(In)ÉgalitésAnalyses
01.09.2021
Numero: 7

Quand des chercheurs se penchent sur les préoccupations du secteur social-santé

La lutte contre les inégalités sociales revêt une multitude de formes et recouvre des pratiques et initiatives professionnelles assez diversifiées. Le CREBIS, un centre de recherche sur les inégalités sociales, créé par deux associations bruxelloises bien connues, en est un bel exemple. Les premiers résultats d’une enquête en ligne ont été présentés au cours d’un webinaire organisé en juin dernier, les deux événements étant marqués par une participation importante des professionnels du secteur social-santé.

Emag07 Chercheurs social santé

Créé par le CBCS (Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique) et le Forum-Bruxelles contre les inégalités sociales, le CREBIS (Centre de recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales) a débuté ses activités fin 2019. En juin 2020, la nouvelle structure a lancé l’enquête en ligne : « Quel rôle pour la recherche dans le secteur du social-santé à Bruxelles ?1 » . Marjorie Lelubre, chargée de recherche et coordinatrice du CREBIS, resitue les enjeux : « Un des objectifs est de réaliser des études en construisant davantage de liens entre le monde de la recherche et celui des professionnels de terrain. Une des premières préoccupations était de mieux comprendre les représentations de la recherche et des chercheurs auprès de ces professionnels ».
Le deuxième objectif est de développer des questions de recherche qui touchent aux préoccupations des professionnels. Une partie de l’enquête portait par conséquent sur les problématiques rencontrées dans leurs pratiques quotidiennes. L’enquête, restée en ligne pendant quatre ou cinq semaines, était accessible à qui le souhaitait. Finalement, entre 120 et 140 personnes y ont répondu, un nombre qui avait plutôt agréablement surpris au CREBIS. En effet, avec des équipes de professionnels un peu épuisés par le contexte de la crise sanitaire, les chercheurs pensaient que peu d’entre eux trouveraient le temps de répondre à une enquête exigeante, en raison notamment des nombreuses questions ouvertes.

Des questionnements transversaux

Les quatre thématiques ou préoccupations qui sont ressorties de cette enquête sont : le logement, le non-recours aux droits sociaux, la multiculturalité (et la prise en compte des personnes en contexte migratoire dans les pratiques du secteur social-santé bruxellois) et le rôle politique des travailleurs sociaux. Selon Marjorie Lelubre, il est intéressant de relever que : « Les professionnels, alors qu’ils ont des missions différentes, des publics différents, se posent des questions qui sont assez communes et, qui par conséquent, sont aussi intersectorielles. Peut-être cela veut-il dire aussi que les solutions sont à trouver à un niveau intersectoriel ».

La question du logement a été beaucoup étudiée. Pourtant, elle reste une préoccupation Marjorie Lelubre

Les chercheurs ont été assez surpris, par exemple, que la thématique du logement ressorte de l’enquête. Essentiellement, parce qu’en posant la question des préoccupations, l’idée était aussi de savoir comment la recherche pouvait aider les professionnels confrontés à cette problématique. « Or, la question du logement a beaucoup été étudiée, explique Marjorie Lelubre. Pourtant, elle reste une préoccupation. Sur le terrain, les professionnels voudraient que la recherche s’en saisisse… ». Cela pose d’autres interrogations comme : « Comment les résultats de recherches peuvent être diffusés et compréhensibles ? Comment les professionnels de terrain peuvent-ils se les approprier pour agir ? Etc. ».

Pour aller plus loin dans les thématiques

Outre la présentation des résultats préliminaires de l’enquête, le webinaire de juin dernier reposait également sur des ateliers dont les thématiques étaient celles identifiées par l’enquête. L’objectif ? Les approfondir à travers un travail d’analyse réalisé avec les participants. Cette méthodologie correspond aux principes fondateurs du CREBIS, qui veut donner la parole et faire participer le plus possible les professionnels du secteur social-santé. Environ 80 d’entre eux s’étaient inscrits à cette matinée d’étude virtuelle.

Dans l’atelier consacré au logement par exemple, l’idée était de partir d’un récit pratique et de l’analyser ensemble, sans jugement2 . Le témoignage était celui d’un jeune suivi par un Service d’Accompagnement Mission Socio-Éducative3 , dont une des missions est l’accompagnement à la mise en autonomie. Cette mesure est destinée aux jeunes qui, à partir de 16 ans, n’ont pas d’autre solution que de vivre dans leur propre logement. Dans le cas présenté ce jour-là, le jeune avait atteint 18 ans et ne pouvait donc plus être logé par les structures de crise d’aide à la jeunesse : il était sans ressources financières et aucun logement disponible n’avait pu être trouvé pour lui. Les services ont perdu sa trace, avec pour seule info qu’il avait commencé à glisser dans la délinquance… « et qu’il était probablement allé grossir les rangs de jeunes vivant dans la pauvreté ».

Les participants ont posé de nombreuses questions : les pistes de telle ou telle structure d’aide avaient-elles pu être explorées ? Comment faire et aider quand il manque des éléments déterminants de l’histoire personnelle ? Etc. Il y a également eu des constats comme « les politiques de logement n’ont, jusqu’ici, pas apporté de vraies solutions »… Ce point a été repris dans la synthèse collective de l’atelier qui met également en lumière le manque de continuum entre les différents services et, une fois de plus, le manque criant de logements.

Sans aucun doute des pistes de recherche pour le Crebis4et les pouvoirs publics.

Pour être tenu informé des actualités du CREBIS, rendez-vous sur les sites du Forum-Bruxelles contre les inégalités (www.le-forum.org) et du CBCS (www.cbcs.be)

Anoutcha Lualaba Lekede


1 Webinaire « Quelles sont les préoccupations du secteur social-santé bruxellois ? – Des professionnels parlent aux chercheurs », organisé par le CREBIS (CBCS/Le Forum-Bruxelles contre les inégalités sociales), le 17 juin 2021.
2 L’idée est de privilégier la bienveillance, sans jugement de la pratique professionnelle.
3 Anciennement, les Services d’accompagnement Mission Socio-Educative étaient appelés SAIE, Service d’aide et d’intervention éducative.
4 Deux centres de recherche universitaires se chargent de la coordination scientifique des travaux du Crebis : le CITERF (Centre Interdisciplinaire de Recherche Travail Etat Société/UCLouvain) et METICES (Migrations, Espaces, Travail, Institutions, Citoyenneté, Epistémologie, Santé/ULB).

Sur la même thématique