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16.02.2022
Numero: 9

Echos des politiques : Acteurs de santé et usagers : quelles relations, quelle communication ?

Les élus au Parlement de la Commission communautaire française (COCOF) s’expriment au sujet d’actualités relatives à la santé et au social en Région bruxelloise. Au menu de cette rubrique : « Les relations entre acteurs de santé et usagers : confiance, méfiance, défiance ». Réflexions, propositions et décisions engrangées autour de la thématique du dossier thématique 21-22 de Bruxelles Santé.

Emag Echos politiques

Vaccination : comment susciter la confiance ?

Dans le cadre de l’actuelle campagne de vaccination, les responsables politiques ont été confrontés à la prolifération de fausses informations, qui témoignent d’une défiance croissante envers les autorités politiques, médiatiques et scientifiques. Pour tenter de restaurer la confiance, le déploiement d’une communication efficace et cohérente demeure indispensable. Ainsi, par le passé, des campagnes de communication sur l’usage du tabac ont progressivement permis d’effectuer un « shift » dans la perception collective de cette consommation. Des stratégies de marketing sanitaire ont également été menées avec succès sur le port de la ceinture de sécurité, l’alcool au volant ou encore le préservatif.

Le responsable de la campagne de communication israélienne en matière de vaccination – qui fut massive, positive et claire – avance la nécessité d’être entièrement transparent, sans chercher à cacher à la population les éléments incertains. La littérature disponible sur le sujet est également très explicite et confirme que le recours aux médias de masse, aux médias sociaux et à d’autres canaux de communication pour contrer les messages antivax, sont efficaces. Afin de mettre en place une communication ciblée sur différents publics identifiés, le recours à des sociétés expertes en marketing sanitaire pourrait être envisagé. Le morcellement des compétences en Belgique devrait également inviter les différentes autorités à développer un protocole de communication commun en cas de crise sanitaire, afin de limiter les risques liés aux infox.

Gaëtan Van Goidsenhoven,
député et chef de groupe MR au Parlement francophone bruxellois

Une communication co-construite entre acteurs et usagers

Depuis mars 2020, nous avons vécu au rythme du Covid, des mesures sanitaires et des informations parfois contradictoires en la matière. Face à une communication intarissable, il est apparu nécessaire de la construire, voire la déconstruire, collectivement. Cette crise a confirmé un enjeu : impliquer acteurs et usagers dans la réalisation d’outils d’information en santé publique. Acteurs et usagers peuvent ensemble identifier les besoins en matière de santé. Ils peuvent ensemble dégager l’information utile au milieu d’un flot de données, trouver des solutions à des problèmes concrets, tout en garantissant une amélioration de l’accès à la santé.

Certaines associations agréées par la COCOF sont dans cette démarche de co-construction. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail réalisé par deux d’entre elles : l’asbl Question Santé et la Fédération des Maisons médicales. Toutes deux viennent de fêter leurs 40 ans d’existence. Au travers de ses nombreuses publications tout public, l’Asbl Question Santé a participé à démocratiser l’accès à l’information sociale et de santé. Les 40 maisons médicales agréées par la COCOF garantissent une offre de soins et de santé de première ligne. En tant que telles, elles participent à lutter contre les inégalités sociales en santé, en accompagnant la population bruxelloise à travers leurs consultations médicales, mais aussi à travers leurs actions de promotion et de prévention de la santé via des dispositifs de santé communautaire.

Avec mon groupe, nous faisons confiance aux services agréés par la COCOF, nous savons qu’ils sont en mesure de relever le défi qui consiste à dégager l’essentiel dans une information en social-santé saturée, tout particulièrement grâce au lien que ces professionnels entretiennent avec leurs bénéficiaires.

Jamal Ikazban,
député et chef de groupe au Parlement francophone bruxellois

Relations médecins-patients via le numérique

Les soins de santé se sont vus bouleverser par la crise sanitaire. Dans cette situation d’urgence, le secteur de la santé a été éprouvé et forcé de se réinventer. De nouveaux modes de communication ont été employés, tel que les consultations en ligne ou téléphonique, l’envoi de certificats ou de prescriptions par voie électronique… Si ces services digitaux connaissent des limites, ils permettent également de faire face, non pas uniquement à des situations de distanciation sociale et de confinement, mais également de répondre aux demandes de manière efficace. Ces rendez-vous en ligne permettent de connecter patients et médecins rapidement, et de faire un triage qui permettra ensuite de prendre le temps nécessaire aux cas qui nécessitent une attention plus particulière.

Cette digitalisation des soins n’en est qu’à ses prémices. En effet, l’intelligence artificielle, la numérisation et la digitalisation ont des possibilités infinies au service des patients, permettant le partage de données, des dossiers médicaux électroniques, des suivis personnalisés… Nos systèmes de soins sont à l’aube d’une révolution technologique. Aujourd’hui les smartphones et montres connectées montrent déjà leur potentiel en matière de santé. Ceux-ci sont capables de monitorer notre pouls, notre activité physique, nos cycles de sommeil et tant d’autres possibilités.

La relation entre patients et médecins se verra indéniablement changée dans le futur. Il est du devoir des politiques d’anticiper ces changements pour assurer une transition bienveillante et performante de cette révolution technologique.

Gladys Kazadi et Christophe De Beuckelaer,
députés cdH au Parlement francophone bruxellois

Retrouver des interlocuteurs de santé de proximité

La crise Covid et ses conséquences sur la santé mentale de la population, les difficultés rencontrées par la campagne de vaccination à Bruxelles nous interpellent. Il s’agit à la fois de circonstances générales dans notre société (influence des réseaux sociaux, discours anti-science, méfiance des vaccins…) et de la situation particulière à la Région bruxelloise. Parmi celles-ci, notons la fracture sociale, avec des habitants en grande difficulté socio-économique, une population d’origines multiples et donc une maîtrise des langues nationales qui peut être améliorée et surtout 40% de la population bruxelloise qui ne dispose pas de médecin traitant. Ce qui revient à dire que le maillon essentiel de la médecine de première ligne est défaillant.

Il est prioritaire pour DéFI de pallier ce manque. Il est évident que les campagnes d’information sur la santé doivent être renforcées, par exemple pour lutter contre la désinformation concernant les vaccins. C’est capital pour préparer notre santé dans les années à venir. Les réseaux sociaux sont un canal pour le faire. Il importe de maintenir un accès personnel, car des nombreuses personnes, pour des raisons diverses, sont dépassées par la société du tout numérique. La fracture numérique rend difficile, si pas impossible, l’accès à une information de qualité. Soyons-y très attentifs et mobilisons tous les acteurs de la santé dans un objectif de « santé pour tous ». L’application du Plan Social-Santé de notre Région et l’aboutissement des États Généraux de la Santé devraient avoir comme objectif de permettre aux Bruxelloises et Bruxellois de retrouver des interlocuteurs de santé de proximité.

Marie Nagy,
députée DéFI au Parlement francophone bruxellois

D‘une crise sanitaire à une crise démocratique

La crise Covid que nous vivons depuis maintenant deux ans a fragilisé nos fonctionnements économiques, sociaux, de santé… et très certainement démocratiques. Il est temps de repenser nos prises de décision. Cette réflexion doit replacer les Parlements au centre. Or, pour l’instant, le Codeco est l’instance centrale. Par exemple, développer un fonctionnement par mandats, donnés par les Parlements aux ministres qui y siègent, redonnerait au débat parlementaire sa juste place. Ces avancées seraient importantes, mais pas suffisantes.

Il est également nécessaire que la population soit associée aux prises de décision : informations et dialogues au niveau local, évaluation des politiques par la population… Différentes recommandations ont été émises dans ce sens par la Commission délibérative1. Ces propositions rejoignent les méthodes déjà utilisées depuis longtemps par l’approche de la santé communautaire : permettre aux personnes d’être en bonne santé et de poser des choix consciemment pour ce qui leur semblera le mieux pour elles, permettre aux personnes d’agir sur leur environnement par des actions politiques. Il n’y a rien à inventer mais à s’inspirer et à développer.

Aujourd’hui, la crise sanitaire que nous connaissons devient une crise démocratique. Nous ne pourrons y faire face qu’en prenant les décisions avec la population dans son ensemble et en s’associant aux acteurs de terrain qui ont développé, depuis de nombreuses années, des pratiques inspirantes tant sur la plan de la santé que sur le plan démocratique.

Magali Plovie,
députée Ecolo et présidente du Parlement francophone bruxellois

De la méfiance des citoyens vers la reconstruction d’un lien

En temps de crise sanitaire, la nécessité pour tous de bénéficier d’une information sûre et utile sur les questions de santé est évidente. Le Covid a cependant montré que de plus en plus de gens ne voient plus le gouvernement comme une source crédible. Une porte ouverte à des discours anti-sciences dangereux. En deux ans, le lien de confiance avec beaucoup de citoyens s’est encore distendu. Parmi les causes : des choix politiques trop souvent incohérents, antisociaux, répressifs et basés souvent sur les intérêts des grosses entreprises. Cette méfiance grandit encore chez ceux qui constatent à quel point les États ont laissé les multinationales pharmaceutiques prendre une place démesurée dans la gestion de la santé publique, pour leur plus grand profit.

Dans l’immédiat, le regain de confiance passera par des discours publics clairs et cohérents, dont les bases scientifiques sont explicites. La reconstruction d’un lien entre citoyens et institutions publiques nécessite par ailleurs que chacun bénéficie d’une éducation scientifique de qualité et surtout d’un accès garanti aux soins. A Bruxelles, cela reste un luxe. Les pouvoirs publics doivent pour cela renforcer la médecine de terrain et la première ligne, et axer davantage les politiques de santé sur la prévention. La confiance envers la science passe par un contact humain avec les acteurs de la santé. Il s’agit enfin de sortir la recherche médicale et les soins de santé de la logique du marché.

Françoise De Smedt,
députée et cheffe de groupe PTB au Parlement francophone bruxellois

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