DiversÉchos des politiques
02.06.2026
Numero: 26

L’actu des élu·e·s au Parlement de la Cocof

Les élu·e·s au Parlement de la Commission communautaire française (Cocof) s’expriment sur des sujets d’actualité relatifs à la promotion de la santé et, de manière plus générale, à la santé et au social en Région bruxelloise. Pour cette livraison, les parlementaires DéFI, PTB, MR, Ecolo, PS et Les Engagé·e·s ont partagé leurs réflexions sur le dossier de cet e-Mag Bxl santé n°26, lequel porte sur les enjeux en promotion de la santé sous cette législature et le rôle de la Fédération bruxelloise en promotion de la santé dans ce contexte.

Emag Echos politiques

Renforcer l’autonomie des personnes et la lisibilité de la gouvernance

À Bruxelles, promouvoir la santé ne peut se limiter à soigner. C’est agir en amont, sur les causes profondes des inégalités de santé : le logement, les revenus, l’éducation, l’environnement urbain ou encore l’accès à l’information. Dans une ville aussi dense, diverse et socialement contrastée que Bruxelles, la prévention doit partir des réalités vécues dans les quartiers. Les écarts d’espérance de vie et d’état de santé entre publics et territoires restent trop importants. La santé mentale, particulièrement fragilisée ces dernières années, constitue également un enjeu majeur de cette législature.

Pour DéFI, la promotion de la santé doit donc renforcer l’autonomie des personnes, leur capacité à comprendre les dispositifs existants et à agir sur leur propre santé. Cela passe notamment par un travail ambitieux autour de la littératie en santé et par une meilleure accessibilité des services. Mais ces ambitions ne pourront être atteintes sans une gouvernance plus lisible et mieux coordonnée. Bruxelles souffre encore d’une fragmentation institutionnelle qui complexifie les parcours des usagers et nuit parfois à l’efficacité des politiques publiques. Sans nécessairement fusionner toutes les structures existantes, il est indispensable de renforcer les articulations entre administrations, opérateurs et acteurs de terrain.

Dans ce contexte, le rôle de la Fédération bruxelloise de promotion de la santé est essentiel. Par sa capacité à fédérer les acteurs, diffuser les bonnes pratiques et soutenir les dynamiques locales, elle contribue à donner davantage de cohérence et de continuité aux politiques de prévention à Bruxelles.

Charles Hosten, attaché parlementaire pour le groupe DéFI au Parlement francophone bruxellois

La promotion de la santé pour agir sur les déterminants de la santé

La crise sociale à Bruxelles s’aggrave. L’Observatoire de la Santé et du Social confirme que la pauvreté progresse, avec des conséquences directes sur la santé. La pauvreté gagne du terrain et son impact sur la santé fait que nous ne sommes pas tous égaux face à la mort. Il existe un fossé de cinq ans d’espérance de vie entre la population des communes les plus riches et les plus pauvres.

Promouvoir la santé, c’est agir sur les causes. Le logement en est un exemple frappant : 30 % des Bruxellois vivent dans des logements humides ou mal isolés. Une fois le loyer payé, certaines familles n’ont plus que 13 € par jour pour vivre. La politique régionale du logement n’est pas à la hauteur des enjeux concernant ce déterminant décisif. C’est pourquoi améliorer les conditions de logement est pour le PTB une priorité absolue.

Il faut souligner le travail des acteurs de terrain, comme la Fédération bruxelloise de la promotion de la santé, qui se penche sur la prévention et les déterminants sociaux. Dès 2021, elle a publié un plaidoyer pour un financement pérenne et structurel de la promotion de la santé. Une demande qui n’a pas été entendue par la COCOF.

Entretemps, le Gouvernement bruxellois et le fédéral annoncent des coupes dans
d’autres matières qui touchent précisement aux déterminants sociaux, comme l’accès aux soins de santé et aux services sociaux. Évidemment, la situation se dégrade, avec une hausse du renoncement aux soins pour des raisons financières.

Au PTB, on s’inquiète de cette évolution et on plaide pour la revalorisation du travail, des investissements dans les services publics et le respect de la norme de croissance dans les soins de santé pour garantir une vie digne pour tous.

Françoise De Smedt, députée et cheffe de groupe PTB au Parlement francophone bruxellois

Pour une politique de prévention et de sécurité publique

A Bruxelles, la promotion de la santé ne peut plus être pensée uniquement comme une politique de soins : elle doit devenir une politique de prévention et de sécurité publique. Dans cette optique, le MR défend une approche qui lie les enjeux de santé aux réalités sociales et urbaines.

La montée des assuétudes, la saturation de certains services de soins, la banalisation des consommations de drogues et l’insécurité liée aux trafics constituent aujourd’hui des enjeux pour la Région bruxelloise. La question des drogues illustre particulièrement cette tension. À Bruxelles, la consommation de stupéfiants ou de médicaments détournés inquiète les professionnels de terrain. La diversité des drogues et leurs modes de consommation rendent encore plus difficile la mise en œuvre d’actions de promotion de la santé adaptées. Derrière ces usages se cachent souvent des problématiques de santé mentale, d’isolement et de précarité. Cependant, il serait dangereux de banaliser ces comportements au nom d’une approche uniquement permissive ou compassionnelle.

Le MR défend au contraire une politique mêlant prévention, accompagnement thérapeutique, orientation des personnes vers les bons organismes et sanctions envers les trafiquants et les consommateurs qui alimentent l’économie criminelle. Dans ce cadre, il est essentiel que chaque maillon de la chaîne de promotion de la santé soit pleinement impliqué dans le processus, qu’il s’agisse des institutions, de la FBPS, des médecins ou encore des travailleurs de terrain, afin d’assurer une action cohérente, efficace et adaptée aux réalités du terrain.

Gaëtan Van Goidsenhoven, député et chef de groupe MR au Parlement francophone bruxellois

30 ans de Pride en Belgique : pas de dignité sans droit à la santé

Le 16 mai dernier, 216.000 personnes ont foulé les rues de Bruxelles pour célébrer 30 ans de combats en faveur de l’inclusion des personnes LGBTQIA+.

En dépit des efforts fournis par la Belgique en matière de droits liés à l’orientation sexuelle et l’identité de genre, trop de violences physiques, verbales, d’intimidations et d’exclusions sont encore constatées aujourd’hui à l’égard de ces minorités. Il en résulte un isolement social, des difficultés scolaires ou professionnelles, des troubles physiques liés au stress chronique, des troubles de l’estime de soi et des problèmes de santé mentale qui peuvent aller jusqu’à la tentative de suicide.

Ces constats appellent une réponse politique adaptée à la hauteur des besoins. Partant du principe qu’il n’est pas de dignité ni d’inclusivité sans droit effectif à la santé, il apparaît urgent de renforcer et de former les services de santé mentale pour garantir un soutien spécialisé et inclusif, et de soutenir pleinement des structures comme la Maison des Grands Carmes, un havre de soins et d’accompagnement adapté aux réalités des personnes LGBTQIA+.

Nous en ferons dès lors l’un des fers de lance de cette législature parlementaire.

Cécile Vainsel, député PS au Parlement francophone bruxellois

Assuétudes à Bruxelles : les actes doivent suivre les mots

La promotion de la santé ne se réduit pas à la prévention des maladies. Elle comprend l’action sur les déterminants sociaux  de celle-ci — le logement, la précarité, le lien social — qui rendent certaines personnes plus vulnérables que d’autres. Les assuétudes en sont l’illustration la plus criante à Bruxelles.

Le rapport UGent/safe.brussels de mars 2025 l’a confirmé : la consommation de crack dans l’espace public est indissociable du sans-abrisme et de la pauvreté. Une approche de promotion de la santé pour lutter contre les assuétudes, qui soit non stigmatisante et centrée sur la personne, est donc la seule réponse cohérente. C’est cette logique qui a guidé l’action d’Ecolo et qui la guide encore aujourd’hui : les salles de consommation à moindre risque GATE (2022) et LINKup (Molenbeek, décembre 2025) incarnent concrètement ce paradigme. Depuis 2022, GATE a considérablement réduit les actes de consommation en rue, tout en ouvrant des trajectoires de soins.

La Fédération bruxelloise de promotion de la santé, qui fédère 43 associations, est la cheville ouvrière de cette approche à Bruxelles. Mais aujourd’hui, 38 associations de terrain (dont Modus Vivendi, Dune…) n’ont toujours pas reçu leurs subsides PGSP (Plan Global de Sécurité et de Prévention).

Vouloir promouvoir la santé tout en laissant ses acteurs sans moyens, c’est une contradiction que cette législature ne peut pas se permettre.

Alain Maron, député et président du groupe Ecolo au Parlement francophone bruxellois

« Aller  vers », une démarche essentielle en PS

À Bruxelles, la santé commence bien avant l’entrée dans un cabinet médical. Elle commence dans un logement humide. Dans une école où un enfant décroche. Dans l’isolement d’une personne âgée. Dans une file d’attente pour accéder à des soins psychologiques. Ou dans le fait, pour certains Bruxellois.es, de renoncer à consulter.

C’est pour cela que la promotion de la santé est essentielle. Non pas pour remplacer la prévention ou les soins, mais pour agir plus tôt, plus près des réalités vécues. La prévention permet d’éviter ou de détecter les maladies. La promotion de la santé agit, elle, sur ce qui influence durablement notre santé : le logement, l’alimentation, le lien social, l’environnement, la santé mentale ou l’accès aux droits.

À Bruxelles, les démarches d’ « aller vers » prennent tout leur sens. Aller vers les jeunes qui décrochent. Aller vers les personnes isolées. Aller vers ceux qui ne poussent plus la porte des institutions parce qu’ils ont perdu confiance ou ne comprennent plus les dispositifs. Les acteurs de promotion de la santé jouent un rôle essentiel dans ce travail de proximité. Ils créent du lien là où il se fragilise.

Pour les Engagé.es, la santé se construit aussi dans notre capacité collective à prévenir les ruptures, réduire les inégalités et retisser de la confiance.

Gladys Kazadi, députée et cheffe de groupe Les Engagé·es au Parlement francophone bruxellois

Sur la même thématique