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11.02.2026

L’Activité Physique Adaptée (APA) : un escalier sur mesure vers la littératie physique pour tous

Dans les autres articles de ce dossier, nous avons exploré l’importance de l’activité physique pour la santé globale et son intégration au sein du milieu scolaire. Cependant, une réalité demeure souvent méconnue : l’Activité Physique Adaptée (APA). Loin d’être réservée aux seules pathologies lourdes, l’APA s’impose comme un levier d’inclusion et de résilience pour toute personne s’étant éloignée du mouvement, y compris les jeunes.

Redéfinir la santé et le mouvement : au-delà du calcul énergétique

On l’a vu, l’OMS définit la santé non plus comme une simple absence de maladie, mais comme un « état de complet bien-être physique, mental et social ». Dans cette perspective, l’activité physique ne se limite pas au sport de compétition ou à la dépense calorique mesurée en MET (ou en minutes actives). Elle peut aussi être une ressource dynamique permettant à l’individu de se réaliser.

Pourtant, on l’a aussi vu, nombreux sont les adolescents qui ne pratiquent pas assez d’activité physique. C’est ici que l’APA joue un rôle concret : elle propose des activités adaptées à chacun, permettant de bouger autrement, de se reconnecter à son corps, ou encore de se dépasser et de retrouver confiance en soi.

Qu’est-ce que l’Activité Physique Adaptée ?

L’APA désigne un ensemble d’activités physiques et corporelles ajustées aux besoins spécifiques de personnes présentant des limitations. Qu’il s’agisse de maladies chroniques, de handicaps, de vulnérabilité sociale ou simplement d’un grand éloignement de l’activité, l’APA repose sur une analyse rigoureuse des capacités et des limites de chacun.

Hélène Muselle, ergothérapeute et coordinatrice au sein de l’ASBL Fit Your Mind à Libramont, précise que l’objectif est de permettre aux participants de « retrouver le plaisir de bouger, de sortir de chez eux, et de se remettre en action, hors du contexte médicalisé ». Contrairement à une idée reçue, l’APA n’est pas limitée aux aînés ou aux pathologies neurologiques comme Parkinson. Elle concerne également :

  • Les personnes souffrant de douleurs chroniques (lombalgies, fibromyalgie).
  • Ceux en phase de revalidation après un accident ou une chirurgie.
  • Les individus confrontés à l’épuisement professionnel (burn-out) ou à des troubles anxio-dépressifs.
  • Les personnes en situation d’obésité.
  • Toute personne éloignée de l’activité physique pour quelle que raison que ce soit.

Un levier majeur pour la santé mentale et l’image de soi

L’un des apports les plus significatifs de l’APA, mis en lumière par l’expérience « OSE », est son impact sur la santé mentale. « Le corps ne peut pas être dissocié de la santé mentale », explique Hélène Muselle. Pour un élève ou un adulte, la maladie ou la sédentarité prolongée peuvent créer un « cercle vicieux du déconditionnement physique ».

L’APA agit comme un catalyseur de bien-être en :

  1. Luttant contre l’isolement : les cours collectifs permettent de recréer un réseau social où la pathologie s’efface derrière le mouvement.
  2. Transformant la perception de soi : les participants arrivent souvent « coincés dans leur corps ». En retrouvant de l’autonomie dans des gestes simples (remettre ses chaussettes, faire ses courses seul), ils revalorisent leur image d’eux-mêmes.
  3. Déstigmatisant la fragilité : l’approche par l’APA diminue la « distance symbolique » avec les professionnels de santé. On n’y parle pas forcément de son problème, on y vient pour bouger.

Quelles vertus de l’APA ? Retour d’expérience avec « OSE »

Le projet OSE, porté par l’ASBL Fit Your Mind, est un projet collectif d’Activité Physique Adaptée conçu comme un défi progressif et inclusif. En 2023, il a proposé à des participants engagés dans des cours d’APA de se préparer à l’ascension du Mont Olympe, en respectant les capacités et les limites de chacun.

Cette expérience illustre concrètement ce que l’APA change chez les participants. Selon Hélène Muselle, « ils arrivent souvent avec des douleurs et une incapacité à utiliser leur corps comme avant. Dès les premières semaines, ils observent un regard différent sur eux-mêmes et constatent qu’ils ne sont pas seuls. Ils redécouvrent le mouvement, se réapproprient leur corps et retrouvent du plaisir dans l’activité physique. »

Cette aventure collective a donné lieu à la réalisation du film documentaire OSE, diffusé dans plusieurs cinémas, écoles et maisons médicales. Au-delà de l’ascension, le projet a renforcé la cohésion du groupe et favorisé un engagement durable des participants dans l’activité physique adaptée.

Et si l’APA s’invitait à l’école ?

En milieu scolaire, l’APA pourrait représenter un outil pertinent en réduisant les inégalités sociales de santé par l’inclusion d’élèves qui ne peuvent pas toujours suivre le rythme de l’éducation physique ordinaire en raison de besoins spécifiques (handicap invisible, surpoids, fragilité psychologique) L’APA offrirait alors un éclairage précieux en montrant comment le mouvement peut devenir accessible, sécurisant et valorisant pour tous.

Des outils comme le film documentaire OSE peuvent servir de base à des ateliers de sensibilisation. Hélène Muselle anime d’ailleurs des sessions où les jeunes expérimentent le mouvement en situation de handicap (danse en chaise roulante, bras attaché), favorisant ainsi l’empathie et l’acceptation de la différence.

Vers une culture partagée de la littératie physique

L’Activité Physique Adaptée ne propose pas un modèle à part, réservé à des publics spécifiques, elle révèle plutôt l’importance de la littératie physique, véritable fil rouge de notre dossier. En adaptant les pratiques, en valorisant les capacités plutôt que les limites et en redonnant du sens au mouvement, l’APA rappelle que bouger est avant tout une expérience personnelle, sociale et évolutive.

En développant cette culture du mouvement – à l’école comme ailleurs – il devient possible d’aider chacun à se percevoir non comme « en difficulté » mais comme acteur de sa santé, capable d’avancer à son rythme vers un équilibre physique, mental et social.

En fin de compte, l’APA fonctionne comme un escalier sur mesure : plutôt qu’une volée de marches raides et intimidantes, elle offre des paliers et des rampes ajustables, pour que chacun puisse monter à son rythme.

Fit Your Mind partage quelques ressources à propos de l’APA

Pour le développement de l’APA en Wallonie, l’ASBL Fit Your Mind travaille en étroite collaboration avec Sciensano, l’AVIQ et les différents promoteurs en santé reconnus par l’AVIQ. Voici quelques références intéressantes :

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