En Belgique, une personne sur dix vit dans la pauvreté : en Wallonie, cela représente 13% de la population et, à Bruxelles, 23%. Concrètement, cela se traduit par des difficultés à payer son logement, son énergie, ses soins de santé, etc., et aussi à se nourrir. Chez nous, on estime que 600.000 personnes recourent à l’aide alimentaire. Un chiffre qui a doublé depuis 10 ans, comme le souligne la FdSS (Fédération des Services sociaux) sur son site. Cette structure pilote, entre autres projets, la Concertation Aide alimentaire[1]. La création de cet espace de travail des organisations qui font de l’aide alimentaire en Wallonie et à Bruxelles s’est révélée une nécessité au regard des demandes d’aides croissantes.
En effet, l’aide alimentaire qui, au départ, n’avait pas été pensée pour être une aide structurelle l’est devenue de facto. A ce constat s’ajoutent d’autres éléments tout aussi préoccupants, comme la qualité des denrées distribuées qui n’est pas toujours celle souhaitée et, au fil des années, une diminution des quantités récoltées. Historiquement, l’aide reposait sur le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) et celui-ci a depuis été intégré au Fonds social européen plus (FSE+), avec pour conséquence notable une diminution des fonds alloués et des denrées distribuées. Autre coup dur pour les acteurs belges du secteur en 2026 : une diminution d’un tiers du budget fédéral dévolu à l’aide alimentaire. De 27 millions d’euros celui-ci est passé à 15 millions. Or les fonds européen et belge permettent de fournir les associations et CPAS en denrées de longue durée de conservation comme des pâtes, du riz et des conserves[2].
Contre la précarité alimentaire, la Sécurité sociale de l’alimentation ?
Le régime de la sécurité sociale peut succinctement être présenté comme le système d’assurance sociale mis en place depuis plus de cinquante ans et qui permet de garantir la protection sociale des citoyen·nes au quotidien lorsqu’iels sont confronté·es à des risques sociaux[3]. Il est basé sur le principe de la solidarité au sein de la population. La Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) s’inspire de ce modèle, à savoir une volonté d’étendre les principes de la sécurité sociale à l’alimentation et à l’agriculture, avec l’objectif affiché de construire une organisation démocratique du système alimentaire. En Belgique, c’est FIAN Belgique, une organisation de défense des droits humains qui travaille à transformer les systèmes alimentaires, en mettant la justice sociale et environnementale au centre des débats, qui est active sur la question. D’où la création du CreaSSA pour Collectif de réflexion et d’action pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation.
Comme l’explique Jonathan Peuch, chargé de recherches et de plaidoyer à FIAN Belgique, qui coordonne ce collectif, la SSA repose sur trois piliers. Le premier est l’universalité, c’est-à-dire une mesure qui est pour tout le monde. En échange d’une cotisation, chacun bénéficie d’une carte électronique de type chèques-repas, chargée d’un certain montant, qui permet d’acheter des denrées de qualité, meilleures pour la santé que celles vendues dans les grandes surfaces (qui sont ultra-transformées, riches en sel, en sucre, en matières grasses, etc.). Le deuxième pilier est la solidarité, des plus riches vers les plus pauvres, des plus âgé·es vers les plus jeunes, des travailleurs vers ceux et celles qui ne travaillent pas… Il y également la solidarité avec le monde agricole, qui découle de la volonté de lutter contre l’injustice économique observée au niveau des filières du système agricole actuel, en veillant notamment à rémunérer correctement ceux et celles qui nous nourrissent. Enfin, il y a une attention aux impacts environnementaux de l’alimentation, en protégeant et favorisant par exemple des filières durables et justes (labels bio, circuits courts…). La SSA est une approche systémique.