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Aider les services à faire face à la crise sanitaire

 2020 aura été marquée par l’épidémie du Covid-19. Une situation inédite qui a vu une augmentation des problèmes psychosociaux au sein de la population et entraîné une surcharge de travail pour les professionnels de 1ère ligne. Comment protéger aujourd’hui ces travailleurs ? Nous avons interrogé Alain Maron, ministre bruxellois de la Santé et de l’Action sociale (COCOF et COCOM), à ce propos.

 
Question Santé : Comment appréhendez-vous le travail général mené par les secteurs psycho-médicaux-sociaux pendant la période du confinement ? 

Alain Maron : Le travail accompli par tout le personnel des secteurs du social et de la santé a été extraordinaire durant cette crise. J’ai vu des élans de solidarité et des collaborations entre services qui ne travaillaient pas ensemble avant.
Je pense par exemple au secteur des assuétudes qui a maintenu, de manière très volontaire, le lien avec des publics fort fragilisés. Et puis aussi, il y a au également les lignes d’écoute : celle de la Ligue bruxelloise de santé mentale a été aidée par plus de 180 bénévoles afin d’assurer les permanences en soirées et les weekends. Le numéro d’appel d’urgence sociale créé durant la crise a été quant à lui pérennisé, vu son efficacité à aiguiller les citoyens vers les services sociaux adéquats.

Question Santé : De quelles aides (financières et matérielles) les secteurs du psycho-médico-social et de l’ambulatoire ont-ils pu bénéficier durant la crise sanitaire, notamment pendant les mois du confinement ? A quelles conditions ?

Alain Maron : Dès le début de la crise, le Gouvernement bruxellois a pris une série de mesures pour soutenir le secteur non-marchand. Tout d’abord, des aides financières pour compenser les pertes de recettes et couvrir les dépenses engendrées par la pandémie afin d’assurer la continuité des soins (matériel de protection, aménagement du cadre de travail pour répondre aux nouvelles exigences sanitaires, outils de communication...). Ces aides s’élèvent à plus d’un million d’euros pour les associations agréées par la Commission communautaire francophone (COCOF) et de huit millions d’euros pour les structures dépendant de la Commission communautaire commune (COCOM) et d’Iriscare (maisons de repos comprises).
Idéalement tout le matériel aurait dû être disponible avant les vacances de carnaval mais il n’y avait pas de stock fédéral et le marché global de matériel hospitalier était saturé ce qui a ralenti l’approvisionnement des maisons de retraites et des hôpitaux (qui ne disposaient pas ou plus de stock propre). Le 13 mars, Iriscare livrait des masques aux maisons de repos où des cas de covid-19 étaient diagnostiqués. Cette distribution s’est étendue aux autres institutions du secteur de la santé et du social, à partir du 23 mars. Au total, plus de 6 millions de surblouses, masques, visières et gels ont été fournis à ce secteur.

Question Santé : Durant la même période, quelles sont les sollicitations qui ont été adressées au cabinet, à l’administration ? De quelles manières les autorités publiques ont-elles été interpellées, sollicitées (plaidoyers, cartes blanches, contacts directs...) ?

Alain Maron : Mon cabinet a été en contact quasi-permanent avec les administrations et les fédérations, dont je salue l’immense travail réalisé afin d’évaluer les besoins des services au quotidien. Les problèmes rapportés étaient essentiellement de natures matérielle et clinique. Il serait toutefois illusoire de croire que ceux-ci seraient réglés avec le déconfinement : les activités reprennent, mais de manière très progressive car d’une part, certains patients fragilisés refusent de sortir de chez eux, ce qui nécessite le maintien de suivi par téléphone ou en visio-conférence. D’autre part, les mesures sanitaires ne permettent pas une reprise des activités au rythme d’avant la crise. Il est dès lors essentiel pour moi de continuer à renforcer la mobilité des travailleurs et les canaux alternatifs de communication.

Objectif : renforcer la gestion intégrée des politiques sociales et de santé

Question Santé : Comment aider les secteurs à faire face à la crise économique et sociale qui s’annonce ? Comment les équiper sur les plans matériel et psycho-social pour tenir le choc et la distance ?

Alain Maron : De nombreuses équipes sont effectivement usées par la crise alors que leur travail risque de gagner encore en complexité dans les mois à venir. Dès lors, nous renforçons actuellement la deuxième ligne qui accompagne et forme le personnel de première ligne aux problématiques psychologiques. L’objectif est d’outiller les travailleurs face aux difficultés générées par la détresse psychique dans laquelle leur patientèle et leurs usagers risquent de se retrouver.
Nous tenons à ce que ces travailleurs ne soient pas eux-mêmes envahis par cette charge psychique. En parallèle, nous avons aussi chargé l’Association bruxelloise pour le bien-être au travail (ABBET), l’organe responsable du bien-être au travail pour le secteur non-marchand, de mener diverses actions de soutien au personnel, essentiellement sous quatre axes : l’accompagnement au déconfinement, afin de vérifier les différents aspects du bien-être au travail ; la création d’outils pour la gestion du bien-être au travail, afin d’aider le secteur associatif dans la gestion de crise, que ce soit une deuxième vague de Covid-19 ou toute autre crise ; la mise en place d’une ligne de soutien psychologique dédiée spécifiquement au personnel du secteur et l’élargissement des actions des fonds sociaux.

Question Santé : Les aides apportées durant le confinement et la période post-confnement auront-elles d’une manière ou d’une autre un impact sur les subsides qui seront alloués à l’avenir aux secteurs ?

Alain Maron : Non, certainement pas, qu’on soit clair là-dessus !

Question Santé : Durant la crise sanitaire, le numérique, l’internet notamment ont montré toute l’importance qu’ils pouvaient avoir pour maintenir le contact (avec les publics, entre associations et services) et continuer le travail. Y a-t-il quelque chose qui est prévu pour aider les secteurs à continuer à s’équiper, à se former, à accompagner leurs publics ?

Alain Maron : Oui, bien entendu. Le financement de l’informatisation des services sera récurent. En parallèle, les services évaluent aussi les limites et les apports de ces dispositifs. Outre l’équipement, nous tenons aussi à accompagner les équipes dans cette démarche, qui requiert d’autres compétences.

Des leçons à tirer de cette crise

Question Santé : Quelles sont les leçons à tirer de la crise du Covid-19 ? Y a-t-il des choses à faire autrement ?

Alain Maron : Durant l’été, alors que le déconfinement suivait les différentes étapes annoncées et avant que l’épidémie connaisse un nouveau pic dans plusieurs villes belges, dont Bruxelles, nous avons commencé à travailler activement à doter la Région d’un véritable outil de gestion des risques sanitaires et nous poursuivons cette tâche. Je tiens à ce que Bruxelles soit dorénavant bien préparée pour faire face sereinement au Covid ou à un autre risque sanitaire.
Ensuite, la crise nous a rappelé la place cruciale de la santé dans notre société et aussi que notre état de santé n’est pas qu’une question de virus et de génétique. Il est aussi déterminé par de multiples facteurs comme la qualité de notre logement et de son environnement, nos relations sociales, notre alimentation… Nous comptons donc renforcer la gestion intégrée des politiques sociales et de santé, notamment via l’agrément de nouvelles maisons médicales, le lancement de contrats locaux avec les CPAS, le secteur associatif et les administrations.
Des ‘référents social-santé’ seront aussi désignés pour aller à la rencontre des habitants et des associations dans les quartiers. La mobilité des dispositifs cliniques sera aussi renforcée afin de répondre aux besoins des personnes de manière proactive et là où elles se trouvent.

Question Santé : Qu’avez-vous pensé des nombreuses initiatives citoyennes et/ou privées qui ont également apporté une aide aux personnes qui en avaient besoin ?

Alain Maron : J’ai été très touché et impressionné par l’élan de solidarité, la capacité de mobilisation des Bruxellois.e.s. Un exemple parmi des centaines : en quelques jours, l’entreprise de travail adapté Travie lançait une production locale de masques en tissu avec l’aide de nombreux citoyen.ne.s et nous livrait déjà plus de 50 000 masques le 21 mars. Ces nombreuses initiatives solidaires ont souvent été fédérées par des acteurs de terrain, que nous souhaitons soutenir. Nous encourageons dès lors les porteurs de projets à se faire connaître auprès des fédérations et organes de concertation.

Propos recueillis par Anoutcha Lualaba Lekede

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