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11.02.2026

Bouger à l’école : au-delà du cours d’EP&S

Plus de 8 jeunes sur 10 entre 11 et 17 ans sont insuffisamment actifs, selon l’OMS. Ce constat alerte : comment encourager les enfants et adolescents à rester en mouvement, même en dehors des cours d’Éducation physique et à la santé (EP&S) ?

Ejpse103 Gourpe Ados Ballon

La pression scolaire, l’investissement nécessaire pour pratiquer un sport, la peur de l’échec ou le poids de la compétition peuvent décourager beaucoup de jeunes. À l’adolescence, ces freins sont souvent renforcés par la peur du regard des autres et par les enjeux liés à l’acceptation d’un corps en transformation, dans une période où l’activité physique est fréquemment associée à l’apparence et à la performance. Ces difficultés se manifestent surtout au moment des grandes transitions – passage du primaire au secondaire, ou du secondaire vers l’enseignement supérieur.

Pourtant, le bénéfice de l’activité physique ne se limite pas à la santé : elle favorise aussi la réussite scolaire, le bien-être psychologique, les compétences sociales et la concentration. Comme rappelé dans notre article sur l’activité physique, ses effets bénéfiques sont indiscutables.

Cet article explore les leviers que l’École peut activer pour motiver les jeunes à bouger, en mettant en lumière le projet du service PSE de Strépy-Bracquegnies pour soutenir l’activité physique des élèves.

La littératie physique au cœur du référentiel

Le rôle du cours d’EP&S est central. Avec la mise en place du tronc commun (pacte d’Excellence), le référentiel du cours a évolué pour mettre davantage l’accent sur la littératie physique et en santé. Cela suppose de travailler sur quatre dimensions complémentaires :

  • les compétences motrices (le savoir agir ou activité physique proprement dite) ;
  • les compétences affectives de la confiance en soi et de la motivation (le vouloir agir) ;
  • les compétences cognitives (les connaissances et la compréhension liés au savoir pourquoi agir) ;
  • les compétences psycho-sociales (savoir mobiliser les différents éléments dans des contextes variés).

Cette approche multidimensionnelle suppose aussi de dépasser une approche purement informative au profit d’une pédagogie active, réflexive et contextualisée. Elle permet aux élèves de comprendre les enjeux de santé dans leur complexité, de développer leur esprit critique face aux discours médiatiques et commerciaux et de faire des choix éclairés en lien avec leurs valeurs, leur environnement et leur projet de vie.

Pour atteindre ces objectifs, les enseignant.e.s d’EP&S jouent ont un rôle clé.

Le rôle des professeur.e.s d’EP&S pour promouvoir l’activité physique

Si l’école porte la responsabilité de promouvoir la santé et l’activité physique, les professeur.e.s d’EP&S jouent un rôle stratégique dans cette mission. Leur action dépasse le cadre strict du cours : elle s’exerce sur l’ensemble du temps scolaire et participe à créer un environnement favorable avant, pendant et après les cours.

Pour atteindre ces objectifs, les professeur.e.s d’EP&S remplissent plusieurs fonctions essentielles, identifiées par la chaire de recherche Kino au Québec. En effet, leur fonction se décline en quatre axes complémentaires :

  1. L’enseignement, centré sur la promotion de modes de vie actifs et la littératie physique et en santé, au-delà de la seule pratique sportive compétitive ;
  2. Le leadership, visant à mobiliser l’ensemble de l’équipe éducative et à instaurer un environnement scolaire stimulant et physiquement actif ;
  3. L’ancrage du programme, qui consiste à intégrer les objectifs de l’EP&S dans toutes les activités de l’école, de manière cohérente et continue ;
  4. La création de partenariats, avec les familles, le quartier et les infrastructures locales, ainsi qu’avec les services de promotion de la santé, pour renforcer l’impact des initiatives de l’école (on pense ici aux SPSE).

En favorisant des pratiques ouvertes, inclusives et accessibles à tous, les professeur.e.s d’EP&S pourraient également contribuer à limiter les mécanismes d’exclusion souvent associés au sport institutionnalisé (clubs, compétition, performance), consolidant ainsi l’École comme un lieu de santé et de bien-être pour tous les élèves.


Quand le PSE accompagne les écoles pour favoriser l’activité physique

Les services de Promotion de la Santé à l’École (PSE) ont pour mission de soutenir et/ou de participer aux actions de promotion à la santé des écoles, de participer à rendre l’école favorable à la santé et d’avoir un suivi médical préventif individuel (bilan de santé et vaccination des élèves et étudiants), mais aussi de dépister précocement d’éventuelles difficultés sensorielles ou de croissance et d’orienter vers une prise en charge, et de recueillir des informations sanitaires. Si le suivi individuel des élèves reste prioritaire, la mission de soutien et de mise en place de programme de promotion à la santé dans les écoles se travaille en partenariat avec les établissements scolaires en fonction des besoins de la population sous tutelle et des priorités des écoles.

Actuellement, un SPSE a choisi de faciliter les échanges entre enseignants autour du volet santé du référentiel EP&S et ce grâce à un outil commun. Il s’agit du Pôle Santé Hainuyer, SPSE ASBL, situé à Strépy-Bracquegnies. Cette collaboration a pour but de soutenir le développement de l’activité physique et des modes de vie actifs chez les élèves. Sa directrice, Madame Laetitia Honoré a accepté de nous parler de cette initiative.

Mini-portrait du service

Le PSE de Strépy-Bracquegnies couvre environ 10 000 élèves répartis sur 69 implantations et cinq communes. L’équipe se compose de deux infirmières, de la directrice, d’une secrétaire et de quatre médecins indépendants.

Quelle est l’origine de l’initiative visant à soutenir l’activité physique dans vos écoles ?

Laetitia Honoré : Au départ, le PSE souhaitait travailler avec les directions sans que le projet ne soit perçu comme une surcharge de travail ou un projet un peu flou à propos de la santé.

On s’est dit qu’il fallait proposer quelque chose d’attractif, qui donne envie aux écoles de s’en servir. L’idée était de mettre à disposition des enseignants un outil qui leur permette d’échanger entre eux, à la fois sur l’exercice physique et sur des outils de promotion de la santé adaptés aux tranches d’âge et aux attentes des référentiels d’EP&S.

On a pensé à un outil en ligne, de type Padlet, alimenté à la fois par nous et par les enseignants. De notre côté, on alimente surtout le volet « santé », (en correspondance directe avec les référentiels des cours d’EP&S et de citoyenneté) et les enseignants peuvent y partager des idées d’exercices, d’activités, ou de pratiques qu’ils utilisent déjà. L’idée était que les enseignants puissent par exemple dire : « Pour une classe de P2, je propose tel exercice », et que d’autres puissent s’en inspirer. C’est un outil interactif, censé vivre grâce à eux.

Pour alimenter cet outil, le PSE travaille notamment avec le Centre local de promotion de la santé de La Louvière.

Laetitia Honoré : C’est un peu comme une ludothèque : ils disposent d’une bibliothèque d’outils. On parcourt avec eux les référentiels et ils nous proposent des outils adaptés. Plutôt que de créer quelque chose de nouveau, on préfère s’appuyer sur ce qui existe déjà. Il y a énormément de ressources.

Où en est le projet aujourd’hui ?

Laetitia Honoré : Commencé en 2024, l’outil interactif a été créé mais il n’est pas encore utilisé par les enseignants. Il faudrait davantage de concertation avec eux pour mieux adapter l’outil à leurs besoins.

Cette mission n’est pas évidente à mettre en place, parce qu’elle demande d’aller vers les écoles, alors que d’autres actions, comme l’éducation à la santé lors des bilans de santé, sont plus faciles à organiser.

Ce qui nous intéresse cette année, ce sont surtout les P5-P6, car ils bénéficient d’une troisième période d’éducation physique dans la cadre de la mise en œuvre du pacte. On va donc reprendre contact avec les enseignants, si possible lors des concertations, pour se concentrer sur ce public-là.

 

Et dans vos contacts avec les enfants, comment abordez-vous la question de l’activité physique?

Laetitia Honoré : Dans le cadre des bilans de santé, nous abordons systématiquement les habitudes de vie : est-ce que l’enfant fait du sport, comment il se rend à l’école, s’il joue dehors…, en insistant sur le fait que l’activité physique ne se limite pas à l’activité sportive organisée, et que bouger est aussi bon pour la tête. L’objectif est de sensibiliser, pas de juger. Par exemple, par rapport aux écrans, on amène les enfants à réfléchir à leur manière de consommer : est-ce qu’ils prennent des pauses, est-ce qu’ils vont dehors quand il fait beau, est-ce qu’ils voient leurs amis en dehors de l’école…

Parallèlement aux bilans individuels, le PSE a aussi mené des actions plus collectives autour de la problématique des écrans. Ainsi, vous me parliez du dispositif Just Dance, qui a été proposé dans les cours de récréation. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Laetitia Honoré : On commence par un petit échange avec les élèves sur leurs habitudes, puis on utilise le jeu comme support pour montrer qu’on peut bouger tout en utilisant un écran, seul ou en groupe. Ça fonctionne très bien, autant avec les filles qu’avec les garçons. L’objectif n’est pas de dire « les écrans, c’est mal », mais de montrer qu’il existe des usages plus actifs, plus sociaux, et plus bénéfiques.

Laetitia Honoré de conclure : « Le message principal, c’est que l’activité physique, ce n’est pas seulement le sport. C’est être en mouvement au quotidien, de multiples façons, accessibles à tous.
Chez les enfants, l’approche ludique est essentielle. Il faut un objectif, un jeu, une reconnaissance par les pairs. Courir “dans le vide”, ça ne fonctionne pas.
De plus, favoriser le mouvement dès l’enfance, de manière positive et inclusive, est fondamental pour un engagement durable tout au long de la vie. »

On le voit, enseignant.e.s et professionnels de la promotion de la santé se mobilisent pour mettre en place des outils visant à encourager le mouvement au quotidien. Grâce à ce type d’outils et au partenariat entre les SPSE et les écoles, il devient possible de faire de l’activité physique une habitude durable et agréable pour tous les élèves.

Bouger pour mieux apprendre !

Par Cyrielle Vernat, coordinatrice de la plateforme mangerbouger.be

De nombreuses études, ainsi que la mise en œuvre de différents projets (au Québec, en Suisse, en France, en Australie, etc.) montrent que le mouvement directement réalisé en classe pour enseigner améliore plusieurs paramètres et soutient l’apprentissage des élèves dans les écoles.

Parmi les bénéfices directement liés à l’activité physique ou à la mise en mouvement du corps, nous retrouvons:

  • l’attention et la concentration améliorées ;
  • l’engagement et l’intérêt accrus ;
  • la mémoire renforcée.

Intégrer des apprentissages en étant actif dans la salle de classe, en faisant bouger son corps, semble également apporter une plus grande motivation et augmente le bien-être global des élèves. L’ambiance et le climat plus agréables tant pour les enfants que pour l’enseignant sont à souligner.

Ne serait-il donc pas temps d’intégrer davantage de mouvement dans le sanctuaire de la salle de classe où, depuis le plus jeune âge, rester assis, sage et sans bouger est tant valorisé ? Aristote enseignait déjà à ses élèves en marchant. Nietzsche, Rousseau ou encore Steve Jobs utilisaient la marche comme un outil de réflexion et de résolution de problèmes. Sans sortir de la classe ou de l’école, pourrions-nous essayer quelques petits mouvements pour que le corps soutienne l’esprit pétillant de nos enfants ?

Plusieurs ressources et exemples de mises en place :

(à retrouver également sur mangerbouger.be, page « Pour les Pros »)

Pour aller plus loin :

D’autres travaux plus empiriques :

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