AnalysesPolitiques de santé
03.06.2022
Numero: 11

Promotion de la santé à Bruxelles : éléments d’évaluation du plan 2018-2022

Le cadre programmatique en promotion de la santé, établi par le Décret bruxellois du 18 février 2016, a accouché d’un Plan d’une durée de cinq ans (2018-2022). Ce plan stratégique et opérationnel prévoyait une évaluation de sa pertinence et de sa cohérence, ainsi que de sa praticabilité. En voici quelques lignes faîtières dont pourra s’inspirer le prochain plan 2023-2027.

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Alors que l’instauration d’une politique publique dans le domaine de la promotion de la santé remontait à 1997, avec l’adoption d’un décret en Communauté française, la sixième réforme de l’État a rebattu les cartes, avec un transfert de cette compétence aux Régions en 2014. Bruxelles a donc adopté un nouveau décret en la matière en 2016, assorti d’un premier plan stratégique de promotion de la santé1. Pendant cinq ans (de 2018 à 2022), ce plan élaboré par l’Administration et approuvé par le Parlement francophone bruxellois a été mis en œuvre par les opérateurs du dispositif, à savoir les acteurs, les services piliers et supports, ainsi que les réseaux désignés et subventionnés en promotion de la santé. La finalité de ce plan : la promotion de la santé et la réduction des inégalités de santé, en mobilisant l’ensemble des politiques publiques en Région de Bruxelles-Capitale. Des objectifs généraux, transversaux et thématiques, ainsi que des priorités, ont été définis pour y tendre.

C’est de tout cela que l’évaluation, menée par l’Administration, l’Observatoire de la Santé et du Social et les  services piliers de support du secteur, rend compte avec un travail portant sur la pertinence et la cohérence du plan, notamment aux regards des objectifs définis et de la rationalité de sa logique d’action. L’évaluation s’intéresse également à la praticabilité du plan par les acteurs de terrain.

Éléments d’évaluation

Pour en savoir plus sur cette évaluation, nous avons interrogé Gaëlle Amerijck, collaboratrice scientifique à l’Observatoire bruxellois de la Santé et du Social (OSS) chargé de l’évaluation de la pertinence et de la cohérence du plan. « Un premier élément concerne la pertinence de la politique, telle que définie dans ce plan. Malgré un cadre assumé en promotion de la santé, qui représente une approche assez ambitieuse, notamment en termes de prévention et d’émancipation des populations visant à renforcer leurs capacités à être et rester en bonne santé, l’intitulé des objectifs et la ventilation des priorités du premier plan ont été davantage axées sur une approche déficitaire et un travail limité aux facteurs de risques et à la protection contre les maladies.»

Autre élément relevé par Gaëlle Amerijck, à cheval entre la pertinence et la cohérence :
« L’universalisme proportionné, trop peu présent dans ce plan. Etant donné les moyens réduits mis à disposition du secteur, il s’agit d’optimaliser et de rendre plus lisible l’équilibre entre une approche universaliste (visant la santé de la population générale) et une approche ciblée (pour les groupes en situation de vulnérabilité). »

Enfin , troisième élément qui serait à intégrer dans le nouveau plan : l’articulation et le rééquilibrage des différentes lignes d’action, entre la première ligne qui vise les publics, la seconde ligne à destination des acteurs de la PS et la troisième ligne qui vise l’articulation de la PS avec les autres secteurs. Selon Gaëlle Amerijck, « dans le plan 2018-2022, la première ligne est très light, avec une participation des publics faible et une mobilisation communautaire et du travail de proximité, presque exclusivement réservés aux publics fragilisés. D’où l’intérêt d’élargir. La seconde ligne est en revanche très présente dans les objectifs transversaux. Quant à la troisième ligne, soit l’articulation de la PS avec les autres secteurs, étant donné les maigres moyens à disposition de la PS à Bruxelles, il est essentiel de miser sur l’intersectorialité et le fait de promouvoir ‘la santé dans toutes les politiques’. A cet égard, l’articulation du nouveau plan avec le PSSI (Plan stratégique Social Santé Intégré) à venir pourrait permettre une intégration du concept de PS dans une logique transversale et une monté en niveau avec plus de moyens que ceux de la COCOF très limités. »

Etant donné les moyens réduits en promo de la santé, il s’agit d’optimaliser l’équilibre entre une approche universaliste visant la santé de la population générale et une approche ciblée pour les groupes en situation de vulnérabilité
Gaëlle Amerijck – OSS

Et l’avis des acteurs ?

Quant à l’évaluation de la praticabilité du plan par les acteurs de terrain, ceux-ci relèvent en termes positifs le cadre de référence commun servant de levier au secteur, sécurisant et ouvert, même si certaines structures plus petites ou moins structurellement financées se sentent moins soutenues. Le plan est aussi vu comme un vecteur de collaborations et de concertation entre opérateurs du secteur. En revanche, ces derniers estiment le plan difficile à s’approprier, manquant de lisibilité hors secteur et figeant les priorités d’action. Un manque d’ouverture à de nouvelles problématiques est relevé. Une augmentation de la charge de travail est également soulignée, notamment par les services piliers. Le manque d’articulation de ce plan avec d’autres plans ou actions, comme le plan wallon, est aussi mis en avant, tout comme le déficit d’intersectorialité.

Du côté des services piliers qui viennent en support pour le secteur, ceux-ci reconnaissent la visibilité de leurs services, les nouvelles relations avec l’Administration, l’accroissement des demandes, mais interrogent le peu d’opérationnalisation de la promotion de la santé dans toutes les politiques, l’insuffisance des stratégies, notamment en matière de démarches communautaires, de création d’environnements favorables à la santé ou du plaidoyer. Les services piliers déplorent également le peu d’échanges institués entre les différents opérateurs du plan (politique, administratif, sectoriel, intersectoriel). Ils recommandent entre autres pour le nouveau plan de mettre davantage l’accent sur une approche globale de la santé plutôt, que sur une approche par problématique et risque de santé.

Nathalie Cobbaut

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