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DOSSIER : Quel bilan dresser, après une année de télétravail imposé ?

La crise sanitaire qui a démarré au printemps 2020 aura été l’occasion d’expérimenter à grande échelle le télétravail. Une expérience plutôt positive, à en croire certaines entreprises qui, dès les mois de mai-juin derniers, parlaient de basculer à 100% en télétravail parce que « ce serait plus facile et mieux qu’avant ». Cependant, tout aussi vite, face au retour des télétravailleurs, il a quelque peu fallu tempérer cet « optimisme » et admettre que le bilan s’annonçait plus contrasté.

En mars 2020, lorsqu’il a été rendu obligatoire dans tous les secteurs, le télétravail n’était pas vraiment une nouveauté en Belgique. Selon une étude commune OIT-Eurofound publiée en 2017, la moyenne européenne du télétravail avant la crise de la Covid-19 était de 17%, alors que celle de la Belgique s’élevait à 24%1 . Ces chiffres concernaient les télétravailleurs occasionnels, à savoir les personnes qui avaient un « job très mobile », comme les représentants de commerce, et celles qui travaillaient « à la maison sur une base régulière ».

Pendant la crise, l’Institut scientifique de santé publique, Sciensano, initiatrice de cinq enquêtes de santé réalisées entre mars et décembre 2020, révélait déjà, dans les résultats de sa troisième enquête parue en juin 20202 , que 42,5% de Belges télétravaillaient, ce qui était presque un doublement du nombre de télétravailleurs. Les chiffres concernant les personnes en activité normale sur leur lieu de travail étaient de 40% (notamment, les travailleurs des services dit « essentiels », etc.). Et 17,5% étaient en congé forcé ou en chômage temporaire.

Selon Valérie Flohimont, enseignante et chercheuse spécialisée sur les questions de bien-être au travail, risques psychosociaux, santé et sécurité (UNamur), « ces pourcentages sont restés à peu près stables sur le reste de la période de la crise, d’autant plus que les règles sanitaires ont peu évolué ». 

Avantages et inconvénients du télétravail

Les études sur le télétravail considèrent deux périodes distinctes.

Dans le cas du télétravail occasionnel, qui correspond à la situation avant la pandémie, on peut citer dans les avantages et les effets positifs3 : une augmentation de l’autonomie en termes de temps de travail, une augmentation de l’autonomie en termes d’organisation du travail, une réduction des temps de déplacements et, souvent, une meilleure conciliation vie privée/vie professionnelle.

Concernant les inconvénients et les effets négatifs, on relève : une augmentation du temps de travail, un mélange entre vie privée et vie professionnelle, un accroissement du niveau de stress - globalement plus élevé -, ainsi que des difficultés de déconnexion.

Durant la crise sanitaire où le télétravail a été largement prôné, on compte au nombre des avantages et effets positifs : sans surprise, une réduction, voire une suppression totale des temps de déplacements, une diminution de la durée des réunions, une augmentation de l’autonomie en termes d’organisation.

« Selon l’étude OIT-Eurofound, la conciliation vie privée/vie professionnelle présente des difficultés : 40% des travailleurs belges sont concernés. »

Du côté des inconvénients et effets négatifs pendant la crise, la liste s’est considérablement allongée par rapport à la période avant Covid. Selon l’étude OIT-Eurofound, la conciliation vie privée/vie professionnelle présente des difficultés : 40% des travailleurs belges sont concernés (13,5% indiquent que c’est « souvent » le cas et, 26,7%, « parfois »4 ).

Sont également pointés : l’isolement social et la perte de contacts informels, comme les échanges autour de la machine à café ou ceux qui pouvaient avoir lieu avant/après une réunion. Il est en effet devenu rare de traîner après les visio-conférences pour parler d’autre chose.

Les autres effets négatifs répertoriés sont : une exposition accrue aux risques psychosociaux relatifs aux conditions de travail, à l’organisation de celui-ci, à l’environnement du travail, aux relations interpersonnelles au travail,etc., des problèmes au niveau de l’ergonomie à cause des postes de travail inadaptés, du matériel inadéquat ou indisponible, le coût financier en raison d’une augmentation des factures d’électricité, de chauffage, d’achat de matériel de travail non fourni par l’employeur (support pour laptop, micro, casque, etc.).

Ici aussi, on observe une augmentation du temps de travail, puisque 27,5% des répondants belges sont concernés contre 11,6% pour la moyenne européenne5. Autre constat déjà relevé hors période Covid : des difficultés de déconnexion.

Enfin, des télétravailleurs de la période Covid rapportent également une augmentation des troubles du sommeil.

Des impacts sur différents domaines de la vie

Outre les problèmes pour concilier vie privée/vie professionnelle, comme vu plus haut, la crise a également des répercussions sur le travail et les études, particulièrement pour les 18-24 ans (71%). A ceci s’ajoute une forte augmentation de consommation de sédatifs (tranquillisants, somnifères, etc.). Un constat qui rejoint les troubles du sommeil déjà soulignés. Et peut-être plus interpellant, l’enquête indique également que « les trois quarts des jeunes de 18 à 24 ans (75%) qui consomment des sédatifs, disent que leur usage a débuté ou augmenté depuis la crise6 »

Le télétravail et l’après-Covid

Un autre élément dont il faut tenir compte pour organiser le télétravail est la culture des organisations car toutes ne s’y prêtent pas.

Le tableau des avantages et inconvénients du télétravail pourrait faire croire que la balance penche dangereusement du côté des désavantages. Un constat qui pourrait pousser à ne pas investir davantage dans cette modalité d’organisation du travail. Peut-être est-ce oublier un peu vite que le télétravail a également permis à notre société de continuer à fonctionner. Dès lors pourquoi pas le télétravail à 100%, dans les secteurs qui le peuvent ?

Pour Valérie Flohimont, « Quelles que soient les disciplines et les spécialités, les conclusions sont unanimes : ce serait une très mauvaise idée, parce qu’il y aurait une perte de lien social. Le travail ne se réduit pas uniquement à de la productivité et de la rentabilité. Le travail passe aussi par les contacts humains, le collectif. On ne peut supprimer ainsi ces aspects, au risque de porter atteinte à la motivation, à la solidarité et à la collaboration sur le long terme. Au moins sur ce point, tous semblent être d’accord. »

Après la pandémie, comme le pensent beaucoup d’experts, nous ne reviendrons pas à une situation normale, si on entend par définition de « normale », la situation précédant la crise. « Une nouvelle normalité sera définie, poursuit Valérie Flohimont. Cette nouvelle normalité va sans doute passer par des aménagements. Il est très probable que le télétravail occasionnel va rester. Là, on conseille deux jours par semaine. Toutes les études vont dans ce sens-là, voire trois jours maximum. »

Cependant, il faut tenir compte de la nature du métier. En effet, certains métiers ne se prêtent pas au télétravail (caissières, infirmières, éboueurs, etc.). D’autres au contraire sont nomades par essence, comme les représentants de commerce. Ils sont tout le temps sur les routes, mais quand ils ont des tâches plus administratives, ils peuvent le faire, soit dans des bureaux-relais, soit chez eux, soit encore ailleurs. Et puis, il y a les métiers plus classiques qui ont découvert le télétravail pour la première fois, ou presque, depuis le confinement. Là, des adaptations peuvent être faites.

Valérie Flohimont : « C’est un peu la direction que va prendre la société. Et, à présent que les gens ont découvert le télétravail, ceux qui habitent en province, par exemple, ne vont plus se déplacer pour des réunions d’une demi-heure ou trois quarts d’heure à Bruxelles ou vice-versa quand les temps de trajets sont longs. Ils ne le feront probablement plus, se débrouilleront et passeront par des réunions virtuelles… »

Pour tous ?

Un autre élément dont il faut tenir compte pour organiser le télétravail est la culture des organisations car toutes ne s’y prêtent pas. Dans l’enseignement secondaire, par exemple, peut-on raisonnablement demander aux professeurs de continuer à donner cours à distance ? Pour Valérie Flohimont, cela sera difficile pour des professionnels qui ont besoin d’être en contact avec leurs élèves et étudiants. En revanche, dans l’enseignement universitaire, il y aura probablement des formes plus variées, des propositions mixtes.

« Il n’y aura pas une recette unique à la mode, conclut la chercheuse. Après la crise, il n’est pas question de dire aux entreprises comment s’organiser. Elles devront le faire, suivant leurs métiers, leur core business, la culture qui leur est propre. »

Anoutcha Lualaba Lekede


1. Eurofound and the International Labour Office (2017), Working anytime, anywhere: The effects on the world of work, Publications Office of the European Union, Luxembourg, and the International Labour Office, Geneva, p. 15, https://www.ilo.org/global/publications/books/WCMS_544138/lang--fr/index.htm
2
. Troisième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Bruxelles, Belgique ; Numéro de dépôt : D/2020/14.440/54 Disponible en ligne : doi.org/10.25608/xkg3-xz50,  https://www.sciensano.be/en/biblio/troisieme-enquete-de-sante-covid-19-resultats-preliminaires.
3. Eurofound and the International Labour Office (2017), Working anytime, anywhere: The effects on the world of work, Publications Office of the European Union, Luxembourg, and the International Labour Office, Geneva, https://www.ilo.org/global/publications/books/WCMS_544138/lang--fr/index.htm.
4. 13,5 % des Belges : « souvent » et 26,7% « parfois ». Eurofound (2020), Living, working and COVID-19 dataset, Dublin, http://eurofound.link/covid19data
5. Eurofound (2020), Living, working and COVID-19 dataset, Dublin, http://eurofound.link/covid19data.
6. Cinquième enquête de santé COVID-19.  Bruxelles, Belgique.

 

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