culturels, politiques, comportementaux et biologiques, les facteurs environnementaux figurent parmi les déterminants de la santé influençant l’état de santé des individus et des populations.
Présente aux 19e Rencontres de l’ErE, la professeur Anne Berquin, de l’UCLouvain, a précisément consacré son intervention aux déterminants de la santé. Cette spécialiste en médecine physique et réadaptation, coordinatrice du certificat « Soins de santé durable : agir pour transformer », commence par interroger l’assemblée : « Qu’est-ce qui fait que l’on soit plus ou moins en bonne santé ? Ce n’est pas que la bio-génétique et les soins de santé, loin de là. C’est aussi et surtout l’environnement physique, les comportements individuels et le contexte socio-économique. »
Nombreuses études à l’appui, elle s’attarde ensuite sur l’impact des facteurs environnementaux sur la santé humaine : « Les produits chimiques que l’on trouve dans l’air, dans les sols, dans l’eau, la pollution de l’eau, la pollution de l’air intérieur et extérieur, les environnements urbains, les changements climatiques, le bruit… Tout cela cause beaucoup de décès et de maladies non transmissibles. Les cancers arrivent en première position. Par exemple, en 2012, on estime que plus de 250.000 personnes en Europe sont décédées des suites de cancers liés à des causes environnementales, donc évitables. Viennent ensuite les pathologies cardiaques, pulmonaires, les accidents cardio-vasculaires et les pathologies de santé mentale. » Evoquant les déterminants économiques de la santé, Anne Berquin souligne par ailleurs que « quatre industries sont responsables d’un tiers des décès évitables dans le monde : les combustibles fossiles, l’agroalimentaire (malbouffe), l’alcool et le tabac. »
L’intervenante fait également un petit détour apaisant du côté des bénéfices de l’accès à la nature sur la santé humaine : « Accéder à un espace vert ou bleu (plan d’eau) va améliorer notre système immunitaire et la cohésion sociale. On bouge plus, on bouge mieux, ça favorise la détente, ça a un impact direct sur la santé physique et mentale des individus. »
Pour la professeure de médecine, « les mesures qui améliorent la santé sont souvent des mesures qui améliorent l’environnement et vice-versa. Cette notion coût-bénéfice mérite vraiment d’être utilisée parce que c’est une porte d’entrée valide, ce n’est pas juste un prétexte. »
Ajoutez-y les inégalités sociales
A cela s’ajoute le contexte socio-économique des individus : « Notre environnement socio-économique, nos comportements et notre environnement ‘biophysique’ sont profondément liés », poursuit Anne Berquin. Elle met alors l’accent sur le « gradient social en santé », afin de montrer « la relation linéaire entre la position socio-économique des individus et leur état de santé ». Elle pose le constat de la superposition des précarités sociales, environnementales et en santé. Autrement dit : moins vous êtes favorisé·es, moins vous aurez accès à un environnement de qualité, et plus votre état de santé sera impacté.
La professeure tire aussi la sonnette d’alarme : « Si les études montrent qu’il y a un lien entre le niveau d’éducation et l’adoption de comportements bons ou mauvais pour la santé, il ne s’agit pas de stigmatiser certaines populations. Il y a d’ailleurs un gros risque à éviter à tout prix, c’est que certaines personnes et certains discours politiques s’en emparent pour dire que ‘‘si vous êtes en mauvaise santé, c’est de votre faute, vous n’avez qu’à manger mieux, qu’à bouger plus, qu’à perdre du poids…’’. Or, beaucoup de littératures scientifiques montrent que le contexte socio-économique dans lequel on est éduqué façonne nos comportements et qu’il est extrêmement difficile d’en sortir. »
« Les inégalités sociales en santé découlent des conditions de vie, nous explique Anne Berquin. Et à partir du moment où ces différences sont évitables, ce ne sont pas, en réalité, des inégalités, ce sont des iniquités, donc des injustices. » Au terme de son intervention, elle insiste : « Les inégalités sociales devraient être des cibles prioritaires de toutes les politiques… »
Des ponts social-santé-environnement
A la croisée du social, de la santé et de l’environnement s’invitent encore bien d’autres enjeux. Comme la nécessité, pour le secteur des soins de santé (hôpitaux, maisons de repos…), de réduire son impact environnemental, par exemple. Ou encore ces nouvelles pratiques en santé (soins verts, prescriptions de nature…) visant à reconnecter les patient·es à la nature afin d’améliorer leur état de santé et leur bien-être global, tout en protégeant leur environnement[4].
Derrière l’approche One Health et derrière l’ensemble des réflexions et expériences de terrain liant social, santé et environnement, il y a une nécessité : créer des ponts entre ces différents secteurs. Collaborer, dialoguer, échanger, se former, développer des synergies et des partenariats, pour nourrir l’interdisciplinarité. Il s’agit certainement là d’une opportunité à saisir pour le secteur social-santé, tant décloisonner et collaborer sont sources de nombreux apprentissages. Et comme le dit si bien l’adage : « Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. »
Céline Teret