DossierPolitiques de santé
02.06.2026
Numero: 26

La promotion de la santé, un axe important de la politique de santé bruxelloise

Le 12 février 2026 restera certainement une date importante dans les annales bruxelloises puisqu’il marque la fin de plus de 600 jours sans gouvernement dans la Capitale. Le nouvel Exécutif bruxellois s’est donc installé et, avec lui, les Bruxellois·es et les associations actives en Région bruxelloise ont aussi pu découvrir les nouveaux ministres de la Cocof. Pour le secteur associatif, pour qui les mois précédents ont été particulièrement difficiles, les enjeux sont nombreux, de même que les questions. Karine Lalieux, secrétaire d’Etat à la Région et ministre en charge de la Santé, en ce compris la Promotion de la santé à la Cocof, répond à certaines d’entre elles.

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Bxl santé : Pouvez-vous nous donner votre conception de la promotion de la santé ? Et ceci en articulation avec les matières dont vous avez la charge ?

Karine Lalieux : La politique de santé comporte toujours ces deux dimensions : les soins et la prévention, d’une part et, d’autre part, la promotion de la santé, avec des actions fortes sur les déterminants de la santé. La prévention consiste plutôt à éviter ou à réduire les risques, le nombre et/ou la gravité des maladies, tandis que la promotion de la santé est un peu décentrée, dans le sens où il s’agit de voir comment chacun peut agir ou comment collectivement agir sur la santé.

La promotion de la santé est beaucoup plus large puisqu’elle accorde une place importante à des déterminants comme le logement, les revenus, l’éducation, l’environnement, l’accès ou le non-accès aux droits sociaux, qui influencent la santé des populations. Son objectif est d’améliorer la santé et le bien-être des Bruxellois·es et, pour moi, particulièrement la santé et le bien-être des populations les plus vulnérables. L’autre grand objectif étant bien sûr la réduction des inégalités sociales en matière de santé, ce qui, selon moi, est un des axes importants de la politique de promotion de la santé. Agir sur des facteurs structurels, environnementaux, sociaux est essentiel pour « arriver » à une équité en matière de santé. Je mets le verbe « arriver » entre guillemets parce qu’évidemment ces déterminants sont très marqués et marquants dans une population fragilisée, telle que la population bruxelloise.

Je peux poursuivre avec la Charte d’Ottawa qui souligne bien cette importance d’aller vers une logique où les gens sont acteurs de leur propre santé, plutôt que patients ou consommateurs de soins, même s’il arrive que nous le soyons toutes et tous à un moment ou un autre, indépendamment de notre volonté.  La Charte accorde également une place de choix à une approche plus communautaire et plus globale de la santé. Donc s’éloigner de la prise en charge médicale et individuelle pour privilégier une prise en charge communautaire, plus holistique des différents facteurs, c’est bien à ce niveau que la promotion de la santé a un rôle à jouer. C’est un aspect fondamental pour éviter par après la surcharge du secteur médical et du secteur de soins, particulièrement de nos hôpitaux.

BS : Vous avez parlé de populations vulnérables et le Baromètre social 2025 souligne justement que 26 % de la population bruxelloise est en risque de pauvreté. Plusieurs indicateurs livrés-là ne sont guère encourageants… Quels sont les liens à faire avec le Plan social-santé intégré (PSSI) ?

KL : Il est vrai que les chiffres de l’Observatoire de la Santé et du Social ne sont pas bons. Nous avons un taux de pauvreté qui est supérieur aux autres régions, nos indicateurs de santé sont moins bons que dans les autres régions. Évidemment, il faut parfois comparer les grandes villes, parce que Bruxelles est une grande ville, mais cela n’est en rien une excuse.

Concernant ces indicateurs, s’il y en a un qui illustre parfaitement la réalité bruxelloise, c’est l’espérance de vie différente entre une commune du sud de Bruxelles et une commune du nord de Bruxelles. A Woluwe-Saint-Pierre par exemple, l’espérance de vie est de 82 ans. Elle est en revanche de 76 ans à Saint-Josse. A ce niveau également, la promotion de la santé a tout à faire par rapport à ce baromètre et  à cette dualisation qui est marquée par des chiffres. Derrière ceux-ci, il y a des personnes qui ne savent pas se soigner, qui sont mal logées, qui ne peuvent  pas se projeter ou nourrir correctement leurs enfants, etc.

La réalité bruxelloise montre qu’une politique de santé transversale, donc le PSSI, est essentielle pour les Bruxellois·es les vulnérables. J’inclus bien évidemment la promotion de la santé. Tout l’enjeu, dans le cadre de cette législature qui sera courte, est de toucher cette population. Pour moi, cet aspect est important par rapport aux actrices et acteurs de terrain :  arriver à toucher cette population. Je ne dis pas que les autres ne doivent pas être touchés, mais on sait très bien que ceux-là ont accès à l’information, aux bonnes pratiques, etc. Finalement, ils ont accès à tous ces déterminants qui leur permettent, eux et leurs enfants, de vivre en bonne santé. Les populations paupérisées ont plus de difficultés et je sais très bien qu’il n’est pas facile pour les actrices et acteurs de terrain de les atteindre.

Le principe du décloisonnement est un autre élément important, notamment dans le PSSI, parce que, même si des personnes arrivent, parfois fort tard, chez le médecin parce qu’elles sont diabétiques, présentent de l’hypertension ou des problèmes d’obésité, la promotion de la santé peut toujours jouer un rôle. Ses acteurs et actrices peuvent effectuer et assurer un suivi qu’un médecin n’aura sans doute pas le temps de faire par exemple. Idéalement, le relais de la promotion de la santé devrait être préalable, évidemment de manière globale, communautaire, sur tous les facteurs. Cependant, elle peut aussi prendre le relais, une fois qu’il y a eu des problèmes dans les trajectoires de santé. Le décloisonnement est donc fondamental pour la continuité d’un parcours de bonne santé de notre population bruxelloise, avec une attention particulière pour les plus précarisé·es.

BS : Nous sommes actuellement à mi-parcours de l’évaluation du Plan de promotion de la santé 2023-2027 ? Existe-t-il déjà des éléments qui en ressortent? Et des pistes se dessinent-elles déjà pour le prochain plan ?

KL : Il est certain que c’est sur base de l’évaluation que le Plan 2028-2032 sera rédigé. Des leçons seront tirées du plan actuel et elles donneront probablement lieu à des ajustements parce que les problématiques évoluent aussi. De toutes les façons, le prochain Plan de promotion de la santé sera co-construit avec les acteurs de terrain et notre administration.

Vous avez évoqué plus tôt les données de l’Observatoire de la Santé et du Social qui effectue un travail remarquable et dont on peut être très fier. Il est essentiel de partir de toutes ces nouvelles données parce que la population comme les besoins évoluent. Il faudra tenir compte des données sociologiques, épidémiologiques et socio-sanitaires. Sociologiquement, par exemple, on sait que la population vieillit. Cette donnée sera prise en compte dans le prochain Plan de promotion de la santé, parce qu’il n’est jamais trop tard pour faire attention à soi. L’isolement des personnes âgées va devenir une réalité croissante, avec une population vieillissante qu’on ne peut pas ignorer. Autre donnée importante et inquiétante : la santé mentale des jeunes. Un problème dont personne ne parlait avant le Covid. Voilà quelques exemples de ces nouvelles données que le prochain plan devra intégrer afin de répondre au mieux aux besoins de la population.

En matière de pistes, il est difficile en l’état d’en dire beaucoup plus alors que l’évaluation est toujours en cours. Cependant, on observe un déséquilibre persistant entre les axes structurel et thématique, c’est-à-dire entre l’axe 1 et l’axe 3. L’axe consacré aux aptitudes favorables à la santé concentre une part importante des actions, tandis que les actes portant sur les déterminants structurels de la santé sont moins investis. C’est pour ça qu’il est important de réintégrer toutes les données épidémiologiques, parce que jusqu’ici les thématiques se sont restructurées de manière assez historique. Il faudra peut-être rééquilibrer la manière de travailler sur l’alimentation, la prévention du suicide, les déterminants environnementaux, l’activité physique, etc. Peut-être aussi des rééquilibrages seront à faire avec l’évolution de la manière de prendre soin de soi.

BS : Dans les Déclarations de politique régionale et communautaire de la Cocof, il est question de doubler le budget de la santé… Il demeure néanmoins un certain flou à cet égard parce qu’on ne sait pas s’il s’agit d’un doublement pour le budget de la santé ou pour celui alloué à la promotion de la santé. Certains parlent même d’une progression de 1,1 %.

KL : Le budget a augmenté, il est de 7 millions en 2026, soit une hausse de 4,6 % par rapport à 2025. Il est clair que nous allons essayer d’augmenter le budget. Cependant la situation de la Cocof est un peu comme celle de la Région bruxelloise, elle aussi rencontre des difficultés financières. Nous allons travailler pour trouver des pistes. Actuellement, je ne peux pas me prononcer là-dessus. Mais je suis aussi ministre du budget et un·e ministre du budget est toujours très prudent·e. Mais nous essayerons de trouver des pistes pour augmenter les budgets.

Il n’y a pas eu de nouveaux projets subventionnés en 2025 puisque nous étions en affaires courantes. Dois-je rappeler que le nouveau gouvernement n’est là que depuis février 2026, avec un budget adopté le 1er mai ? Nous sommes dans une année de transition et, dans ce cadre-là, ce qui est important pour les acteurs du secteur, c’est que nous sommes enfin sortis du dispositif des douzièmes provisoires. Je dis « enfin » parce que les acteurs de terrain l’ont malheureusement subi.

Pour l’avenir, par rapport aux nouvelles données et aux nouvelles priorités, il faudra sûrement réorienter quelques nouveaux budgets ou d’autres. Il y aura sûrement des appels à projets plus spécifiques, en fonction des priorités présentées dans la Déclaration de politique générale de la COCOF.

BS : Pour terminer, quels sont, selon vous, les sujets les plus urgents sur lesquels la promotion de la santé devrait se pencher ?

KL : Comme évoqué précédemment, la santé mentale des jeunes, mais aussi celle des personnes âgées sont des données sur lesquelles il faut agir, travailler. Se pencher davantage sur le problème d’assuétudes et toute la question de la prévention me semblent nécessaire. De manière globale, ce sont les priorités mises dans l’Accord de Gouvernement régional et dans l’Accord de Gouvernement francophone bruxellois.

Finalement, j’espère vraiment réduire les inégalités sociales en matière de santé, parce qu’on sait que des inégalités sociales signifient des inégalités en matière de santé dans toute la trajectoire. La promotion de la santé joue là un rôle fondamental parce qu’on sait, par exemple, que les personnes les plus paupérisées reportent leurs soins et, par conséquent, leur état de santé se détériore. En revanche, s’il y a une prise en compte de leurs besoins et s’il y a tout ce travail communautaire et collectif en matière de bien-être, de prise en charge psychologique et physique avec la promotion de la santé, cela peut effectivement les aider à se sentir mieux mentalement et physiquement. 

Propos recueillis par Anoutcha Lualaba Lekede

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