Ecrire pour tous·tes et pour chacun·e
En promotion de la santé, le principe d’universalisme proportionné invite à proposer des actions accessibles à l’ensemble de la population, tout en adaptant leur intensité aux besoins de certains groupes.
Appliqué à la communication, cela revient à concevoir d’abord des supports qui s’approchent autant que possible de l’accessibilité universelle : une information claire, lisible et compréhensible par le plus grand nombre. Si cela ne suffit pas pour certains publics, des adaptations spécifiques peuvent ensuite être envisagées : traduction, formats alternatifs, supports visuels, accompagnement oral, etc. Cette approche rejoint celle de la conception universelle de l’information défendue dans le guide Communiquer pour tous élaboré par Santé Publique France.
Publics précarisés : comprendre avant de communiquer
Parler de « publics précarisés » ne renvoie pas à un profil unique mais à une diversité des parcours marqués par des difficultés qui peuvent se cumuler : perte d’emploi ou de revenus, logement instable, isolement, difficultés d’accès aux services, mobilité réduite ou encore instabilité administrative. La précarité est donc multidimensionnelle et s’inscrit dans des trajectoires singulières. Elle dépend aussi de l’environnement dans lequel vivent les personnes : on ne peut pas comprendre leur situation en faisant abstraction des conditions sociales, économiques et institutionnelles qui les entourent.
Ces réalités invitent à dépasser une approche consistant simplement à « faire passer » un message. Avant de communiquer, il est utile de chercher à connaître les personnes, leurs parcours, leurs contraintes et leurs ressources. Aller vers elles, créer une relation de confiance et, lorsque c’est possible, les associer à la conception ou au test des supports sont autant de leviers. Les messages, les canaux et les formats peuvent ensuite être ajustés en fonction de ces réalités.
Dans la pratique, cette démarche peut connaître différentes mises en œuvre selon le contexte de l’école : discussion informelle, sondage téléphonique, collaboration avec les enseignants, présence à la sortie de l’école ou lors des événements de l’école, collaboration avec des groupes existants dans le quartier (via le CPAS et les associations locales par exemple), soutien de l’association de parents…
Le LABO-QS (Question Santé asbl) souligne notamment l’importance de ne pas stigmatiser ni culpabiliser et de tenir compte des obstacles très concrets qui peuvent limiter l’accès à l’information. Prenons l’exemple d’une information sur le suivi de santé d’un élève transmise via un courrier papier, avec un retour demandé pour une date précise. Pour une famille confrontée à des difficultés financières, à des horaires de travail contraignants ou à un accès limité aux outils administratifs, ce fonctionnement peut constituer un obstacle, sans que cela signifie un manque d’intérêt pour la santé de l’enfant. On peut alors envisager de diversifier les modalités : un message court reprenant l’essentiel, un contact oral si nécessaire (par téléphone par exemple*), plusieurs possibilités pour transmettre la réponse…
Publics allophones : faut-il tout traduire ?
« Dans une seule classe, on a des parents parlant huit langues différentes », nous disait une participante à la journée PSE de septembre. Une telle diversité linguistique pose évidemment la question de la traduction des informations de santé. Faut-il traduire chaque support dans toutes les langues parlées par le public ?
Un détour par la Suisse apporte quelques pistes. Le guide Comment atteindre les groupes cibles allophones, publié par la Croix-Rouge suisse, recommande de commencer par formuler les informations dans une « langue claire et compréhensible » (aussi appelée « langage clair », voir ci-dessous). D’une part cela facilite la communication avec tous les publics : tant les personnes qui n’ont que quelques notions de français que les parents pressés qui doivent aller à l’essentiel. D’autre part, lorsque la traduction s’avère nécessaire, un texte clair constitue une meilleure base pour le travail de traduction.
Revenons en Belgique, où l’asbl Cultures & Santé s’inscrit dans cette même logique de renforcement de la littératie en santé. Ses Fiches Lisa proposent notamment de rédiger de manière lisible et compréhensible, mais aussi de tester les supports avec des personnes qui maîtrisent plus difficilement le français ou l’écrit.