PolitiquesTravail
02.06.2026
Numero: 26

La ménopause, un peu mieux acceptée sur les lieux de travail et dans la société

En novembre 2025, la Croix Jaune et Blanche de Flandre orientale a adopté une convention collective accompagnée d’un plan de bien-être au travail, afin de soutenir les personnes pré-ménopausées et ménopausées dans le cadre de la relation de travail. C’est une avancée pour la reconnaissance de la pénibilité du travail des femmes[1] : il s’agit de la première convention collective sur le sujet, signée en Belgique. Pourtant il reste bien du chemin à parcourir pour que cette période de la vie soit davantage prise en compte. Des associations comme Femmes & Santé s’y attèlent.

E-Mag BXL santé n°26 - La ménopause, un peu mieux acceptée sur les lieux de travail et dans la société

En se basant sur la littérature scientifique qui situe le début de la ménopause (ou préménopause) à partir de 45 ans, 44,1% des toutes les travailleuses en Belgique seraient concernées par cette phase de la vie, ce qui constitue 21,85% de la population active totale, soit un cinquième de tous les travailleur·euses de notre pays (chiffres de l’ONSS du 3eme trimestre 2024). Au cours des dernières décennies, la population au travail s’est fortement féminisée. Et le groupe des femmes dans la cinquantaine va encore être amené à croître dans les années à venir.

Or cette période qui correspond à la fin de la période de fertilité et la baisse de production de certaines hormones est marquée par des symptômes divers, qui varient en intensité d’une personne à l’autre, mais qui peuvent s’additionner. Bouffées de chaleur, troubles du sommeil et fatigue, douleurs musculaires et articulaires, palpitations, pertes de mémoire et de concentration, sautes d’humeur, anxiété, pensées dépressives… : autant de circonstances qui peuvent impacter l’existence des personnes qui traversent cette étape de la vie. Selon une étude sur la ménopause menée en 2021 et 2022 par le secrétariat social Securex et l’Université de Gand auprès de 2.408 travailleuses, 87,6% d’entre elles en ont ressenti les conséquences aujourd’hui ou dans le passé. Plus d’une femme sur deux (55,3%) éprouvant actuellement des symptômes de la ménopause sont gênées dans l’exercice de leur fonction, ont besoin de plus de récupération et rencontrent des scores de burn-out plus élevés que les autres travailleur·euses. Selon 23,4% d’entre elles, il n’est pas possible d’aborder ce sujet avec son employeur. Plus grave, sept femmes sur dix, concernées ou non, ne savent pas si le sujet peut être évoqué sur le lieu de travail.

Un cadre légal

Pourtant, comme le signale l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) dans une brochure spécialement dédiée à « La ménopause au travail – Conseils pour un lieu de travail inclusif »[2], la Loi Genre du 10 mai 2007[3] vise à lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes et la Loi Anti-discrimination adoptée à la même date[4] interdit toute distinction non justifiée fondée sur l’âge et le handicap, ce qui concerne la question de la ménopause, laquelle pourrait nécessiter des aménagements raisonnables. La brochure contient des conseils afin de créer un cadre de travail inclusif et agréable, ouvert à la discussion et à la communication sur ce sujet. Cela passe également par un aménagement des locaux, des horaires de travail ou encore par une analyse des risques, conformément au Code du Bien-être au travail. L’IEFH a également publié un avis sur l’élaboration d’une politique en matière de (péri)ménopause[5].

La convention collective du travail (CCT) conclue par la direction de la Croix Jaune et Blanche et les syndicats en novembre 2025 et relevant de la CCT 330 (établissements et services de santé), va un pas plus loin et s’inscrit dans le cadre de la CCT n°104 qui stipule que chaque entreprise occupant plus de 20 travailleur·euses se doit d’établir un plan pour maintenir au travail les collaborateur·rices âgé·es de 45 ans et plus. Les pistes d’action proposées : faciliter des moments de repos et aménager des espaces ad hoc, offrir une flexibilité adaptée, proposer un accompagnement de santé, sensibiliser les supérieur·es hiérachiques, créer une brochure d’entreprise… Bref élaborer une culture d’entreprise ouverte et susceptible de maintenir les travailleuses en bonne santé dans l’emploi.

Autre cénacle où l’on réfléchit à cette question : la Conférence Interministérielle Santé publique, qui regroupe des ministres des différentes échelons politiques qui a créé en décembre 2024 un groupe de travail spécial à ce propos[6], notamment pour dresser un inventaire complet des initiatives existantes et chargé d’émettre des recommandations pour élaborer un plan structuré. Il n’y a pas encore de retours de ce groupe de travail coordonné par l’AVIQ, mais le travail est en cours[7].

Ailleurs, dans la société

Il n’y a pas que dans la sphère du travail où la ménopause est encore souvent ignorée ou passée sous silence. L’ensemble de la société semble ne pas encore avoir pris toute la mesure des effets de cette période sur la vie des femmes. Et les femmes elles-mêmes n’en sont pas forcément conscientes, a fortiori si leur accès aux soins de santé n’est pas optimal, notamment en raison des inégalités sociale de santé.

C’est pourquoi des associations actives en promotion de la santé, comme l’asbl Femmes et Santé, s’emparent de ce sujet, afin d’informer, mais aussi pour dédramatiser ce qui constitue une phase d’un cycle naturel. En mai 2025, lors de son vingtième anniversaire, l’asbl avait notamment réuni un panel d’intervenantes pour aborder les 3M (Menstruations – Maternité – Ménopause), toujours sous le coup de tabous coriaces qui empêchent un accès à des soins inclusifs et humains, et ce, afin de prôner une éducation sur le sujet pour en transformer le vécu.

Cette année, toujours en phase avec la Journée internationale d’action pour la santé des femmes du 28 mai, c’est une journée d’espaces de pratiques et de paroles à propos de la ménopause qui s’est tenue à Liège, avec des ateliers d’écriture slam, d’auto-santé, d’art-thérapie et une conférence gesticulée, organisée par le Réseau wallon d’action pour la santé des femmes et le Réseau bruxellois Genre et Promotion de la santé.

D’autres associations, comme la Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente, s’interrogent sur la construction sociale qui pourrait connoter négativement la ménopause. C’est le cas dans l’article « Règles et ménopause : encore de lourds tabous »[8], paru dans la Revue Éduquer de mars 2025. Autre piste : la conférence gesticulée de Judith Spronck intitulée « Vivre sans règles – le cauchemar de Dracula : la femme ménopausée » qui se joue à Bruxelles et en Wallonie et qui est programmée en soirée ce 4 juin par Amazone et Femmes et Santé asbl[9].

De son côté, Sofélia, la Fédé militante des Centres de planning familial solidaires, lance une campagne d’information et de sensibilisation sur la (péri)ménopause afin de visibiliser cette période de la vie encore trop méconnue du grand public, de déconstruire les stéréotypes et d’améliorer les connaissances de la population à son égard. Elle propose un sondage pour récolter les vécus et les besoins des personnes concernées. Pour y accéder : https://urls.fr/m5xzXO.

Nathalie Cobbaut

Et pourquoi pas un peu d’auto-promo avec la brochure d’éducation permanente de Question Santé : « Ménopause… Une étape et non un drame ».

[1] Dans cet article, le terme « femme » désigne toute personne ayant (eu) des ovaires, ce qui inclut les personnes en (péri)ménopause mais qui ne se définit pas comme femme.
[2] https://urls.fr/ro40o6
[3] Https://urls.fr/N0lX2V
[4] https://urls.fr/BZt4pD
[5] https://igvm-iefh.belgium.be/fr/perimenopause
[6] https://urls.fr/wTypch
[7] https://urls.fr/gQtauv
[8] https://urls.fr/6bZkhe
[9] https://urls.fr/qWiVDC

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