Selon vous, qu’y a-t-il de spécifique dans la posture des travailleurs et travailleuses des SPSE ?
Emmanuelle Caspers, directrice de PEPS ASBL : En soi, l’appellation ‘service de promotion de la santé à l’école’ convoque déjà la notion, le modèle de promotion de la santé. Donc selon nous, ce qu’il y a de spécifique dans notre posture vis-à-vis des élèves, c’est notre manière d’intégrer la promotion de la santé dans l’ensemble des missions, de manière transversale, en ce compris lorsqu’on fait des bilans de santé obligatoires.
Le service promotion de la santé se situe à l’intersection d’un enjeu de médecine préventive et de promotion de la santé. Et les deux approches ne sont pas toujours évidentes à articuler. Notre vision, portée par l’ensemble de l’équipe, est de chercher à intégrer des dimensions de la promotion de la santé en veillant autant que possible à rendre l’élève acteur de sa santé, ce qui nécessite de réfléchir et travailler notre posture : comment donner du sens pour l’élève et sa famille à ce bilan « obligatoire » ? Comment se saisir de cet espace pour permettre à l’élève, là où il est, d’être plus sensible à ses « besoins de santé », de développer une attitude réflexive ? Comment lui permettre de construire une relation de confiance et de vivre une première rencontre réussie avec des professionnels de santé, etc.
Comment réalisez-vous la mission de soutien et de développement de programmes de promotion de la santé et de promotion d’un environnement favorable à la santé dans les écoles ?
Emmanuelle Caspers : Comme nous n’avons pas les moyens de multiplier les projets collectifs dans les écoles, nous faisons le choix d’exploiter le temps d’attente en bilan de santé pour aborder des sujets de santé de manière collective.
Par exemple, nous avons organisé une sensibilisation systématique sur la question des règles/menstruations à destination des classes de sixième primaire, en collaboration avec Bruzelle, une association qui s’occupe notamment de précarité menstruelle.
Comme les élèves viennent chez nous et que nous avons les ressources sur place (un lieu, des équipes SPSE et CPMS…), cela permet de réduire les problèmes d’organisation pratique, d’agenda… et de créer un lien avec l’enseignant dans un espace qui est dédié à la santé et au bien-être au sens large, et qui n’est pas un espace d’enseignement. De manière générale, c’est très bien vécu par les enseignants qui y voient également des liens à faire avec leurs objectifs pédagogiques (entre autres la santé reproductive) ou, par exemple, avec la mise en œuvre d’une cellule EVRAS/bien-être dans l’école… autant d’enjeux qui nous ouvrent la porte des écoles et d’une collaboration pérenne avec les équipes éducatives et les partenaires mobilisés.
S’ensuit le bilan de santé classique en individuel. Nous avons d’ailleurs constaté que ces animations favorisent l’émergence de questions, ouvrant ainsi la discussion. Les échanges qui en découlent ensuite, lors des rencontres avec les infirmières et le médecin, sont nettement plus riches et approfondis.