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Covid-19 : Si peu ou presque rien à manger pour beaucoup

La crise sanitaire et le confinement ont (re)mis en lumière, de manière flagrante, les inégalités et les vulnérabilités de notre société. Le fonctionnement au ralenti de cette période est venu aussi souligner combien le droit à l’alimentation n’était pas encore acquis pour tous en Belgique. En quelques semaines, les services sociaux ont observé une augmentation importante des demandes d’aide alimentaire. Rien n’indique que la courbe va décroître...

Le numéro vert bruxellois 0800 35 243 pour les urgences sociales a été mis en place par la Fédération des Services sociaux (FdSS) et les administrations bruxelloises peu de temps après le début de la crise. Entre le 30 mars et le 17 mai 2020, 1503 appels ont été reçus à ce numéro. Ces appels ont fait l’objet de 1939 demandes réparties entre différentes thématiques, à savoir le logement, l’aide alimentaire, les revenus, la santé (physique et mentale), les problématiques liées au matériel informatique, à l’enfance/jeunesse/scolarité, etc. Le bilan des appels reçus montre que 18% de ceux-ci impliquent une demande qui concerne l’aide alimentaire.

Madame reçoit l’aide alimentaire du CPAS, mais pour le moment les colis sont réduits
pour assurer qu’il y a assez pour tout le monde. Ça ne suffit pas pour nourrir sa famille. (*)

20200629 ILLU EMAG AideAlimentaire 2 BD VFEn quelques semaines à peine, les demandes d’aide alimentaire ont presque doublé. Si 12% des personnes ayant appelé la semaine du 30 mars étaient concernées par la problématique de l’aide alimentaire, elles étaient quelque 21% la semaine du 4 mai. Avant mars 2020, le nombre de personnes qui avaient recours à cette aide était de 450.000. Avec l’arrivée de la pandémie et les mesures de confinement qui l’ont accompagnée, les associations du secteur estiment à 200.000 personnes les nouveaux bénéficiaires (étudiants jobistes, travailleurs de l’économie informelle, personnes au chômage temporaire, indépendants, etc.).

Le branle-bas de combat

L’instauration nécessaire du confinement, mais néanmoins brutale, a jeté dans la précarité toute une partie de la population qui avait déjà des fins de mois difficiles, voir extrêmement difficiles. Beaucoup de personnes se sont dès lors adressées aux services d’aide alimentaire. « A côté des personnes qui ont trouvé le chemin de l’aide alimentaire, explique-t-on à la FdSS, il y a toutes celles qui ne l’ont pas trouvé et qui ont dû se serrer la ceinture ou trouver d’autres types de solidarité dans leur quartier, etc. »

Certains services ayant fermé, d’autres se sont très vite retrouvés surchargés[1]… C’est par exemple le cas de certains services d’aide aux sans-abris qui ont vu arriver des travailleurs de l’économie informelle qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés sans le sou… Avec des associations fermées, d’autres ouvertes mais dépassées – et des CPAS fonctionnant un peu au ralenti durant une partie de la crise –, le résultat est une difficulté d’accéder à cette aide dans certaines parties de Bruxelles, notamment dans le « croissant pauvre »[2]. Pour répondre aux sollicitations, les associations classiques du secteur ont dû adapter leurs pratiques. Les restaurants sociaux et les épiceries sociales par exemple ont mis en place des take-away, les distributions de colis se sont adaptées aux contraintes sanitaires, etc.

 

Une crise s’en va, une autre s’installe

La fin de la crise sanitaire ne signifie malheureusement pas la fin de la crise sociale. Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la FdSS : « Il est certain que nous nous dirigeons vers une crise économique majeure quand on voit le nombre de licenciements auxquels nous assistons actuellement. Le fait que les minima sociaux soient trop bas, que beaucoup de personnes qui sont au chômage ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins de base, etc., tout cela va nous pousser à la limite de nos capacités. On ne peut pas laisser à l’aide alimentaire par exemple, le soin de compléter des allocations sociales qui sont insuffisantes. »

Madame est indépendante. Malgré la prime de 4000 €, elle n’arrive pas à s’en sortir
car toutes les charges sociales pour le mois d’avril ont été prélevées en une seule fois.

La détérioration de la situation sociale explique que les files se sont allongées devant les services. « On ne peut pas laisser autant de gens faire la file comme ça dans les rues, poursuit Céline Nieuwenhuys, c’est indécent à tous les niveaux. Il faut qu’il y ait un droit à l’alimentation inconditionnel car se nourrir est un besoin de base comme se soigner, se loger, etc. Il va falloir s’assurer que l’ensemble des personnes sur le territoire aient la capacité de se nourrir dignement, qu’elles puissent choisir ce qu’elles mangent... En réalité, le secteur ne va pas pouvoir tenir le coup, il tenait déjà à peine auparavant. »

 

Pour conclure…

La crise sanitaire du Covid-19 a mis en grande difficulté une frange importante de la population. Les services sociaux et le secteur de l’aide alimentaire en particulier ont réagi très vite pour continuer d’offrir leurs services. En adaptant leurs pratiques, en réalisant aussi un monitoring des services (ouverts, fermés, leurs localisations, etc.), un travail minutieux a été mené tambour battant à côté de bien d’autres tâches. Dans l’immédiat, le secteur a besoin d’être doté de vrais moyens financiers. Et, comme la FdSS le rappelait dans un récent communiqué, un chèque alimentaire complétant l’aide alimentaire, permettrait aux bénéficiaires d’aller faire leurs courses comme tout le monde dans leurs quartiers. Ils pourraient ainsi choisir eux-mêmes leur alimentation, ce qui reste trop rare pour les personnes vivant d’aide sociale.

Anoutcha Lualaba Lekede

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(*) Témoignages extraits du dossier de presse « Numéro vert bruxellois 0800 35 243 pour les urgences sociales – Bilan des appels entre le 30 mars et le 17 mai 2020 » de la FdSS.
[1]
Des services ont dû fermer, notamment pour protéger l’ensemble des bénévoles, très nombreux dans le secteur. Certains d’entre eux se sont ensuite réorganisés, le temps d’avoir du matériel de protection, etc. Quant aux services qui sont restés ouverts et ont été très vite surchargés, ils ont dû tout aussi rapidement augmenter l’ensemble de leurs effectifs.
[2] Zone située à cheval sur sept communes : Saint-Josse, Anderlecht, Forest, Molenbeek-Saint-Jean, Schaerbeek, Saint-Gilles et Laeken.

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