104DossierLa vie des PSE
18.08.2026

« La promotion de la santé, d’abord une question de posture »

Dans notre dossier de juin, nous avons souhaité apporter un éclairage sur la vaste question de la posture du professionnel. Comment le travail des services PSE peut-il s’inscrire dans une vision globale de la promotion de la santé, avec ses exigences et les investissements en temps que cela implique ? Emmanuelle Caspers, directrice du service PSE libre de Saint-Gilles (Peps ASBL), nous explique la vision de son équipe, en lien avec le projet d’ASBL, et aborde les choix qu’il faut poser pour y parvenir.

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(Temps de lecture : 7 minutes)

Mini-portrait du service : PSE libre de Saint-Gilles

  • Environ 10 286 élèves sous tutelle.
  • 21 écoles.
  • 5 infirmières à temps partiel, 1 directrice + 1 médecin titulaire indépendant.
  • 1 implantation, en cohabitation avec 3 centres PMS (ASBL Peps) : le service PSE libre de Saint-Gilles s’inscrit dans une structure regroupant également trois centres PMS. Ceux-ci sont amenés à collaborer étroitement dans leur fonctionnement et le service aux élèves.

Le projet de l’ASBL Peps est très attentif aux enjeux et approches de promotion de la santé à l’école. Il se réfère aux 12 critères d’une Ecole en santé (OMS) comme autant de points de repères partagés par les équipes des CPMS et du SPSE. Il envisage l’école comme un lieu de vie à partir duquel différents leviers/déterminants de promotion de la santé peuvent être travaillés, tant dans une perspective d’éducation pour la santé (modes de vie) que d’action plus structurelle sur l’environnement scolaire (climat de classe ou d’école, bâtiments/espaces, rythmes, etc.).

Selon vous, qu’y a-t-il de spécifique dans la posture des travailleurs et travailleuses des SPSE ?

Emmanuelle Caspers, directrice de PEPS ASBL : En soi, l’appellation ‘service de promotion de la santé à l’école’ convoque déjà la notion, le modèle de promotion de la santé. Donc selon nous, ce qu’il y a de spécifique dans notre posture vis-à-vis des élèves, c’est notre manière d’intégrer la promotion de la santé dans l’ensemble des missions, de manière transversale, en ce compris lorsqu’on fait des bilans de santé obligatoires.

Le service promotion de la santé se situe à l’intersection d’un enjeu de médecine préventive et de promotion de la santé. Et les deux approches ne sont pas toujours évidentes à articuler. Notre vision, portée par l’ensemble de l’équipe, est de chercher à intégrer des dimensions de la promotion de la santé en veillant autant que possible à rendre l’élève acteur de sa santé, ce qui nécessite de réfléchir et travailler notre posture : comment donner du sens pour l’élève et sa famille à ce bilan « obligatoire » ? Comment se saisir de cet espace pour permettre à l’élève, là où il est, d’être plus sensible à ses « besoins de santé », de développer une attitude réflexive ? Comment lui permettre de construire une relation de confiance et de vivre une première rencontre réussie avec des professionnels de santé, etc.

Comment réalisez-vous la mission de soutien et de développement de programmes de promotion de la santé et de promotion d’un environnement favorable à la santé dans les écoles ?

Emmanuelle Caspers : Comme nous n’avons pas les moyens de multiplier les projets collectifs dans les écoles, nous faisons le choix d’exploiter le temps d’attente en bilan de santé pour aborder des sujets de santé de manière collective.

Par exemple, nous avons organisé une sensibilisation systématique sur la question des règles/menstruations à destination des classes de sixième primaire, en collaboration avec Bruzelle, une association qui s’occupe notamment de précarité menstruelle.

Comme les élèves viennent chez nous et que nous avons les ressources sur place (un lieu, des équipes SPSE et CPMS…), cela permet de réduire les problèmes d’organisation pratique, d’agenda… et de créer un lien avec l’enseignant dans un espace qui est dédié à la santé et au bien-être au sens large, et qui n’est pas un espace d’enseignement. De manière générale, c’est très bien vécu par les enseignants qui y voient également des liens à faire avec leurs objectifs pédagogiques (entre autres la santé reproductive) ou, par exemple, avec la mise en œuvre d’une cellule EVRAS/bien-être dans l’école… autant d’enjeux qui nous ouvrent la porte des écoles et d’une collaboration pérenne avec les équipes éducatives et les partenaires mobilisés.

S’ensuit le bilan de santé classique en individuel. Nous avons d’ailleurs constaté que ces animations favorisent l’émergence de questions, ouvrant ainsi la discussion. Les échanges qui en découlent ensuite, lors des rencontres avec les infirmières et le médecin, sont nettement plus riches et approfondis.

Comment les animations dans l’espace d’accueil du SPSE s’intègrent-elles dans le travail global ?

Emmanuelle Caspers : Ces animations peuvent être complémentaires à celles prévues par l’accord de coopération sur la généralisation de l’EVRAS en milieu scolaire, assurées par d’autres opérateurs labellisés, à d’autres moments. Elles visent à instaurer, au sein du service PSE, un environnement propice permettant aux élèves, s’ils le souhaitent, de prendre ce temps pour aborder des questions de santé.

Par ailleurs, et pour autant qu’une concertation s’organise (en cellule EVRAS/bien-être par exemple), elles peuvent favoriser chez les jeunes, voire au sein de la communauté éducative, une vision plus cohérente, plus articulée, des enjeux de santé portés par différents acteurs en milieu scolaire.

D’où vous viennent les thèmes de ces animations ?

Emmanuelle Caspers : Il faut rappeler que nous sommes une équipe assez jeune. On apprend constamment et on évolue au contact des élèves. Dans les animations qu’on crée, le but est toujours de partir des élèves, des jeunes, pour essayer d’apporter des réponses à leurs questions ou d’ouvrir le dialogue sur un sujet.

Le harcèlement/le climat scolaire, les consommations, l’activité physique ou encore le sommeil… sont ces thématiques qui ressortent notamment des enquêtes HBSC. Il n’est donc pas nécessaire de sonder la population scolaire pour savoir qu’elles sont importantes, mais le fait d’être à l’écoute des élèves nous permet de les affiner et, surtout, d’ajuster nos discours à la réalité des publics.

« Le point de départ, c’est vraiment de soigner le relationnel. C’est quand la parole se délie, tant chez les jeunes qu’au sein des équipes éducatives, que cela nous apporte des idées. »

C’est ainsi que dernièrement, nous avons co-élaboré un outil avec nos collègues du CPMS, sur l’hygiène et la puberté à destination des élèves de deuxième et des quatrième secondaire. Ce thème est issu de nos rencontres avec les jeunes, mais aussi des demandes des communautés éducatives : ‘il y a des élèves qui sentent mauvais, il faut faire quelque chose’. Quand on identifie une problématique, on y réfléchit dans une recherche de cohérence avec l’approche de promotion de la santé, en lien notamment avec les questions de participation du public (« élève-acteur ») ou, plus fondamentalement, dans une perspective éthique.

Comment se traduit cette posture « promotion de la santé » en bilan de santé ?

Emmanuelle Caspers :Je dirais que, dans un cadre de santé scolaire historiquement construit avec une finalité de médecine préventive, la perspective est de percevoir l’élève, l’enfant/le jeune, comme sujet porteur de compétences, connecté à différents environnements (la classe, l’école, la famille, le quartier), et d’éviter d’en faire un « patient », un objet passif délié de ses milieux d’appartenance.

L’idée est de favoriser un échange d’expertises : l’élève est expert de son vécu, et le médecin ou l’infirmière ont une expertise médicale, parfois spécifiée à des enjeux thématiques (vie sexuelle, consommations, hygiène, alimentation). Une étape fondamentale est d’entrer en connexion avec la manière dont ces enjeux se parlent, se vivent chez l’enfant et le jeune, voire au sein d’une classe…

Le temps, nerf de la guerre ?

Emmanuelle Caspers : Adopter cette posture demande du temps et implique des choix. Par exemple, nous mettons des limites au nombre d’élèves que nous accueillons. Pas plus de 20 élèves par groupe pour pouvoir faire un travail de qualité tout au long du circuit de bilan de santé. C’est important car nous voulons avoir du temps avec chacun, ouvrir un espace avec chacun, dans la mesure de nos possibilités. Les écoles l’ont compris et nous trouvons généralement ensemble une organisation qui convient à tous.

Mon enjeu, en tant que directrice est aussi de pouvoir préserver le sens et la plus-value de notre travail, et de faire du lien avec le projet porté par l’ASBL à l’interface des préoccupations des jeunes, de leur famille et des acteurs scolaire. Nous ne voulons pas être une usine à bilans de santé, proposer des tonnes d’animations collectives préconçues, etc. Il est important de pouvoir soutenir des initiatives, des actions innovantes, portées par l’équipe ou l’une ou l’autre de ses membres, médecins incluses.

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