Vaccination : expliquer et respecter
Cécile Coste : « Il nous est déjà arrivé de ne pas vacciner des enfants qui étaient trop stressés, même si les parents avaient donné leur accord. »
« Nous mettons toutes les conditions en place pour favoriser la vaccination, ajoute Emmanuelle Caspers, mais nous respectons aussi l’état d’esprit, la parole de l’enfant. On ne va jamais forcer la vaccination, même si le parent la souhaite ardemment. Construire une relation de confiance vis-à-vis du personnel de santé est une finalité importante à nos yeux. Bien sûr, l’idée n’est pas de faire tout ce que les enfants veulent, mais c’est de mettre en place toutes les conditions pour qu’ils et elles soient en mesure d’exprimer leur décision, et de respecter cette décision. Par conséquent, si on met toutes les conditions favorables en place et que l’enfant ou le jeune est toujours dans une impossibilité de recevoir cette piqûre, on en tiendra compte. »
A nouveau ici, on retrouve l’idée de relation interpersonnelle. « Parfois, c’est une question de feeling, explique Cécile Coste. Il m’est déjà arrivé de dire : ‘tu veux que ce soit ma collègue qui fasse le vaccin ? Et on change les rôles. » Dessin animé, bulles, diplômes… le SPSE dispose de nombreuses stratégies pour s’adapter aux besoins de chacun et chacune. « On a aussi une collègue spécialiste des câlins. L’enfant peut la prendre dans ses bras pendant qu’une autre collègue fait le vaccin, et ça fonctionne très bien. »
En deuxième secondaire, le SPSE réalise la vaccination HPV directement dans les écoles. Ici revient la question du respect de l’intimité. Véronique Caceres : « Nous nous sommes rendu compte en faisant les vaccinations qu’il fallait qu’on réponde à un besoin d’intimité. Il y a des jeunes filles qui ne veulent pas se dénuder le bras, ou qui ont juste un sweat sans rien en dessous. Donc nous avons créé de petites cloisons individuelles portables. L’avantage aussi, pour les élèves qui sont extrêmement stressés, est que cela se voit moins si on doit mettre, comme ça arrive parfois, 10 ou 20 minutes à vacciner. On peut prendre le temps pour papoter, répondre à leurs questions, et il n’y a pas de regard extérieur. Il est déjà arrivé qu’un élève refuse d’être vacciné. Je lui ai proposé de revenir au PSE avec ses parents pour être vacciné dans d’autres conditions. Grâce à cet isolement, cela peut se faire en toute discrétion. On instaure la confiance et il n’y aura pas d’appréhension ou de moqueries de la part des autres élèves. »
Rencontrer le jeune dans sa globalité
Soigner la relation est un enjeu essentiel, mais le professionnel doit aussi se concentrer sur le protocole : biométrie, examen des yeux, des oreilles… Entre examens et relationnel, c’est un juste milieu à trouver pour accueillir l’élève dans sa globalité.
Véronique Caceres : « On est sur le territoire des communes de Forest-Saint-Gilles-Anderlecht, et on a pas mal de publics en situation de fragilité. Avec les classes de primo-arrivants, c’est très fatiguant parce qu’il faut des outils de traduction. Même si on a la chance d’avoir une équipe multilingue : nous pouvons parler en portugais, arabe, néerlandais, espagnol, anglais. Nous devons faire tout un travail autour de la littératie, sur la manière de travailler avec des publics qui n’ont pas toujours accès à la verbalisation et surtout, qui évoluent dans différents contextes culturels, avec des cadres de référence variés, notamment en lien avec les représentations de la santé, de la maladie, les questions de genre ou de sexualité, etc. Car ce n’est pas seulement une question de langue étrangère ou de communication. Parfois, on est tellement loin de leur réalité et de leurs priorités (souvent « au jour la journée ») que ce n’est même pas le problème de traduire ce qu’on dit. C’est de faire comprendre un message, comme le système de remboursement des soins. Ici, construire un réseau avec des professionnels de confiance vers qui les renvoyer est essentiel. »
Sans oublier l’humilité
Une relation interpersonnelle se construit dans l’instant. Mais il peut s’être passé beaucoup de choses juste avant la rencontre, qui vont influencer le comportement et la discussion.
Emmanuelle Caspers : « Il y a aussi une posture d’humilité à avoir. Que peut-on faire dans le temps qui nous est imparti ? Et surtout ne pas lire un enfant à l’aune des quinze minutes qu’on aura passées avec lui. On partage un petit bout de moment avec l’enfant, avec nos outils strictement médicaux. Mais on sait que l’Humain, c’est plus large que ça. On sait aussi qu’on ne peut pas se lancer des interventions qui nous dépassent. Nous sommes présents à un moment donné, et puis nous faisons le lien avec un environnement où d’autres professionnels vont travailler sur d’autres enjeux. »