DiversÉchos des politiques
09.09.2026
Numero: 27

Echos des politiques : l’actu des élus au Parlement bruxellois

Les élu·es au Parlement de la Commission communautaire française (Cocof) s’expriment sur des sujets d’actualité relatifs à la promotion de la santé et, de manière plus générale, à la santé et au social en Région bruxelloise. Pour cette livraison, les parlementaires DéFI, PTB, MR, Ecolo, PS et Les Engagé·es ont partagé leurs réflexions sur le dossier de cet e-Mag Bxl santé n°27, lequel porte sur l’isolement social et la solitude à Bruxelles et son impact sur la santé.

E-mag Bruxelles Santé Echo des politiques

Agir sur les causes de l’isolement social

À Bruxelles, près d’une personne sur quatre n’a pas de contact avec des amis ou de la famille chaque semaine. Ce chiffre montre une réalité que l’on ne voit pas toujours : beaucoup de Bruxellois souffrent encore de solitude et d’isolement.

L’isolement peut toucher tout le monde, mais particulièrement les personnes âgées. Avec la pension, la perte d’un proche ou les difficultés à se déplacer, les contacts peuvent peu à peu diminuer. Nos conditions de vie jouent aussi un rôle. Entre le travail, les trajets et le coût de la vie, il reste parfois peu de temps pour voir sa famille et ses proches. Et face à des logements toujours plus chers, certains doivent s’installer plus loin de leur travail, de leurs parents ou de leurs grands-parents.

Pour le PTB, lutter contre l’isolement, c’est donc aussi agir sur ses causes : réduire le temps de travail et rendre le logement plus abordable pour permettre à chacun d’avoir plus de temps pour ses proches et de pouvoir vivre près d’eux. Mais il faut aussi recréer du lien dans nos quartiers, avec des maisons de quartier accessibles à toutes et tous : boire un café, discuter, jouer aux cartes, cuisiner ou participer à des activités. Et aller à la rencontre de celles et ceux qui ne peuvent plus facilement sortir de chez eux.

Prendre soin de la santé, c’est aussi créer les conditions pour que personne ne reste seul.

Françoise De Smedt, députée et cheffe de groupe PTB au Parlement francophone bruxellois

Créer du lien, faire société

L’isolement social ne se résume pas à un sentiment de solitude. Il constitue un véritable enjeu de santé publique. Ses effets sur la santé mentale sont désormais bien établis : risque accru de dépression, d’anxiété, de détresse psychologique et de suicide. Mais ses conséquences sont aussi physiques. L’isolement favorise notamment les maladies cardiovasculaires, affaiblit les défenses immunitaires et accélère le déclin cognitif. Il augmenterait d’environ 30 % le risque de décès prématuré.

Personne ne devrait rester invisible derrière une porte close. Les personnes âgées sont particulièrement exposées, mais elles ne sont pas les seules : jeunes en rupture, familles monoparentales, personnes en situation de handicap, aidants proches ou personnes précarisées peuvent également voir leurs liens sociaux s’effriter voire disparaître. La réponse médicale, c’est déjà le constat d’un échec.

Prévenir l’isolement suppose de développer et renforcer des liens. C’est ce que font les lieux de liens, les associations de quartier, les maisons médicales, les services de santé mentale et l’accompagnement à domicile. Prévenir l’isolement exige aussi une meilleure coordination entre professionnels de santé, services sociaux, communes et tissu associatif afin de repérer plus rapidement les situations préoccupantes.

Créer du lien, c’est « faire société », c’est prendre soin. Pour DéFI, cette dimension doit être pleinement intégrée aux politiques bruxelloises de santé et bénéficier de moyens durables.

Cécile Jodogne, députée et présidente du groupe DéFI au parlement francophone bruxellois

Inscrire la prévention de l’isolement dans la politique bruxelloise

À Bruxelles, il est possible de vivre au cœur d’une ville dense et pourtant de souffrir d’une profonde solitude. L’isolement social n’est pas seulement une question de bien-être : il peut fragiliser la santé physique, favoriser l’anxiété et la dépression, entraîner un renoncement aux soins et avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale.

Les travaux scientifiques montrent un lien étroit entre isolement, solitude et santé mentale. Ils sont notamment associés à un risque accru de dépression et d’anxiété. Cette relation est également réciproque : les difficultés de santé mentale peuvent fragiliser les relations sociales et ainsi renforcer l’isolement.

Pour le MR, la réponse passe d’abord par la proximité et l’accès facilité aux soins et à l’accompagnement. Il faut pouvoir identifier plus rapidement les situations de fragilité et mieux atteindre les personnes qui restent éloignées des dispositifs existants. Le renforcement de la première ligne, le développement de dispositifs mobiles dans les quartiers et une meilleure prise en charge de la santé mentale doivent permettre d’intervenir plus tôt.

Mais prévenir l’isolement, c’est aussi créer les conditions permettant aux Bruxellois·es de rester acteur·trices de leur vie : des espaces publics de qualité, des activités sportives et culturelles, des services de proximité, mais aussi une aide et des soins à domicile pour favoriser le maintien à domicile. La prévention de l’isolement doit ainsi pleinement s’inscrire dans une politique bruxelloise de santé et de prévention, au service de l’autonomie et de la qualité de vie des Bruxellois.

Gaëtan Van Goidsenhoven, député et chef de groupe MR au Parlement francophone bruxellois

Pour que personne ne devienne invisible

L’isolement social n’est pas seulement une souffrance individuelle : c’est un véritable enjeu de santé publique. L’OMS reconnaît aujourd’hui le lien social comme un déterminant de notre santé physique et mentale. À Bruxelles, cette réalité mérite une attention particulière. On peut vivre au milieu de plus d’un million d’habitants et pourtant se sentir profondément seul. Vieillissement, précarité, monoparentalité, handicap, rupture familiale, discrimination ou déracinement : les chemins vers l’isolement sont multiples et peuvent toucher chacun à un moment de sa vie.

Pour Les Engagés, prévenir l’isolement doit faire pleinement partie de nos politiques de santé. La réponse ne peut être uniquement médicale : il faut pouvoir repérer les situations d’isolement, recréer du lien et agir avant que la solitude ne fragilise davantage la santé. Bruxelles dispose pour cela de nombreux acteurs de proximité : associations, maisons de quartier, espaces de rencontre et initiatives locales. Ils doivent être reconnus et soutenus comme de véritables maillons de notre politique de prévention.

Cette ambition passe aussi par l’« aller-vers » et par une société où chacun reste attentif à l’autre. Le rôle des pouvoirs publics est de rendre ces liens possibles et de soutenir celles et ceux qui les font vivre. Car dans une ville aussi dense que Bruxelles, personne ne devrait devenir invisible.

Gladys Kazadi, députée et cheffe de groupe Les Engagé·es au Parlement francophone bruxellois

L’isolement raconte quelque chose de la société que nous bâtissons

Il y a des solitudes silencieuses. Celles que l’on croise dans un bus, derrière une fenêtre, dans une cour d’école. On peut vivre au milieu de milliers de personnes et, pourtant, se sentir seul ou seule au monde. L’isolement n’est jamais une affaire privée. Il raconte quelque chose de la société que nous bâtissons. Il parle de ce que nous voulons préserver.

S’engager pour lutter contre l’isolement, c’est d’abord croire que nous avons besoin les uns des autres. Nous sommes toutes et tous vulnérables et interdépendants. Protéger un arbre, une personne, un lien entre deux générations relève au fond du même geste : préserver ce qui permet à la vie de tenir. Chez les jeunes, l’urgence se lit plus souvent et c’est difficilement supportable. L’éco-anxiété assombrit l’avenir, le harcèlement enferme, les crises s’accumulent et certains finissent par croire qu’ils n’ont plus de prise sur le monde.

On ne répondra pas à cela uniquement avec des soins. Il convient aussi de recréer des portes, des lieux, des voix, et des avenirs possibles. Une maison de quartier, une école ouverte, une association, un banc où l’on se parle, un projet porté ensemble : ce sont parfois de petites choses. Mais ce sont elles qui reconstruisent les ponts entre les âges et rendent une ville habitable.

C’est cela, pour le groupe Ecolo, une ville robuste : non pas une ville où chacun apprend à résister seul, mais une ville où personne n’est condamné à le faire. Une ville qui entretient ses liens comme on entretient une lumière.

Et tant qu’il reste un lien à renouer, il reste une raison d’espérer.

Matteo Segers, député Ecolo au Parlement francophone bruxellois

Quand les liens reculent, les inégalités avancent

Bruxelles ne manque ni de monde ni de mouvement. Pourtant, on peut y passer des jours sans parler à quelqu’un, ne plus savoir à quelle porte frapper et finir par disparaître des radars. L’isolement n’est ni une faiblesse personnelle ni une fatalité. Il peut fragiliser la santé mentale, accentuer un sentiment de mal-être et rendre plus difficile la demande d’aide.

Les aîné·e·s ne sont pas les seul·e·s concerné·e·s. Des jeunes, des parents seuls, des personnes en situation de handicap ou précarisées peuvent aussi perdre leurs liens et leurs points d’appui. Une séparation, un deuil, une perte d’emploi, des difficultés scolaires ou une maladie peuvent rapidement faire basculer une personne dans l’isolement. C’est pourquoi la prévention doit intervenir à chaque étape de la vie.

Les maisons médicales, les services de santé mentale, les centres de jour, les associations et les maisons de quartier jouent un rôle essentiel pour repérer l’isolement, maintenir le contact et orienter les personnes vers un accompagnement adapté. Mieux coordonner leurs interventions et aller à la rencontre de celles et ceux qui ne demandent plus spontanément de l’aide doivent constituer des priorités politiques.

Pour le PS, prendre soin de la santé mentale, c’est donc aussi garantir des revenus dignes, des services publics accessibles et des espaces où chacun·e peut être écouté·e sans jugement. Le lien social est essentiel à notre santé mentale et à notre capacité à prendre part à la vie collective.

Leila Agic, députée et cheffe de groupe PS au parlement francophone bruxellois

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