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Solidarité et modes d’expression pour soutenir les plus faibles

Durant le confinement et au-delà, des initiatives ont été prises pour soutenir les personnes âgées isolées à domicile, les enfants et jeunes des quartiers ou encore les personnes en souffrance physique. Trois exemples de propositions créatives et soutenantes.

L’asbl Bras dessus Bras dessous[1] existe depuis 2015 et propose de faire se rencontrer des personnes âgées qui vivent à domicile et sont touchées par l’isolement social (« les voisinés ») et des personnes bénévoles issues du voisinage qui souhaitent leur consacrer du temps (« les voisineurs »). Issue d’une initiative citoyenne, née dans un quartier de Forest, elle s’étend aujourd’hui à toute cette commune,mais aussi à Uccle, au quartier du Peterbos à Anderlecht et au-delà de Bruxelles, à Nivelles et Louvain-La-Neuve.

Avec le confinement, les visites rendues impossibles ont été transformées. Selon Céline Rémy, initiatrice et directrice du projet, « avec une certaine agilité liée à notre organisation décentralisée, l’aide apportée s’est muée en un voisinage chaleureux à distance, avec des coups de téléphone, de la correspondance, des mini-courses déposées sur le pas de la porte par les voisineurs aux voisinés. Nous avons également renforcé les liens avec les CPAS et les services sociaux des communes où nous sommes présents pour les informer de besoins détectés lors de ces contacts. »

Autre action menée : la distribution de colis soupes deux fois par semaine, auprès de 560 domiciles par semaine, avec une soupe faite maison, des douceurs sucrées, des lettres et des dessins réalisés par des bénévoles, dont des enfants et des ados qui se sont manifestés depuis le début de la crise Covid. Par ailleurs, une importante distribution de masques a été assurée à chaque personne âgée soutenue par l’asbl, ainsi que 60 visières. Un projet d’écriture au sein de la maison de repos Saint Augustin a également vu le jour, ainsi que des tournées musicales qui se poursuivront cet été. Bref l’asbl n’a pas chômé et s’est inventé d’autres modalités d’action.

Avec le déconfinement, les tournées soupes ne se font plus qu’une fois par semaine, mais elles sont aussi organisées par quartier avec un petit comptoir mobile, ce qui permet d’encourager les personnes âgées à sortir de chez elles, pour celles qui en sont capables. Les contacts physiques reprennent, avec masque et distance sociale, sur le pas des portes ou sur des bancs publics. « Les aînés ont besoin d’être rassurés, accompagnés vers ces sorties certes prudentes, mais qui font tellement de bien. Il va aussi falloir évaluer si tous les nouveaux voisinés qui se sont manifestés pendant la crise sanitaire vont souhaiter poursuivre les relations : nous sommes en effet passés de quelque 250 voisinés à 350, ce qui est énorme en peu de temps. »

video covid rtbf brassDe manière plus structurelle, Céline Rémy se demande si cette crise sanitaire qui a particulièrement touché les personnes âgées en maison de repos ne devrait pas être l’occasion de repenser cet accueil, vu les limites qu’a montré ce modèle avec cette pandémie. « Aucun de nos voisinés n’a été touché par le Covid, ce qui ne veut pas dire que le maintien à domicile est la seule alternative, mais il faudra tirer les leçons de ce qui s’est passé et la façon dont on s’occupe de nos aînés. »

 

Donner la parole aux jeunes

Autre initiative cette fois destinée, aux enfants et aux jeunes, en particulier dans les quartiers défavorisés : le projet « Parlons jeunes ! », existant depuis 2013, et lancé par le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE), Bernard Devos.

Initié comme un projet d’éducation aux médias et à la citoyenneté, il permet depuis plusieurs années à des enfants et des jeunes de participer à des stages sur différentes thématiques de société. Ces éditions se déroulent normalement pendant les congés de Toussaint, de Carnaval, également durant les jours blancs fin juin, avec le concours de l’asbl Urbanisa’son et le Gsara pour la radio, l’asbl Comme un lundi pour la vidéo et l’asbl ACMJ pour les ateliers web. Les thématiques abordées ont été : la Syrie pour la première édition, mais aussi la santé mentale, l’exil, la violence…

Comme l’explique le DGDE, « Impossible évidemment d’organiser cette édition en présentiel, cette année. Mais devant le vide abyssal que ce confinement a réservé aux jeunes, on s’est dit qu’il y avait moyen de relancer la machine autrement, en leur donnant la parole sur leur vécu de ce confinement, via les outils numériques. »

« Parlons Jeunes, Parlons (dé)confinement » est donc une adaptation Coronavirus des éditions passées et a démarré début mai, avec une invitation lancée à tous les jeunes bruxellois de moins de 18 ans, quels que soient leur parcours de vie et leur expérience, à venir s’exprimer à propos du confinement et du déconfinement.

Le but : récolter un maximum de témoignages afin de les relayer auprès du Parlement francophone bruxellois pour que les jeunes puissent être entendus car il s’agira de les associer afin de penser l’après-Covid. Toute forme d’expression était la bienvenue : photo, texte, poème, dessin, vidéo, TikTok, chanson, slam… L’asbl Scan-R a proposé des ateliers collectifs d’écriture, en ligne, animé par un journaliste et l’asbl Comme un lundi propose un accompagnement vidéo, photo et radio. Les réalisations engrangées sont à découvrir sur la page Facebook de « Parlons jeunes ».

20200629 ILLU EMAG DossierSanteMentaleART2 Paragraphe2 BD VFBernard De Vos insiste sur le fait que les jeunes ont été malmenés durant ce confinement : « L’arrêt de l’école, sa reprise partielle selon des modalités absurdes et ensuite la réouverture plus large ont été cacophoniques et ce, au détriment des jeunes. Le projet « Parlons jeunes, Parlons (dé)confinement » a pour but de leur rendre une place, une parole. L’expérience sera d’ailleurs poursuivie cet été, afin d’alimenter le rapport d’activités, mon dernier en l’occurrence puisque mon mandat vient à terme. Ce sera l’occasion d’approfondir la réflexion sur cette période complètement inédite et assez démentielle. » Le DGDE avait également des projets d’animations pour les 3-12 ans à mettre en place dans les communes via les Quartiers d’accueil, avec le concours des communes et du secteur culturel, très affaibli par le lockdown. Mais la reprise de l’école pour les primaires et les maternelles début juin en a quelque peu perturbé, ou en tout cas retardé leur mise en place.

 

Entourer les personnes en souffrance psychique

Troisième initiative épinglée : celle de l’asbl L’Autre « lieu » - RAPA[2] qui s’intéresse aux liens entre la santé mentale et la société. Cette association propose différentes formules d’accueil et de soutien (accompagnement, habitats communautaires, permanences téléphoniques, groupes d’entraide), offrant aux personnes en souffrance physique la possibilité de vivre hors des structures psychiatriques, tout en comptant sur des filets de sécurité. Avec le Covid, les activités collectives dans le cadre de l’asbl ont évidemment été suspendues et une permanence téléphonique a été mise sur pied (02/230.62.60).

A côté de ces actions inhérentes au domaine de la promotion de la santé, L’Autre lieu propose également des activités propres à l’éducation permanente, sur la base de recherches-actions, de campagnes pour sensibiliser et faire réfléchir le public, les professionnels et les décideurs politiques sur la place de la folie. La créativité culturelle et sociale est également au centre des activités proposées à son public.

Pour Aurélie Ehx, chargée de projet et de recherches à L’Autre « lieu », « début 2020, nous avions lancé l’appel à projet « s’Habriter », mettant en avant les questions de l’hospitalité, de l’abri, de l’habitat. Le projet était de solliciter des associations, des écoles, des Centres d’Expression et de Créativité (CEC), des collectifs d’artistes… afin qu’ils réalisent des projets (labos philo, ateliers créatifs, d’écriture…) qui seraient venus alimenter une exposition programmée pour la fin de l’année. Un catalogue reprenant les créations devait être diffusé à 1.500 exemplaires. Avec le confinement, on a complètement réorganisé la campagne. Le thème est clairement en lien avec cette situation exceptionnelle : le confinement est l’occasion de réaliser un arrêt sur image sur notre espace personnel, avec une attention particulière sur notre intérieur et notre relation avec l’extérieur. »

L’asbl a décidé de transformer la campagne en « missions confinement » sur son abri, sa grotte, son chez-soi et le rapport aux autres. Quinze missions ont été lancées au fur et à mesure et se poursuivront tout l’été, avec le projet de pouvoir partir à la rencontre physique de collectifs pour continuer la récolte.

Le contenu de ces missions : photographier, dessiner ou décrire ce que l’on aperçoit par la fenêtre, s’interroger s’il y a un lieu « sous contrôle » chez soi, un territoire personnel, une zone spéciale, une place où le silence règne ou encore une mission « Garder ou jeter ? » qui interroge les participants sur le fait de savoir si l’on veut continuer de vivre dans un système identique à celui qui existait avant cette crise sanitaire. Les réalisations sont envoyées par mail, par courrier, déposées dans la boîte aux lettres de l’Autre lieu et peu à peu exposées sur un grand mur de l’asbl.

20200629 ILLU EMAG DossierSanteMentaleART2 Paragraphe3 BD VFAurélie Ehx met également en avant un autre projet mené dans le cadre de ce confinement : « Une émission radio est en cours d’élaboration au sein d’un petit groupe déjà constitué dans le cadre de l’émission Psylence, diffusée tous les 3e lundis du mois, sur RadioPanik (105.4, de 17 à 18h). Les membres de ce groupe, suivis à l’Autre lieu,travaillent, munis d’enregistreurs,à la réalisation de capsules radio, depuis leur domicile, en interrogeant leur entourage, des amis par téléphone ou en témoignant personnellement. Il en ressort que le confinement est finalement moins dur pour les personnes en souffrance psychique, à condition d’être bien suivies par leur thérapeute. En effet, en temps normal, elles vivent déjà assez isolées, avec une exposition à l’extérieur assez limitée et aussi avec une habitude des « craquages » et de la gestion de l’angoisse, de la panique. Leur thèse est qu’elles seraient finalement mieux armées pour réagir au choc du confinement. »

Le résultat de toutes ces récoltes sera partagé, comme prévu, en cette fin d’année. Quand la vie continuera malgré le coronavirus.

Nathalie Cobbaut

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[1]Pour tout contact: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. – 0486/76.62.89
[2]Pour plus d’infos sur cette asbl : https://www.autrelieu.be

 

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