AnalysesPrévention
01.09.2023
Numero: 15

Une synthèse inédite sur les comportements favorisant une bonne santé mentale

Le nom « minds » ne vous évoquera probablement pas grand-chose. Cependant, c’est celui que s’est choisi une association suisse chargée de promouvoir la santé mentale de la population de Genève. Elle a publié, début de cette année, une brochure intitulée « Les comportements promoteurs d’une bonne santé mentale » qui est en réalité une synthèse de la littérature scientifique sur les actions et les activités que les personnes peuvent adopter afin de favoriser une bonne santé mentale et réduire la souffrance mentale. 

Hands Of Diverse Group Of People Putting Together. Concept Of Co

« Il n’y a pas de santé sans santé mentale ! » L’Organisation Mondiale de la Santé définit la santé mentale comme un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Dans cette perspective, la santé mentale implique plus que la simple absence de maladie ou de handicap mental. Elle fait partie intégrante de notre santé et de notre qualité de vie. En fait, la santé physique, la santé mentale et la santé sociale sont des composantes interdépendantes et étroitement imbriquées de l’état de santé global. Une bonne santé mentale est cruciale pour le bien-être et le bon fonctionnement des personnes, des familles, des écoles, des lieux de travail et des communautés entières. D’un point de vue politique, se centrer sur la santé mentale de la population est primordial pour atteindre les objectifs de santé publique et de société1

Quel est l’état de la santé mentale des Belges ?

L’enquête de santé publique 2018, réalisée par Sciensano, donne des indicateurs assez interpellants2 :

En Belgique, une personne sur trois ressent un mal-être psychologique. Les jeunes adultes (18-29 ans) sont de loin les plus touchés par des problèmes de santé mentale : 34% souffrent de troubles anxieux et 38% de dépression. 9% de la population belge souffre de dépression. Le nombre de dépressions est plus élevé dans le groupe des 35 à 64 ans. 12% de la population a utilisé des somnifères et des sédatifs en 2018. Le chiffre de 1.244.500 correspond au nombre de patients (uniques) qui ont reçu des antidépresseurs en 2019.
Ces chiffres datent d’avant la crise Covid. La situation a certainement encore « empiré » depuis. Ne faudrait-il pas y faire référence ici ?

Pour prendre soin de sa santé mentale

Les chiffres relatifs à la santé mentale traduisent le mal-être qui touche de nombreux Belges. La souffrance psychique concerne tout le monde et peut prendre une multitude de formes. A un moment ou à un autre, nous connaissons tous des moments de stress, d’anxiété, de dépréciation, de panique ou de désespoir. La plupart du temps, ces émotions, impressions, ressentis ne durent pas. Mais, parfois, ils peuvent s’installer et devenir des problèmes sérieux, voire chroniques.

Comme l’indique minds, l’association suisse pour la promotion de la santé mentale, « la nécessité de prendre soin de sa santé mentale est aujourd’hui une évidence. Et pourtant la souffrance psychologique, quelle que soit sa forme, n’a jamais été aussi visible. Comment prendre soin de sa santé mentale ? Entre ce que la science préconise pour préserver sa santé mentale et la capacité des individus à mettre en œuvre des actions efficaces, un décalage apparaît3 ».

La synthèse4 publiée par minds identifie trois comportements qui sont particulièrement bénéfiques à l’être humain. Les adopter au niveau individuel contribue à promouvoir sa propre santé mentale ou celle de ses proches.

  • Le self-care (la bienveillance envers soi-même) est défini comme un processus d’engagement volontaire dans des pratiques qui promeuvent la santé et le bien-être holistique. Ces pratiques peuvent être physiques, émotionnelles, relationnelles ou spirituelles.
  • La recherche d’aide est un processus par lequel une personne recherche activement un soutien auprès de ressources externes dans le but de résoudre un problème en lien avec ses émotions ou comportements.
  • Le soutien social à autrui revient à procurer à une autre personne le sentiment d’être aimée, valorisée, et de faire partie d’un réseau social. Le soutien social à autrui peut avoir un impact positif sur la santé mentale non seulement du receveur, mais aussi sur celle du donneur.

 

Concrètement, que retenir ?

Concernant le self-care, les recherches menées dans ce domaine montrent que les personnes peuvent adopter au quotidien un nombre important de comportements afin de promouvoir leur santé mentale. Ces comportements visent à se faire du bien et leur effet est souvent immédiat. Il s’agit pour la plupart d’actions simples, peu coûteuses et accessibles au plus grand nombre (en tenant compte toutefois de la situation personnelle et professionnelle de chacun). Informer les populations des effets positifs de ces comportements de self-care est important. Munies de ces informations, les personnes sont en effet en mesure d’agir (ou non) en faveur de leur propre santé mentale en adoptant les comportements de self-care de leur choix.

Néanmoins, comme cela est rappelé dans la synthèse, même en réalisant toutes ces actions régulièrement, toute personne va traverser des moments ou des périodes dans lesquels le recours à des ressources extérieures est utile. Les travaux menés dans le domaine de la recherche d’aide indiquent que les personnes sont plutôt réticentes à rechercher de l’aide, probablement à cause de préjugés négatifs concernant la souffrance mentale et le fait d’avoir besoin d’aide. Lorsque les personnes franchissent le pas et demandent de l’aide, les premières sources mobilisées sont les proches (amis, parents, conjoints). Or l’aide obtenue auprès de ces sources informelles n’est pas toujours la plus adaptée et n’a donc pas les meilleurs effets sur la santé mentale de la personne qui la demande. Ceci souligne l’importance de fournir des outils à la population sur les meilleures façons de soutenir autrui.

Le fait de fournir du soutien social aux personnes autour de soi a de nombreux bienfaits pour la santé mentale du donneur lui-même. Finalement, ces comportements sont bénéfiques à plusieurs niveaux : pour la personne qui reçoit le soutien, pour celle qui l’offre, et pour la relation entre elles. La promotion des comportements de soutien social est ainsi susceptible d’améliorer la santé mentale de la population de différentes manières.

EN SAVOIR PLUS

Anoutcha Lualaba Lekede


  1. « Santé mentale », sur https://www.sciensano.be/fr/sujets-sante/sante-mentale#qu-est-ce-que-la-sant-mentale-.
  2. « Santé mentale en Belgique : 10 chiffres-clés », sur https://www.mloz.be/fr/InfographieSanteMentale.
  3. https://minds-ge.ch/2023/02/02/minds-publie-litterature-scientifique-comportements-favorisant-une-bonne-sante-mentale/#
  4. Pereira, A., & Dubath, C. (2022). Les comportements promoteurs d’une bonne santé mentale : Synthèse de la littérature scientifique (Minds 02/2022). Genève : Minds – Promotion de la santé mentale à Genève

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