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11.02.2026

Retour sur la journée PSE 2025 consacrée à la maltraitance

Le 6 novembre 2025, une journée de rencontre et de formation a marqué les dix ans de présence des Services de Promotion de la Santé à l’École (PSE) au sein de l’ONE, autour d’un enjeu majeur de la santé des enfants : la maltraitance. En voici un bref compte-rendu.

A lire aussi : Journée de formation sur la maltraitance : deux responsables PSE partagent leurs regards de terrain.

Animée par Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE, cette journée organisée à Liège a été l’occasion pour le pôle PSE et des conseillères médicales PSE de revenir sur l’évolution des missions et du rôle des équipes PSE dans la protection de l’enfance.

La question initiale – « La maltraitance, on en parle ? » – est rapidement devenue un impératif : il faut en parler tant la situation est grave. Selon les intervenants, les situations de maltraitance se sont aggravées ces dernières années, dans un contexte marqué par des crises sanitaires, énergétiques, climatiques et géopolitiques.

Quelques chiffres* :

  • Environ 10 % des enfants sont concernés.
  • Les situations cliniques graves ont augmenté de 40 %.
  • Les violences physiques se multiplient, notamment chez les enfants de moins de six ans.
  • Une maltraitance avérée se définit comme des traitements ayant des conséquences au niveau du développement. Certaines de ces conséquences peuvent être dramatiques : 10 % de décès et 15 % de séquelles graves parmi les enfants victimes.

Face à ce constat inquiétant, la matinée visait à conforter les Services PSE dans leur rôle d’acteurs-clés du réseau d’aide et participant à la de prise en charge des enfants**.

Cadre légal et ressources disponibles

Séverine Lottin et Chloé Clinquart (CAPP – SOS Enfants) ont rappelé que, selon le Décret maltraitance de 2004, les Services PSE sont acteurs de première ligne. À l’instar des Centres PMS, ils siègent également dans les Commissions de coordination de l’aide aux enfants victimes de maltraitance (CCAEVM).

Pour les aider, plusieurs ressources peuvent être mobilisées :

  • Le Plan de prévention triennal de la maltraitance, qui combine le programme transversal Yapaka et les programmes spécifiques à chaque administration.
  • Les Services Spécifiques d’Accompagnement à la Parentalité (SSAP), pour les enfants de 3 à 6 ans.
  • Les équipes SOS Enfants, chargées de la prévention individuelle et du traitement des situations de maltraitance, sur sollicitation des équipes PSE.

Repérage des situations de maltraitance

Florence Renard et Sophia Hall Prezado Alves (médecins scolaires et conseillères à l’ONE) ont expliqué l’importance des bilans de santé obligatoires et sélectifs pour repérer les situations de maltraitance. Le bilan de santé, couvrant tous les enfants scolarisés, place médecins et infirmières en première ligne.

Les bonnes pratiques recommandées :

  1. L’amont : Entretien avec l’enseignant pour recueillir les signes d’alerte (comportementaux, physiques ou cognitifs).
  2. L’observation : Écoute attentive de l’enfant pendant la visite.
  3. La trace : Consigner par écrit dans le dossier les signes observés.
  4. Le réseau : Croiser les observations avec le CPMS, le médecin traitant ou le SAJ, dans le respect du secret professionnel.

Règle d’or : ne pas rester seul.

Lorsque c’est possible, il est également recommandé d’échanger avec les parents en toute transparence.

Lire aussi à ce propos les articles parus dans le numéro de novembre 2023 de l’e-journal PSE : « Une situation de maltraitance, cela se gère en réseau ».

Signes physiques et négligences à surveiller

La docteure Sandra Pannizzotto, médecin responsable de la Cellule Maltraitance au CHU-Citadelle Liège, a précisé les lésions qui doivent alerter :

  • Fractures des membres chez les enfants de moins de trois ans, fractures du crâne ou des côtes du nourrisson.
  • Présence d’hématomes, en fonction de la localisation et des dires de l’enfant.

Elle demande également d’être attentif aux signes de négligences, de dénutrition, de déscolarisation, de défaut d’hygiène de base ou de retard de recours aux soins.

Elle insiste aussi sur le fait que les allégations de maltraitance physique ou d’abus sexuel sont à considérer avec le plus grand sérieux.

Pour la Dr Pannizzotto, communiquer avec les parents est essentiel : travailler en transparence permet de sauvegarder la confiance, réduire le risque de réactions agressives et protéger l’enfant. Des outils comme la Grille d’annonce de diagnostic possible de mineurs en danger (CHU de Rennes) peuvent faciliter cette communication.

Après le constat : que faire ?

L’après-midi a été consacré à la suite des démarches après repérage de maltraitance.

  • Solayman Laqdim, Délégué général aux droits de l’enfant, a souligné l’importance d’une politique concertée face à ce défi majeur de santé publique.
  • La professeure Adélaïde Blavier a expliqué les procédures de signalement aux SAJ, Parquet ou police, et rappelé les règles du secret professionnel.
  • Olivier Baise et Nicolas Lerho, référents maltraitance à l’ONE, ont insisté sur la préparation de l’intervention en équipe.

Cette journée a permis d’insister sur le fait que le travail en réseau reste essentiel : il garantit la qualité de l’intervention et montre à la famille l’organisation et l’intérêt partagé autour de l’enfant.

* Ces chiffres sont issus de l’intervention de Dr. Sandra Pannizzotto – Responsable Cellule Maltraitance CHU-Citadelle Liège.

** La prise en charge des enfants victimes de maltraitance désigne l’ensemble des actions coordonnées visant à assurer sa sécurité, évaluer sa situation, répondre à ses besoins immédiats et à long terme, et prévenir la répétition des violences. La prise en charge d’un enfant victime de maltraitance est :
– pluridisciplinaire,
– structurée autour d’évaluations, de soins et de mesures de protection,
– coordonnée par des professionnels de différents secteurs (santé, social, justice, éducation).

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