103Activité physiqueDossier
11.02.2026

La santé en mouvement : concepts et enjeux de l’activité physique

L’activité physique est aujourd’hui reconnue comme un levier essentiel de la santé, à tous les âges de la vie. Cet article propose d’en explorer les enjeux à travers la notion de littératie physique, fil rouge pour mieux comprendre comment se construit, s’apprend et se vit le rapport au mouvement tout au long de la vie.

La santé, un concept en constante évolution

Le Robert définit la santé comme le bon état physiologique d’un être vivant et comme le fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme. Cette définition rejoint une représentation largement partagée : être en (bonne) santé, c’est ne pas être malade.

Dès sa constitution, en juillet 1946, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) nuance cette compréhension physico-physiologique de la santé en l’élargissant à ses dimensions psychique et relationnelle, la santé devenant un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.

En 1984, l’OMS corrige cette définition en prenant en compte le caractère dynamique (la santé est un processus) et multidimensionnel de la santé : la santé, c’est l’ensemble des ressources sociales, personnelles et physiques permettant à l’individu de réaliser ses aspirations et de satisfaire ses besoins. Cette conception sera reprise dans la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé (OMS, 1986), qui présente la santé comme une ressource de la vie quotidienne, et non le but de la vie.

L’activité physique selon l’OMS

Le terme activité physique donne spontanément à penser au sport ou aux loisirs. L’OMS en propose une vision bien plus large. Elle la définit comme tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques, qui requiert une dépense d’énergie. Cette dépense étant significativement plus élevée que dans la dépense énergétique au repos. Cela concerne, bien sûr, les activités de sport et de loisirs actifs mais aussi les transports actifs (marche ou vélo), les activités professionnelles (autres que devant un écran…) ou scolaires, sans oublier les tâches ménagères…

L’activité physique varie en termes d’intensité. Elle peut être légère (se lever, se tenir debout, marcher lentement, rouler en vélo électrique…). Elle peut être modérée quand elle augmente sensiblement le rythme cardiaque (marche soutenue, activités de nettoyage actives …) ou encore élevée (course à pied, grimper rapidement une côte, pratiquer un sport de compétition…)

À côté de ces activités physiques d’intensités diverses, il y a l’activité physique « zéro », celle de la faible énergie dépensée au repos (position couchée, sommeil), allongée ou assise (regarder la télévision, lire, scroller sur son téléphone, …) puisque les muscles ne sont quasi pas sollicités. On parle alors de « sédentarité ». Le temps passé devant un écran est devenu, aujourd’hui, un indicateur de cette sédentarité. Il faut cependant attirer l’attention sur le fait qu’un individu peut très bien pratiquer une activité physique d’une heure tout en restant largement sédentaire quand il passe sept autres heures de son temps devant un écran…

La distinction de l’activité physique en termes d’intensité relève d’une approche biologique et quantitative. Il est possible de mesurer la dépense énergétique de chaque activité au moyen d’une unité de mesure appelée MET. 1 MET correspond à la dépense d’énergie au repos, l’activité physique modérée se situant généralement entre 3 et 6 MET.

Mais l’activité physique est bien plus riche que son simple calcul de dépense énergétique. Ainsi, Piggin, en 2020, insiste sur le fait qu’elle est vécue dans des contextes sociaux, culturels, climatiques, urbanistiques… particuliers. Elle est influencée par les intérêts, les émotions, les idées, les normes sociales et les relations des individus qui la pratiquent. Elle se vit aussi dans des contextes personnels propres à chacun (émotions, motivation, vécu personnel, image de soi, santé mentale, période « fragile » de transition liée à l’âge, à la profession, à la vie familiale…).

Les impacts de l’activité physique sur la santé

Depuis de nombreuses années, les chercheurs accumulent les preuves d’un impact favorable de l’activité physique sur la santé. L’un d’entre eux conclut même : Un style de vie actif est un style de vie sain. L’inactivité physique nuit dangereusement à la santé (Rippe & Angelopoulos, 2010, p. 205).

Les conséquences négatives d’un niveau d’activité physique insuffisant sur différentes pathologies sont avérées. La revue The LANCET a publié en 2012 une méta-analyse qui met en évidence ces liens avec la mortalité totale, en particulier cardio-vasculaire, ainsi qu’un risque accru de :

  • maladies coronaires ;
  • d’hypertension artérielle ;
  • d’accidents vasculaires-cérébraux ;
  • de diabète de type 2 ;
  • d’ostéoporose chez la femme ;
  • de chutes et de la perte d’autonomie de la personne âgée.

Elle met également en évidence des liens avec le stress, l’anxiété, les syndromes dépressifs et certains cancers, notamment du sein et du côlon… La liste n’est pas exhaustive. D’autres études ajoutent encore l’impact sur l’obésité, sur des maladies respiratoires (bronchopneumopathie chronique obstructive) et des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson).

A contrario, les chercheurs démontrent qu’une activité physique régulière (modérée ou élevée sans être dans la démesure…) associée à de faibles comportements sédentaires débouche sur des bienfaits pour l’individu au niveau de la condition physique, du bien-être psychologique mais aussi des compétences relationnelles et sociales et de la réussite scolaire…

L’OMS relaie et promeut ces études scientifiques. Son constat est sans appel : près d’un tiers (31%) de la population mondiale, soit 1,8 milliards d’adultes, sont inactifs physiquement, c’est-à-dire qu’ils ne respectent pas les recommandations mondiales préconisant au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine. Il s’agit d’une augmentation de cinq points de pourcentage entre 2010 et 2022. Si cette tendance se poursuit, la part d’adultes inactifs devrait atteindre 35% d’ici à 2030…

De leur côté, les adolescents (âgés de 11 à 17 ans) sont 81% à être physiquement inactifs…

Nuançons toutefois ce chiffre global. En effet, à l’adolescence, les filles voient leur niveau d’activité physique diminuer plus fortement que celui des garçons, sous l’effet de facteurs sociaux, culturels et environnementaux*.

L’activité physique, un enjeu mondial de santé publique

L’activité physique représente bien un enjeu de santé publique au niveau mondial… avec ses conséquences sur les maladies non-transmissibles citées ci-dessus mais également ses conséquences financières : à l’échelle mondiale, l’inactivité physique devrait coûter environ 27 milliards par an entre 2020 et 2030 aux systèmes de santé publique, si l’on ne parvient pas à la réduire.

Dès 2009, l’OMS tirait la sonnette d’alarme. L’inactivité physique représentait déjà alors le quatrième facteur de risque de mortalité dans le monde, considéré comme directement responsable de près de 6 % de tous les décès, derrière l’hypertension artérielle (13 %), le tabagisme (9 %) et l’hyperglycémie (6 %).

Face à ce constat, l’OMS a fait de la réduction de l’inactivité physique une priorité mondiale. Dans ses Lignes directrices sur l’activité physique et la sédentarité, elle a formulé des recommandations pour chaque âge de la vie, et pour certaines catégories de personnes (femmes enceintes, personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicaps) : elle indique la quantité d’activité physique (fréquence, intensité, durée) nécessaire pour avoir des bénéfices significatifs sur la santé.

L’OMS agit aussi à un niveau politique. Son Plan d’action mondiale pour l’activité physique vise à orienter et soutenir chaque pays dans l’élaboration de politiques adaptées (en particulier en éducation à la santé)

  • en favorisant et diffusant la recherche scientifique,
  • en stimulant les échanges de bonnes pratiques entre pays,
  • en instaurant des mécanismes de financement appropriés.

Par ailleurs, l’Unesco a rappelé dernièrement (2015) le droit fondamental d’accéder à l’éducation physique, à l’activité physique et au sport sans discrimination fondée sur l’appartenance ethnique, le genre, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, l’opinion politique ou toute autre opinion, l’origine nationale ou sociale, la fortune ou tout autre statut.

Bouger suffisamment, ça veut dire quoi pour les enfants et adolescents ?

La plateforme d’informations www.mangerbouger.be, élaborée par Question Santé et soutenue par l’ONE, propose entre autres des recommandations-clés, des conseils et bons plans pour bouger plus au quotidien. A travers 2 articles, on y décrypte ce que signifie « bouger suffisamment » chez les enfants et les ados :

Ejpse103 Recommandations Bouger Enfants Intensite Moderee

La littératie physique : un concept clé pour promouvoir l’activité physique

L’activité physique apparaît comme un « droit fondamental » autant qu’un enjeu prioritaire de santé publique. Pour la promouvoir durablement, l’éducation à la santé constitue un levier essentiel. Depuis une vingtaine d’années, celle-ci s’appuie sur le concept de littératie en santé, qui permet de repenser l’éducation à la santé comme un processus d’émancipation individuelle et collective, fondé sur la participation, la citoyenneté et la justice sociale.

Dans cette perspective, la littératie physique peut être comprise comme une déclinaison spécifique de la littératie en santé appliquée au mouvement. Elle met l’accent sur le rapport au corps et à l’activité physique, en intégrant non seulement des savoirs et des compétences, mais aussi des dimensions essentielles telles que la motivation, la confiance et le plaisir de bouger, tout au long de la vie. La littératie physique se définit par : la motivation, la confiance, la compétence physique, le savoir et la compréhension qu’une personne possède et qui lui permettent de valoriser et de prendre en charge son engagement envers l’activité physique pour toute sa vie. (Pour en savoir plus : litteratiephysique.ca)

L’école, vecteur de littératie physique

L’école, en tant que lieu de formation du citoyen, joue un rôle central dans le développement de la littératie physique. Si le concept de littératie (physique et en santé) est désormais inscrit dans le nouveau référentiel du cours d’éducation physique et à la santé, son appropriation et son application concrète dans les pratiques pédagogiques restent un enjeu actuel. Cela suppose de dépasser une approche purement informative pour adopter une pédagogie active, réflexive et contextualisée, qui permette aux élèves de comprendre les enjeux de santé dans leur complexité, de développer leur esprit critique face aux discours médiatiques et commerciaux et de faire des choix éclairés en lien avec leurs valeurs, leur environnement et leur projet de vie.

Un exemple pour comprendre la littératie physique

Camille, 11 ans, n’aimait pas le sport car elle se sentait « nulle » au ballon. Grâce à un cours de sport orienté littératie physique, elle a appris :

  • qu’elle avait le droit d’aller à son rythme,
  • que la danse et les jeux coopératifs lui plaisaient plus que les sports compétitifs,
  • comment reconnaître un effort adapté à son corps,
  • comment s’échauffer et récupérer.

Elle a gagné confiance, a trouvé du plaisir, se sent capable. Maintenant, elle bouge tous les jours par choix, pas par obligation.

Le service PSE de Strépy-Bracquegnies, notamment, élabore un projet pour faciliter les échanges entre enseignants à ce propos. Découvrez-le dans l’article suivant.

Sources :

*Pour aller plus loin sur cette dimension genrée de l’activité physique chez les jeunes :

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