La FBPS est née en 2016, à la suite de la sixième réforme de l’Etat, plus particulièrement des Accords de la Sainte-Emilie, où une série de compétences exercées autrefois par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ont été transférées aux Régions et à la Cocof pour ce qui touche aux francophones bruxellois. Parmi les compétences transférées, la promotion de la santé.
Pour faire face à ces changements et aux enjeux à venir, les acteurs du secteur travaillant sur le territoire de la FWB ont jugé opportun de créer une fédération à Bruxelles et une autre en Wallonie, chacune représentant désormais les opérateurs actifs sur son territoire spécifique. Les deux fédérations sont nées en 2016, à quelques mois d’intervalle : la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé (FWPSanté), le 19 mai 2016, et la Fédération Bruxelloise de Promotion de la Santé (FBPSanté), le 21 novembre 2016… Pour la seconde, sa création intervient trente ans exactement après l’adoption de la Charte d’Ottawa, le document de référence issu de la première Conférence internationale pour la promotion de la santé.
Valoriser la promotion de la santé au sein des politiques actuelles et à venir en Région bruxelloise, tel est l’objectif poursuivi par la FBPSanté. Une mission qui s’articule essentiellement autour des trois axes suivants : faire connaître, reconnaître et défendre l’existence structurelle et financière des membres dans leurs missions de promotion de la santé ; assurer la représentation de la promotion de la santé dans les organes de concertation et de décision, qu’ils soient institutionnalisés ou non ; soutenir un plaidoyer et valoriser l’action de ses membres en matière de promotion de la santé. La fédération bruxelloise regroupe actuellement 36 opérateurs de terrain, neuf services support, un service d’accompagnement et quatre réseaux actifs en Région bruxelloise qui en font un espace de concertation et de discussion très actif. Preuve en est aussi donnée par les groupes de travail (GT) qui rythment la vie au sein de la structure. Une partie de ces GT sont communs aux fédérations wallonne et bruxelloise qui gardent ainsi des liens forts, issus des années où la plupart des acteurs du secteur opéraient sur le territoire de la FWB. Non seulement ils travaillaient sur le même territoire, mais ils se rencontraient déjà régulièrement au sein des Plateformes wallonne et bruxelloise de promotion de la santé, en quelque sorte les « ancêtres » des fédérations actuelles.
Promouvoir la santé et le bien-être des Bruxellois×es ?
Comment aider les citoyens et citoyennes de la capitale à aller mieux ? Cette question est au cœur des pratiques des acteurs et actrices de la promotion de la santé, donnant ainsi vie à la définition donnée par la Charte d’Ottawa (1986) : « La promotion de la santé est le processus qui confère aux populations les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé, et d’améliorer celle-ci. Cette démarche relève d’un concept définissant la “santé” comme la mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut, d’une part, réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d’autre part, évoluer avec le milieu ou s’adapter à celui-ci. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie ; il s’agit d’un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques. Ainsi donc, la promotion de la santé ne relève pas seulement du secteur sanitaire : elle dépasse les modes de vie sains pour viser le bien-être.[1] »
« Promouvoir la santé pour améliorer la santé et le bien-être de toutes et tous » résume assez bien le travail réalisé sur le terrain. Cependant, comme on le souligne à la FBPSanté, on est encore loin de la santé et du bien-être pour tous les Bruxellois×es. Zoé Boland, coordinatrice de la FBPSanté le souligne : « Cela fait des années que tous les acteurs de terrain, et pas uniquement ceux de la promotion de la santé, observent et déplorent un accroissement important des inégalités sociales de santé ».
Ce que le Baromètre social 2025 vient de confirmer en livrant des données assez inquiétantes : le risque de pauvreté, par exemple, touche 26% de la population bruxelloise. On dénombre à Bruxelles 47.304 bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS), soit plus que la Flandre (45.616) malgré une population cinq fois moins nombreuse. Fin 2024, 9.777 personnes sans-abri ou mal logées ont été recensées, soit une augmentation de 25% en deux ans, etc (voir aussi l’article A voir, à lire, à faire).
Outre ces données, comme le souligne la coordinatrice, le baromètre met également en exergue un contexte de multicrises (celle du Covid-19 qui a accru les inégalités sociales de santé à différents niveaux, suivie par celle de l’énergie, la guerre en Ukraine…) qui n’aide pas. Les mesures gouvernementales, comme la réforme du chômage, avec la réduction à deux ans maximum des allocations de chômage, et celle des pensions, pour ne citer que ces deux mesures emblématiques parmi d’autres, ne permettent pas aux acteurs de la promotion de la santé, comme à ceux du social-santé de manière générale, de travailler comme ils le voudraient. En effet, les services sont saturés, confrontés à des publics en grande précarité et/ou avec des problèmes d’assuétude, de mal-logement, de sans-abrisme, etc. Les thématiques traitées ou la manière de travailler sont largement impactées par ce nouveau public qui arrive dans les associations.
Une fédération, pas tout à fait comme les autres…

Si la FBPSanté, à l’instar d’autres fédérations du social-santé, a pour mission d’informer sur la promotion de la santé, de communiquer, de défendre le secteur, de faire du plaidoyer, etc., il faut néanmoins souligner que ses ressources restent particulièrement modestes. Son fonctionnement par exemple est assuré par deux personnes qui travaillent à temps partiel, dont la coordinatrice. Autre exemple : la fédération est reconnue comme un opérateur de la promotion de la santé parmi d’autres, lequel est financé pour les actions qu’il mène en tant que tel. La FBPSanté n’est donc pas subsidiée en tant que fédération, comme peuvent l’être des fédérations soutenues dans le cadre du décret relatif à l’organisation de l’ambulatoire et de la première ligne social-santé à Bruxelles. Une question qui n’est pas anodine et qui renvoie finalement à celle plus large du financement de tout le secteur de la promotion de la santé et de la santé en général, au moment où les inégalités augmentent et que, parallèlement, les politiques riment de plus en plus avec austérité budgétaire.
Malgré ces considérations, on note du côté de la fédération bruxelloise un certain optimisme… « Nous avons le sentiment que la promotion de la santé, dans ses méthodologies, est une approche qui est de plus en plus reconnue, explique Zoé Boland. Elle est vue comme une approche pertinente et à investir par les pouvoirs publics. Cependant, nous voyons aussi la tendance à mettre les moyens sur la gestion des conséquences et non sur les causes structurelles, comme le prône justement la promotion de la santé. Il est vraiment important d’agir sur les causes structurelles des problèmes, c’est-à-dire sur les déterminants de la santé, comme l’emploi, les revenus, le logement, l’environnement, etc., qui vont faire que les populations sont en bonne ou en mauvaise santé. »
L’avenir : entre enjeux et interrogations
S’attaquer aux causes structurelles des difficultés que rencontrent ou vivent les citoyen·nes, tel est le message que ne cesse de rappeler la FBPSanté. Pour cela, il est fondamental de partir des besoins des personnes, de les faire participer afin d’essayer de trouver des solutions adaptées. « A présent, poursuit sa coordinatrice, nous voyons effectivement dans les déclarations politiques, notamment dans la dernière Déclaration politique communautaire de la Cocof, qu’il y a une reconnaissance des principes de promotion de la santé, une volonté d’inscrire la santé dans toutes les politiques, de travailler à partir des déterminants de la santé, de mettre en avant la prévention et la promotion de la santé, notamment en passant par un doublement du budget. Pour le moment, ce sont de belles grandes intentions. Concrètement, ce qu’il y a derrière, nous ne le savons pas encore… »
La question se pose en effet dans tout le secteur, car si la cinquantaine de membres de la FBPSanté reconnus par la Cocof, sont subsidiés pour mener la politique de promotion de la santé en Région bruxelloise, les moyens alloués restent relativement modestes, comme le relève Zoé Boland : « Quand on lit le Plan de Promotion de la Santé en cours (2023-2027), on observe qu’il y a une certaine exhaustivité dans les champs qui sont couverts. Toutefois, dans la réalité, le budget reste quand même largement insuffisant pour tout mettre en œuvre. Doubler le budget de la prévention et de la promotion de la santé permettrait aux acteurs du secteur de mieux répondre aux différentes ambitions du plan ». Augmenter le budget dévolu à ces deux compétences permettrait de renforcer l’existant, renchérit la coordinatrice : « Présent sur le terrain depuis de nombreuses années, le secteur a acquis une véritable expertise : il connaît les méthodologies de l’approche en promotion de la santé parce qu’il les a expérimentées. Le secteur montre tout l’intérêt des projets qui sont menés dans ce domaine. Il faut donc renforcer les moyens de ces acteurs pour qu’ils puissent, au minimum, continuer leur travail et, au maximum, déployer plus de projets pour répondre à des besoins toujours plus prégnants du public. Renforcer les acteurs permettrait aussi d’éviter de se disperser dans de nouveaux dispositifs ou des dispositifs émergeants. Des moyens supplémentaires permettraient de pérenniser les actions de la promotion de la santé à Bruxelles, en aidant ses opérateurs à assurer un travail qui ne soit pas au jour le jour et sans vision d’avenir. »
Après plus de 614 jours de blocage politique depuis les élections de juin 2024, la Région de Bruxelles-Capitale s’est dotée depuis peu d’un gouvernement mettant ainsi fin au dispositif des douzièmes provisoires qui ont mis à mal de nombreuses structures du social-santé et d’autres secteurs en difficulté. Les préoccupations et les questions qui animent les acteurs de la promotion de la santé, les défis à relever pour les Bruxellois×es, particulièrement pour les plus vulnérables d’entre eux, seront-ils pris en compte par les politiques qui viennent de prendre leurs fonctions ? Notamment par ceux et celles qui sont chargé×es des compétences prévention et promotion de la santé ?
Anoutcha Lualaba Lekede
[1] https://www.canada.ca/content/dam/phac-aspc/documents/services/health-promotion/population-health/ottawa-charter-health-promotion-international-conference-on-health-promotion/chartre.pdf