Échos des politiquesSanté
16.03.2022
Numero: 10

Echos des politiques : L’actu des élus au Parlement bruxellois

Les élus au Parlement de la Commission communautaire française (COCOF) s’expriment au sujet d’actualités relatives à la santé et au social en Région bruxelloise. Pour cette livraison, les parlementaires avaient carte blanche: ils ont donc choisi librement le sujet et l’accent qu’ils voulaient mettre à leur contribution. Pour cette édition des Echos, nous accueillons donc les réflexions, interpellations et autres échos de décisions engrangées des élus DéFI, MR, PS, Ecolo, CDH, le PTB au Parlement de la COCOF.

Emag Echos politiques

La cigarette électronique jetable, un fléau sanitaire et environnemental

La cigarette électronique jetable ou “Puff”, fortement promue sur des réseaux sociaux comme Tik Tok, commence à prendre une place prépondérante dans la vie des jeunes Belges. Or, pour DéFI, ce phénomène est un risque environnemental, par la présence de batterie en lithium, mais bien entendu aussi un problème de santé publique.

La cigarette électronique, considérée d’abord comme un substitut de sevrage chez les fumeurs, bascule aujourd’hui dans le récréatif et le ludique. En effet, une grande part du succès du produit se trouve dans la multitude des goûts proposés : vanille, fraise, chocolat… Ces saveurs sucrées, alliées à la facilité d’utilisation, démontrent une stratégie commerciale visant un public jeune davantage sensible par ce biais, à la possibilité de commencer à fumer. Or rappelons qu’exposer un cerveau à la nicotine est d’autant plus néfaste et addictif, si celui-ci est en développement. En “libre accès” sur Internet, les cigarettes électroniques jetables sont également une alternative au tabac “classique” dont la vente est interdite aux mineurs. Par ailleurs, le contrôle des composants des liquides de recharge pose également question, notamment sur les taux de nicotine pas toujours en adéquation avec les normes belges.

Le risque ? Que nos jeunes fumeurs de “Puff” deviennent les fumeurs de tabac de demain ! Mais aussi qu’ils développent des problèmes de santé liés à la consommation régulière de ces produits. DéFI propose donc que ces produits soient davantage contrôlés et encadrés par des règles strictes et propose même de voir si, à l’instar des sacs plastiques à usage unique, ils ne pourraient tout simplement pas être interdits.

Jonathan de Patoul,
député et chef de groupe DéFI au Parlement francophone bruxellois

Un plan pour sauver les soins de santé

Plusieurs ministres du gouvernement fédéral et à Bruxelles ont laissé planer le doute sur leur intention de rendre obligatoires les vaccins contre le Covid pour les soignants. Les débats organisés à la Chambre en début d’année sur la vaccination obligatoire ont pourtant montré le peu de soutien pour ce genre de mesures : sur 32 experts interrogés, 31 étaient contre.

Amener les soignants au vaccin passe par les convaincre de son intérêt pour la réduction des risques, pas par des menaces de licenciements qui aggraveront la pénurie de soignants. En Italie, 75% des médecins non vaccinés ont quitté le secteur lors de la mise en application de la mesure. Suivre la même voie aggraverait donc la pénurie et c’est toute la population qui en paierait le prix.

Après deux ans de pandémie, les failles de notre système de soins sont plus évidentes que jamais : manque de personnel, faiblesse de la médecine préventive, dispersion des compétences entre neuf ministres, conditions de travail intenables, accès inégal aux soins… Et le pire pourrait encore être à venir : un soignant sur quatre et un généraliste sur trois envisagent de quitter le secteur. C’est pourquoi le PTB défend un plan pour sauver les soins de santé et rendre les métiers du secteur à nouveau attrayants : augmentation salariale de 10%, salaire doublé pour les nuits et les weekends, reconnaissance comme métier pénible, droit au repos dès 60 ans après 35 ans de carrière et doublement du Fonds blouses blanches pour engager du personnel supplémentaire. Contrairement aux sanctions, un tel plan garantira de meilleurs soins pour tous.

Françoise De Smedt,
députée et cheffe de groupe PTB au Parlement francophone bruxellois

Fin des mesures sanitaires liberticides, besoin de contacts sociaux et moral dans les talons

L’annonce de la fin des mesures sanitaires et du retour progressif à la vie normale face au besoin devenu démesuré de liberté, de retrouvailles en vrai, sans masque ne peut que nous remonter le moral. Ces deux ans de pandémie et de confinement à répétition, ça nous a tous sapé le moral, surtout le moral des jeunes générations. Ne parvenant plus à se projeter dans l’avenir, ils ont subi une souffrance avec des troubles du sommeil, de l’alimentation, une phobie scolaire, voire des idées suicidaires.

En tant qu’être sociaux de communication, nous portons/porterons en nous les traces plus ou moins enfuies de ces deux ans de liberté muselée. Deux ans qui coïncident avec une augmentation de 40 % de l’offre de soins psychologiques et de 50% de la disponibilité des psychologues.  La réforme des soins psychologiques de première ligne tombe donc à pic, avec plus d’accessibilité financièrement (11€ à charge du patient, 75€ la consultation pour le praticien) et géographiquement parlant. La Ligue de la Santé mentale s’inquiète de son côté de la situation sur le terrain et la campagne du Centre de prévention du suicide « Là pour toi » a vu augmenter les appels de détresse liés à la crise sanitaire. Cette réforme offrira certainement une bouffée de liberté à la COCOF, à ses services, aux bénéficiaires.

Avec mon parti, je prône les thérapies de groupe plus résilientes pour rebondir, reprendre une vie normale et un moral d’acier. C’est tous ensemble que nous aiderons les plus jeunes et les plus fragiles à remonter la pente.

Jamal Ikazban,
député et chef de groupe PS au Parlement francophone bruxellois 

Endométriose : améliorer la prise en charge

L’endométriose est une maladie encore peu connue, qui concerne pourtant une femme sur dix. En moyenne, sept ans sont nécessaires à l’obtention d’un diagnostic. Les raisons sont nombreuses, et notamment cet a priori qui consiste à penser que oui, avoir mal pendant ses règles, c’est normal. Même quand la douleur empêche toute vie sociale, entrave le parcours professionnel ou étudiant de la personne, et a des répercussions graves en termes de santé mentale. Alors, une fois pour toute : non, ce n’est pas normal d’avoir mal pendant ses règles.

L’endométriose se caractérise par la présence de tissus semblables à ceux de l’endomètre à l’extérieur de l’utérus, provoquant des lésions et des kystes. Le diagnostic est donc primordial, car plus il est posé rapidement, plus les traitements contre les symptômes seront efficaces. Des initiatives voient le jour, des associations parviennent à aborder progressivement la question dans les écoles, notamment pour améliorer la détection, et une clinique spécialisée a vu le jour à l’hôpital Erasme.

Niveau politique, un tout premier plan de lutte contre la maladie a été déposé au Parlement francophone bruxellois et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce dernier repose sur trois axes afin d’améliorer la prise en charge de la maladie. Le premier axe contient un important volet de sensibilisation du grand public, notamment via les écoles. Ensuite, l’accent est mis sur la formation des premières lignes et des professionnels de la santé. Enfin, le dernier axe se concentre sur la recherche scientifique en la matière, notamment avec le lancement d’une étude avec les autres niveaux de pouvoir compétents sur l’endométriose.

Margaux De Ré,
députée bruxelloise Ecolo au Parlement francophone bruxellois

La nécessité d’une nouvelle stratégie bruxelloise pour la santé mentale

Durant la longue crise sanitaire que nous avons connue, de nombreux experts et acteurs de terrain ont alerté sur les problèmes croissants de santé mentale. En effet, la crise a vu apparaître dans les centres bruxellois de santé mentale un nouveau public, non coutumier auparavant. La Région bruxelloise étant dépourvue d’une stratégie suffisante en la matière, le groupe MR a pris l’initiative, dès le début de 2021, de déposer au Parlement bruxellois un plan global.

Se fondant sur différents types de déterminants sociaux, la résolution du MR propose des pistes de solutions pour faire face à la pression grandissante dans les services de santé mentale, parmi lesquelles : l’élaboration d’une stratégie sur le long terme, déclinée en fonction de chaque public spécifique et associant les associations de patients ; la confection, en matière de communication de crise, de messages moins anxiogènes avec une approche holistique de la santé mentale ; une sensibilisation accrue à la santé mentale dans le but de réduire les connotations négatives véhiculées ; la consolidation de la première ligne et en particulier les médecins généralistes, souvent confrontés à cette problématique ; le renforcement des services de santé mentale, par une extension et une augmentation des agréments.

La mise en œuvre de ces recommandations devrait permettre d’anticiper les conséquences sur le long terme de l’après-crise. Il s’agit d’un enjeu majeur de santé publique, la santé mentale étant probablement un des secteurs qui se verra le plus durablement impacté par la crise sanitaire dans les années à venir.

Gaëtan Van Goidsenhoven,
député et chef de groupe MR au parlement francophone bruxellois

Quelle prise en compte de la santé féminine ?

Ce 8 mars, le monde entier s’est mobilisé pour la Journée internationale des droits des femmes. Ce combat est un combat de tous les jours et de tous les domaines, y compris la santé. En effet, nombreuses sont les avancées en matière de santé féminine qui demande encore du travail, que ce soit en matière de sensibilisation, d’information ou de connaissances particulières concernant les pathologies féminines ou les traitements des patientes.

Le Parlement francophone bruxellois a récemment voté une proposition co-signée par le cdH, concernant l’endométriose. Cette maladie longtemps passée sous silence affecte pourtant 600.000 femmes en Belgique, et met sept à dix ans avant d’être diagnostiquée. Les patientes souffrent pourtant de fortes douleurs, d’évanouissements, de nausées, fatigues, fausses couches, troubles digestifs et autres. Il était donc nécessaire que les pouvoirs publics lèvent le voile sur cette pathologie en soutenant la recherche scientifique, en sensibilisant le public, et en formant les professionnels de la santé afin d’assurer un diagnostic rapide et une meilleure prise en charge.

Cette prise en considération de l’endométriose est une première étape en vue de lever le tabou sur les douleurs féminines. Le travail n’est pas fini, et nous continuerons à travailler à la sensibilisation aux pathologies féminines, à l’éradication de la précarité menstruelle, et aux violences obstétricales. La parole doit être libérée sur la santé féminine car parler c’est prévenir, parler c’est guérir, parler c’est comprendre l’autre moitié de la population et sa santé.

Gladys Kazadi,
députée cdH au Parlement francophone bruxellois

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