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e-Mag Bxl santé

La promotion de la santé, dans les stratégies de prévention du Covid-19

Les incertitudes sur les mesures à prendre, la communication changeante et la surabondance d’informations ne facilitent pas les démarches de prévention autour de la maladie et la promotion de la santé. Les acteurs du secteur ont élaboré des Stratégies concertées. Dans un entretien accordé à Bxl santé, Barbara Trachte, Ministre-Présidente de la COCOF, chargée de la Promotion de la Santé, revient sur les raisons qui l’ont poussée à soutenir ces stratégies.

Bxl Santé : Quels sont les enjeux liés à la pandémie pour la promotion de la santé de la population et des publics bruxellois plus vulnérables ? 

Barbara Trachte : La pandémie a accentué les enjeux antérieurs, notamment celui des déterminants de la santé. Sans surprise, les indicateurs de ces derniers sont moins bons pour les populations les plus précarisées. On sait depuis longtemps par exemple qu’une partie de la population n’a pas recours aux dispositifs existants. Quand on vit dans la précarité, on a une moins bonne santé et aussi moins de possibilités de prendre sa santé en main.

Dans le contexte actuel, les personnes en situation de précarité ont plus de difficultés à faire face à la maladie. La pandémie a également amplifié le problème des inégalités, comme celles entre les femmes et les hommes. Souvent, les femmes occupent des emplois plus précaires, prennent encore majoritairement soin des enfants, etc. Or, la plupart d’entre elles ont continué à travailler pendant la crise sanitaire et à prendre soin des enfants confinés à la maison. A ce groupe s’ajoutent toutes celles qui n’ont pas d’emploi ou qui sont dans l’économie informelle, etc. La crise sanitaire a accentué leurs difficultés.

Ces constats sont certes connus depuis longtemps, mais l’aspect positif est que les politiques publiques en tiennent compte davantage.

Bxl Santé : Pourquoi avoir choisi de soutenir les stratégies concertées de promotion de santé ?

Barbara Trachte : Le cabinet, l’administration, le Conseil consultatif de Promotion de la santé, les associations, etc., sont partis de ces constats et de la nécessité de toucher les gens là où ils sont. Dans les circonstances très particulières que nous vivons - notamment, celle où les gens ne peuvent pas se rencontrer -, nous avons plus de difficultés à toucher le public habituel. Il était indispensable de changer notre méthode de travail.

Nous nous sommes inspirés de ce qui avait été fait autrefois pour le sida. Les Stratégies concertées Sida ont analysé les différents groupes sociaux qui étaient touchés par la maladie : les migrants, les gays, les prostituées, les personnes plus fragiles au niveau de la santé, etc. Ces publics avaient été touchés différemment que par des campagnes généralistes adressées au grand public. En effet, communiquer un message comme « Mettez un préservatif » n’a pas été reçu ou compris de la même manière et, même parfois, pas du tout été compris par certains de ces publics-là pour différentes raisons (la langue, des freins culturels, etc.).

Dans la crise actuelle, il en est de même avec le message sur les gestes barrière par exemple. Les constats et les réponses que nous pouvons y apporter sont de même nature. Les différents groupes sociaux ne peuvent pas appliquer de manière uniforme les règles qui sont édictées au grand public.

Huit objectifs poursuivis à travers les stratégies concertées.

• Identifier et prioriser les publics finaux ; les milieux de vie et les relais locaux/de proximité.
• Améliorer notre connaissance des publics finaux (leurs vécus ; leurs pratiques ; leurs besoins) et des milieux de vie.
• Améliorer notre connaissance des relais (leurs constats ; leurs pratiques ; leurs besoins) ;
• Recenser, développer et diffuser des outils de communication, de sensibilisation et d’animation adaptés (FALC/littératie ; focus six règles d’or ; favoriser réflexion et échange avec les publics…).
• recenser, développer et diffuser des outils et dispositifs de formation des relais ;
• mobiliser, former et accompagner les relais.
• mener des actions de proximité/en milieux de vie.
• monitorer, évaluer et adapter les objectifs, les stratégies et les actions.

Bxl Santé : Que pensez-vous des finalités et objectifs poursuivis par ces stratégies ?

Barbara Trachte : L’enjeu consiste effectivement à s’adapter à la situation vécue par les personnes là où elles sont, et sans jugement. Ce dernier élément est le plus important car c’est un principe de base en promotion de la santé. Les discours sanctionnateurs concernant le respect des gestes barrières ne sont peut-être pas le meilleur moyen de conscientiser les jeunes par exemple. Adopter une méthode plus inspirée de la gestion des risques serait peut-être plus efficace.

Pour les jeunes qui seraient tentés par une ‘lockdown party’ par exemple, il ne s’agit nullement de leur dire que ce n’est pas bien d’en faire. La meilleure manière de procéder est de leur expliquer pourquoi il vaut mieux éviter les contacts sociaux. Et si la décision d’organiser une ‘lockdown pary’ est maintenue, ils doivent pouvoir disposer du matériel sanitaire nécessaire pour leur sécurité (masques, gel hydroalcoolique, etc.) et veiller à respecter les règles.

La démarche est similaire à celle qui se déroule en gestion des risques pour les drogues. Nous n’inventons pas une nouvelle méthodologie.

Bxl Santé : Qu’attendez-vous de ces stratégies ?

Barbara Trachte : Les stratégies concertées devraient permettre d’atteindre les objectifs généraux de promotion de la santé et d’émancipation. C’est du moins ce que j’espère, car il existe des attentes à très court terme par rapport à la gestion d’une épidémie. Mais ce que nous tentons d’apprendre aux personnes, en les touchant, c’est à prendre en main leur propre santé. Par conséquent, à s’émanciper, à devenir des acteurs de leur santé et pas uniquement des consommateurs de médicaments quand ils sont malades.

J’espère également que le fait d’avoir été touchés par les acteurs de la promotion de la santé à l’occasion du Covid, leur permettra de faire appel à ces acteurs qui se tiennent à leur disposition. Ou d’avoir appris à être autonomes dans la gestion de leur santé, à s’interroger sur la manière dont ils gèrent celle-ci. J’espère encore que cela pourra déclencher d’autres actions à plus ou moins long terme, aux niveaux de l’activité physique, de l’alimentation, etc.

Le but de la promotion de la santé sera toujours l’émancipation. La réponse à une préoccupation ponctuelle, mais collective, devrait permettre à chacun éventuellement et individuellement de prendre sa santé en main.

 Propos recueillis par Anoutcha Lualaba Lekede

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