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11.02.2026

Journée de formation sur la maltraitance : deux responsables PSE partagent leurs regards de terrain

Maytée Yucel, infirmière de formation et directrice du PSE de Morlanwez, et Claudia Olivieri, également infirmière de formation et responsable du PSE de Charleroi se sont rendues, le 6 novembre dernier, à la journée de formation organisée par l’ONE autour du thème de la maltraitance*. Retour d’expérience de deux professionnelles du terrain, qui témoignent de leurs impressions, de leurs pratiques et des enseignements qu’elles en tirent.

*A lire aussi : l’article faisant le compte-rendu de la journée

Repérer, documenter, collaborer

Dans les deux services, la journée de formation a permis de légitimer et de renforcer les méthodes de repérage, tout en soulignant les limites imposées par le manque de personnel et la charge de travail.

« Sur le terrain, on se retrouve parfois seuls face à des situations délicates. Il est crucial de savoir que l’on n’est pas seuls et qu’on peut mobiliser un réseau autour de l’enfant », raconte Maytée Yucel.

À Charleroi, la précarité est très présente et les signalements affluent des écoles. Claudia Olivieri décrit : « Nous sommes noyés sous les signalements. Les situations sociales s’enchaînent, parfois très lourdes, et cela pèse sur l’équipe. Entendre d’autres professionnels partager leurs expériences m’a donné l’impression de me sentir moins seule. »

Documenter et collaborer restent les piliers de toute intervention efficace.

« Même si nos marges de manœuvre sont réduites, continuer à documenter rigoureusement et à travailler ensemble reste essentiel », confirme Claudia Olivieri.

Des chiffres qui frappent

Les différentes interventions, au cours de la journée, ont mis en lumière des données percutantes. Maytée Yucel réagit : « Les chiffres rappellent la nécessité d’une réponse rapide et coordonnée. Ces statistiques nous rappellent pourquoi notre rôle de repérer les signaux, qu’ils soient physiques ou psychologiques, est si important ».

À Charleroi, les chiffres aussi sont connus. Pour faire face à toutes ces situations, « Nous travaillons déjà de manière structurée : repérage et entretien individuel, documentation, analyse, mobilisation du réseau. Mais la charge de travail est telle que nous sommes souvent dans l’urgence. Même avec notre assistante sociale à mi-temps — une aide précieuse — ce n’est pas suffisant pour absorber tout ce que nous recevons. Nous collaborons pourtant avec des services partenaires, mais ils sont eux aussi saturés, ce qui entraîne des délais et des lenteurs inévitables. On fait tous comme on peut, avec les moyens du bord ».

L’importance du réseau

Le message clé de la journée : ne pas rester seul. Les deux professionnelles insistent sur ce point.

« Beaucoup d’enseignants hésitent à intervenir par peur ou par manque de repères. La journée nous a rappelé la nécessité d’associer l’école, de conscientiser enseignants et direction quant à l’importance d’assurer un suivi » explique Maytée Yucel.

Pour Claudia Olivieri, la journée du 6 novembre a aussi permis de rappeler l’importance du réseau….des pairs, grâce à des échanges informels, très humains : « Ce type de journée apporte beaucoup. Elle permet d’harmoniser les pratiques et de remettre un cadre commun sur des situations complexes. Mais elle permet aussi de rencontrer les collègues, mettre des visages sur des noms, échanger sur nos réalités de terrain, ‘vider son sac’… ça fait énormément de bien. Ces moments d’échange permettent de se sentir compris, soutenu, et de repartir un peu plus léger. »

Les deux services collaborent déjà avec de multiples partenaires : enseignants, directions, CPMS, SAJ, SPJ, associations comme SOS Enfants. La journée de formation a renforcé la légitimité de ces pratiques et rappelé qu’il est crucial de mobiliser les acteurs autour de chaque enfant, même lorsque le réseau est saturé.

Enseignements et perspectives

Au-delà des chiffres et des pratiques, la journée a permis de renforcer la posture professionnelle : rester attentif aux signaux même faibles, documenter, échanger et demander de l’aide.

« Ne jamais banaliser un signal faible, même quand on en voit énormément. Et continuer à partager les doutes, même avec un réseau saturé. C’est ensemble qu’on protège le mieux les enfants… et les professionnels », souligne Claudia Olivieri.

Pour Maytée Yucel, cette journée a aussi permis de se rappeler : « Il n’est pas nécessaire qu’il y ait des coups ou un avis médical pour faire un signalement. Notre service est compétent pour agir et mobiliser les partenaires adéquats. »

Entre chiffres, échanges et partages d’expérience, cette journée à Liège a offert aux PSE un cadre de réflexion et un souffle de soutien indispensable pour continuer leur mission : protéger les enfants, ensemble.

Mini-portraits des services

À Morlanwez, le PSE couvre onze communes pour environ 13 000 élèves, avec une équipe de quatre infirmières pour trois équivalents temps plein, une secrétaire à quatre cinquièmes, et une directrice, Maytée Yucel, infirmière de formation. Le PSE collabore également avec des médecins indépendants et un réseau de partenaires scolaires et sanitaires.

À Charleroi, 2 médecins pour un 4/5ème temps, 2 secrétaires, 4 infirmiers et infirmières, 1 assistante sociale à mi-temps, et 1 responsable (Claudia Olivieri). Environ 20 000 élèves sous tutelle, avec une diversité de publics (maternelle, primaire, secondaire, spécialisé, école supérieure).

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