DiversÉchos des politiques
12.10.2022
Numero: 12

Echos des politiques : l’actu des élus au Parlement bruxellois

Les élus au Parlement de la Commission communautaire française (COCOF) s’expriment sur des sujets d’actualité relative à la santé et au social en Région bruxelloise. Pour cette livraison, les parlementaires DéFI, MR, PS, Ecolo, Les Engagés et le PTB ont été sollicités afin de partager leurs interpellations, réflexions et décisions engrangées soit sur notre dossier relatif au nouveau Plan de promotion de la santé et au PSSI, soit un sujet libre.

Emag Echos politiques

Le droit à la protection de la santé, un droit constitutionnel

Selon l’article 23 de notre Constitution, chaque citoyen dispose d’un droit à la protection de la santé. C’est pourquoi DéFI entend faire de la politique de santé, une priorité absolue à tous les niveaux de pouvoir (du fédéral au niveau local). Dans le cadre du nouveau Plan de Promotion de la santé et du Plan bruxellois Social Santé Intégré, nous estimons que l’usager ou le patient doit occuper une place centrale dans leur élaboration et leur mise œuvre.

En outre, un grand nombre de maladies et d’autres problèmes de santé ou assimilés peuvent et doivent être évités, en investissant massivement dans la prévention (alimentation saine, santé mentale, MST, cancers du sein, couverture vaccinale optimale, etc.). Nous envisageons la prévention à travers le principe de l’universalisme proportionné, c’est-à-dire le fait de proposer une offre de prévention pour tous, mais adaptée à chaque bassin de vie et aux besoins des personnes les plus vulnérables.

Cependant, la crise sanitaire l’a également démontré : notre offre de soins crée des situations où la prise en charge des patients ressemble à une succession d’interventions de prestataires différents, avec très peu de coordination entre eux. C’est pour cette raison que nous souhaitons renforcer l’interaction entre le préventif et le curatif, à travers la création de bassins d’aide et de soins en charge de programmer l’offre de santé dans chaque territoire bruxellois.

Enfin, nous souhaitons favoriser la santé dans toutes les politiques publiques, tant en ce qui concerne les matières bruxelloises que celles des autres pouvoirs publics.

Nicole Bomele et Jonathan De Patoul,
députés DéFI au Parlement francophone bruxellois et au Parlement de la Fédération WB

Le nouveau Plan Social Santé Intégré est sur les rails 

Avec mon groupe, nous nous réjouissons de la finalisation du Plan Social Santé Intégré (PSSI) ou Brussels Take Care. Comme le prévoit l’accord de majorité, il s’agit d’aboutir à un seul Plan social-santé bruxellois. COCOF, COCOM et Région s’engagent ensemble à mener une politique intégrée bruxelloise en social-santé et promo santé la plus cohérente possible avec les besoins de chaque Bruxelloise et de chaque Bruxellois. Le PSSI tant attendu, co-construit notamment avec les associations féministes dans un long processus d’Etats généraux, intègre le Plan Santé bruxellois, le Plan d’Action bruxellois de Lutte contre la pauvreté et le Plan stratégique de Promotion de la santé 2023-2028.

Document de référence, le PSSI guidera les actions de ces trois plans et se divise en deux volets avec un plan stratégique et un plan opérationnel. Le premier constitue un référentiel commun aux acteurs de terrain bruxellois actifs en promo santé et en social-santé ; le second rassemble des actions visant à mettre en œuvre de façon pluriannuelle les principes structurants et les objectifs stratégiques du référentiel.

Les différents principes structurants du PSSI sont l’approche genrée et territorialisée, la santé et la promo santé, les déterminants de la santé, les inégalités sociale santé, l’accès aux droits, à l’aide et aux soins, les démarches communautaires en santé, ou encore la participation des publics. Concernant les éléments de gouvernance et de mise en œuvre du PSSI, un décret et une ordonnance conjoints devront encore être soumis aux assemblées de la COCOF et de la COCOM.

Nous sommes fiers que la COCOF soit incontournable pour imposer la dimension genre en social-santé de manière transversale et tout particulièrement en promo santé.

Jamal Ikazban,
député et
 chef de groupe PS au Parlement francophone bruxellois 

Passer des intentions aux actions concrètes

Ce 4 octobre la présentation du Plan Social Santé Intégré a eu lieu. Un plan intéressant dans l’ensemble, du fait de son approche multidisciplinaire et communautaire d’une part. Et d’autre part, du fait d’envisager d’investir davantage dans la prévention et la promotion de la santé, d’intégrer certains déterminants de la santé en vue de réduire les inégalités sociales et de faire plus de liens entre la COCOM et la COCOF.

Outre ces quelques points positifs, il faut signaler quelques axes fondamentaux qui questionnent, comme le renforcement de la première ligne. Il est primordial de faire davantage contribuer les acteurs de terrain et continuer à laisser la liberté du bénéficiaire de choisir son prestataire de soin. Le politique doit garantir cela et favoriser une meilleure complémentarité entre les acteurs du public ou associatifs. Un autre exemple est le volet seniors. Créer des continuums d’aide et de soins est une bonne chose, mais garantir l’accès aux services est encore mieux. Il est aussi important de financer de manière plus adéquate les centres d’accueil et de soins de jour pour personnes âgées.

Enfin, concernant le volet santé mentale, avec la crise du covid et les besoins en santé mentale qui existaient déjà, on se retrouve aujourd’hui avec des besoins plus importants suite aux différentes crises que nous connaissons. Il faut pouvoir répondre à ces besoins qui touchent l’ensemble des Bruxellois.e.s, en tenant compte aussi bien des conséquences de la crise du Covid que celles des crises actuelles.

Gladys Kazadi,
députée Les engagés au Parlement francophone bruxellois

Crises à répétition et santé mentale

Sortis de la crise du Covid, nous avons constaté l’impact de celle-ci sur la santé mentale de la population et spécifiquement sur celle des jeunes et des plus vulnérables. Le nombre de suicides ou de tentatives de suicides a fortement augmenté et des personnes de plus en plus jeunes passent à l’acte. Les crises se suivent et affectent la santé mentale de la population. Toujours les plus fragiles, ceux qui se demandent comment payer les factures, comment retrouver un logement…

L’été caniculaire que nous venons de vivre a apporté son lot de difficultés. Des études montrent une corrélation entre les troubles psychiques et les phénomènes climatiques, ainsi que les dégradations de l’environnement : « L’agressivité et les violences interpersonnelles augmentent avec les températures, les données abondent sur le lien entre pollution et troubles psychiques et neurodéveloppementaux chez les enfants et adolescents, certains médicaments psychiatriques altèrent les mécanismes de régulation corporelle de la chaleur et rendent d’autant plus dangereux les épisodes de forte chaleur, les troubles anxieux augmentent à chaque épisode de canicule…1»

Le contexte de crises récurrentes et les changements inéluctables de notre société créent un climat anxiogène. Nous devons mieux nous y préparer collectivement et plus soutenir la population. Nous devons dès lors amplifier l’analyse de ce phénomène et intégrer la santé (entre autres mentale) dans toutes les politiques et à tous les niveaux décisionnels.

Magali Plovie,
députée Ecolo et présidente du Parlement francophone bruxellois

L’importance de la prévention contre les IST

La récente crise du COVID-19 ne doit pas occulter le fait que d’autres maladies existent et peuvent venir chambouler notre quotidien. Je pense notamment aux IST (infections sexuellement transmissibles) qui touchent encore plus d’un million de personnes chaque jour à travers le monde. Si, sur ces dix dernières années, le nombre de contaminations au VIH a fortement diminué au niveau belge (-40% entre 2012 et 2020), la diminution reste toutefois moins marquée en Région bruxelloise, où l’on assiste même à une certaine stagnation du nombre de cas annuels depuis 2009. Au reste, le nombre de transmissions d’IST en Belgique est en forte hausse ces dernières années.

Ce qui est d’autant plus alarmant, c’est que 9 Belges sur 10 estiment ne courir aucun risque d’être infectés par une IST. Un manque de connaissances à propos des IST et leurs modes de transmission peuvent en grande partie expliquer cela. C’est pourquoi il est plus que jamais important de sensibiliser les gens, et spécialement les jeunes qui y sont le plus exposés. En effet, 34% des personnes souffrant d’IST en Belgique ont moins de 25 ans. Promouvoir les méthodes de dépistages et de protection auprès de la population est donc plus que d’actualité. Aider nos concitoyens à s’informer et à se prémunir correctement contre les IST est fondamental afin de garantir à toutes et tous une bonne santé.

Nous devons également tout mettre en œuvre pour diminuer drastiquement le nombre de transmissions au VIH en Région bruxelloise, en insistant sur l’importance du dépistage et de la prévention, ainsi que des outils mis à disposition pour éviter la transmission du virus.

Gaëtan Van Goidsenhoven,
député et chef de groupe MR au Parlement francophone  bruxellois

Lever les brevets sur les vaccins Covid

Le PTB relaye ici l’initiative citoyenne No profit on pandemic. Celle-ci vise à lever les brevets sur les vaccins Covid pour les rendre enfin accessibles à l’entièreté de la population mondiale. Si la pandémie ne fait aujourd’hui plus la une, la nécessité de poursuivre cette lutte est essentielle. Les vaccins ont été développés en un temps record par quelques multinationales, grâce à un financement public massif. Elles disposaient en outre des résultats d’années de recherches publiques. Les dizaines de milliards de profits tirés de ces vaccins n’ont pourtant bénéficié qu’à ces firmes. Ce n’est pas sans lien avec la méfiance suscitée chez beaucoup par la politique sanitaire, dont on a mesuré les dégâts à Bruxelles.

Si le bilan de la campagne de vaccination est bon pour elles, il ne l’est pas pour tous. Les brevets font obstacle à l’augmentation de la production et à l’accès universel au vaccin. Cet été, une personne sur trois dans le monde n’avait pas reçu de dose et une sur quatre seulement avait bénéficié d’un rappel. Ceci, malgré le gâchis de plus d’un milliard de doses, jetées après expiration par les Etats riches qui s’en sont accaparé l’essentiel. Avec le coût de milliers de vies et le risque de voir surgir toujours plus de variants dangereux.

L’impact de No profit on pandemic sur le débat public est indéniable. Soutenue par des dizaines d’associations et des centaines de milliers de citoyens, elle renforce la pression mondiale pour la levée des brevets. A la clé, un énorme pas franchi vers un autre modèle de production et de développement pharmaceutique et un véritable droit à la santé.

Françoise De Smedt,
députée et cheffe de groupe PTB au Parlement francophone bruxellois

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