DossierLien social
09.09.2026
Numero: 27

Faire de la Région bruxelloise un lieu de liens

Pour appréhender la qualité des liens sociaux à Bruxelles, une série de sources sont disponibles, bien qu’il n’existe pas de monitoring spécifique de l’isolement social objectif ou subjectif à l’échelle de la Région et a fortiori à des échelles plus locales (bassins, communes, quartiers)[1] . Au-delà des chiffres, de nombreuses associations poursuivent l’objectif de créer du lien social, souvent avec des publics cibles et des actions spécifiques. Des lieux de liens existent également, ainsi que des outils pour mieux appréhender cette réalité et les moyens de lutter contre l’isolement social et la solitude.

E-Mag BXL santé n°27 : Dossier - Faire de la Région bruxelloise un lieu de liens

Parmi les sources existantes, le dernier Baromètre social 2025 de l’Observatoire de la santé et du social, publié en avril 2026[1], analysait la dimension de l’intégration sociale, notamment en fonction des items « isolement social et sentiment de solitude ». Concernant la fréquence et la diversité des rencontres sociales et physiques, on y relève que 6% des Bruxellois ne rencontrent mensuellement ni amis, ni membres de leur famille (hors cohabitation). Un chiffre deux fois supérieur à celui relevé pour l’ensemble de la Belgique (3%) mais également plus élevé que la moyenne régionale des autres grandes villes belges. 8% des Bruxellois sont en en manque de soutien social et la même proportion se sent souvent seule. Quant à l’isolement social modéré, il est de 23% à Bruxelles, contre 20% à l’échelle nationale. Autre élément : le fait que près d’un tiers des Bruxellois (30%) ne rencontre que leur réseau amical. Une particularité liée à la fonction de capitale nationale et internationale de Bruxelles et l’éloignement géographique d’un certain nombre d’habitants de leur famille.

Selon une autre étude, cette fois de l’IBSA (Institut bruxellois de statistiques et d’analyses), « la vie sociale des Bruxelloises et des Bruxellois a également un impact important sur leur bien-être. »[2] Avec deux variables mises en exergue ayant un effet  positif sur le bien-être : le fait de rencontrer une fois par mois la famille ou des amis et participer régulièrement à des activités de loisirs. Il y est également relevé que pour les personnes souffrant de maladies chroniques, les contacts avec la famille et les amis sont considérés comme l’élément le plus déterminant pour ce bien-être. Vivre seul a par contre un effet négatif : la composition du ménage influence effectivement le bien-être de la population bruxelloise. Or, en 2022, 22% des Bruxellois·es vivaient seul·es, contre 16% dans l’ensemble du pays. Ce déficit de relations sociales est encore plus marqué parmi les personnes présentant les revenus les plus faibles. Ce qui fait dire aux auteurs du Focus de l’IBSA que les relations sociales sont un pilier du bien-être, mis à mal dans la capitale.

La richesse du tissu associatif, pour créer du lien

A Bruxelles, comme ailleurs, c’est sans doute la richesse du tissu associatif et, plus largement, des acteurs du social-santé actifs sur le territoire bruxellois qui peut faire la différence pour prévenir l’isolement social et le sentiment de solitude. Le fait de créer un réseau soutenant autour de la personne nécessite une connaissance fine du terrain, une politique coordonnée pour permettre un encadrement efficace et le déploiement d’activités ciblées, ainsi que des moyens pour que les structures en charge de ces politiques puissent être accessibles à toutes et tous. D’où l’importance d’un soutien fort à ce secteur de la part des pouvoirs publics.

Difficile de relever toutes les initiatives prises sur le terrain pour créer du lien, mais on peut relever des exemples de natures et d’ampleurs diverses, spécialement dédiées à cet objectif de briser la solitude de certains publics : concernant l’isolement des personnes âgées, on peut citer l’asbl Bras dessus Bras dessous. Créée voilà dix ans à partir d’une démarche citoyenne dans la commune de Forest et basée sur la mise en place d’un réseau de voisin·es solidaires au sein des quartiers impliquant des personnes âgées de plus de 60 ans vivant à domicile et des personnes plus jeunes, l’asbl a grandi sur le territoire de la Région bruxelloise (Forest, mais aussi Watermael-Boisfort, Uccle, Anderlecht et Saint-Gilles) et au-delà. L’objectif : promouvoir les échanges informels que les professionnel·les du soin et de l’aide sociale n’ont pas toujours l’occasion de cultiver. D’autres initiatives du même genre existaient déjà sur le territoire bruxellois, comme Accolage. On peut également citer Reliage de la Croix rouge qui allie lutte contre l’isolement et aide numérique, avec des actions « Ensemble, tous connectés » pour permettre aux personnes les plus fragilisées une prise en main des outils numériques.

Autre initiative, cette fois d’un CPAS d’une des 19 communes bruxelloises : le Plan Isolement du CPAS de la ville de Bruxelles, en collaboration avec les maisons de quartier de cette commune qui organisent des activités visant à renforcer la cohésion sociale sur le plan local et un numéro vert gratuit 0800/35 550 actif toute l’année permettant aux habitants de signaler une situation d’isolement. Au CPAS d’Ixelles, les projets Dentelle,  comme incubateur de liens pour adultes âgés, proposent des activités et une carte de lieux de convivialité, initiatives citoyennes et réseaux d’entraide.

Toujours dans le but de créer des liens durables, le collectif Umoya vise à faire se rencontrer des citoyen·nes établi·es en Belgique et des jeunes migrant·es. Avec une philosophie similaire, Singa Bruxelles créateur de lien fait se rencontrer des nouveaux arrivants (demandeur·euses d’asile, personnes réfugiées ou sans papiers) et des Bruxellois·es.

Autre public concerné : les familles monoparentales, au sein desquelles un parent élève seul ses enfants, ce qui peut générer de la solitude. On peut à cet égard citer La maison des parents solos qui a pour objectif d’aider ces familles à sortir de l’isolement social et à trouver un soutien pour affronter les difficultés liées à leur statut.

Les jeunes eux aussi peuvent souffrir de solitude et les AMO (Actions en Milieu Ouvert) ont pour vocation d’offrir un accompagnement individuel pour ces jeunes ainsi que des projets collectifs et communautaires.

D’une manière générale, l’ensemble des associations de terrain, entrant en contact avec des usager·es, poursuivent cette vocation de créer du lien, d’entretenir les relations sociales avec et entre les Bruxellois·es, que ce soit dans le cadre de soins, d’une aide sociale générale ou spécifique ou d’activités en lien avec leur objet social de promotion de la santé et plus largement du social-santé.

Un outil pour comprendre et agir

Il existe également des outils pour aider à une meilleure appréhension de la problématique de l’isolement social en tant que souffrance de nos sociétés modernes et pour en prévenir et combattre les effets secondaires.

E-Mag BXL santé n°27 : Dossier - Faire de la Région bruxelloise un lieu de liens 2Elaboré par la Ligue bruxelloise de santé mentale (LBSM), le Guide Lieux de liens reprend une liste non exhaustive de lieux qui contribuent à lutter contre la solitude, favorisant l’inclusion sociale et l’entraide entre pairs. Certains d’entre eux se dédient plus spécifiquement à l’accueil de personnes qui sont concernées par la question des troubles psychiques. D’autres s’adressent à un public jeune. D’autres encore se définissent comme des lieux d’accueil inconditionnel. L’idée est de répertorier ces lieux où chacun·e a sa place et peut entrer en contact avec des accueillant·es ayant diverses compétences ainsi que d’autres usager·es. On y trouve de l’information, un accompagnement vers l’offre de soins et d’aide spécialisés, mais aussi des activités culturelles sociales, sportives et des actions communautaires.

Autre outil à épingler : Club SOLO, développé par l’asbl Cultures&Santé en 2025 et qui s’adresse aux professionnels de la santé, du social, de l’éducation permanente, de l’insertion professionnelle… afin de leur proposer des « Regards sur une société qui isole ». Il contient un guide théorique et d’animation, des cartes « Evolution » sur les transformations de la société et « Histoire » avec des récits de vie.

Cet outil a pour but de sensibiliser aux impacts de l’isolement social sur la santé, en analysant dix évolutions de la société qui aggravent cet isolement social et en proposant des solutions concrètes aux niveaux individuel, collectif et sociétal. Parmi ces évolutions, certaines sont le résultat direct de politiques publiques, telles que le durcissement des politiques migratoires, la baisse des budgets alloués aux services publics ou encore la numérisation de la société. D’autres seraient plutôt dues à des changements de société, comme les familles monoparentales et les mamans solos, la disparition des petits commerces ou la médiatisation de l’insécurité. Enfin certaines de ces évolutions résultent d’un manque d’interventions comme la paupérisation ou l’aggravation des discriminations à l’égard de certains pans de la population. « Club Solo » pointe les responsabilités de la société, ce qui allège le poids de la responsabilité individuelle.

L’outil se veut également positif et envisage des solutions pour battre en brèche l’isolement social et le sentiment de solitude, en faisant la part des choses entre les solutions à mettre en œuvre sur le plan individuel, à l’échelle de la collectivité et de manière structurelle. Pour reprendre une des évolutions sociétales comme la précarisation de la société, les pistes évoquées pour une action individuelle seraient de faire valoir ses droits en ayant recours à des aides juridiques et sociales associatives. Sur le plan collectif, le fait de s’organiser en comités de quartiers, en unions ou en syndicats permettrait de partager les réalités vécues et de s’entraider, mais aussi de se faire entendre ou de participer à des actions pour empêcher certains projets. De manière plus structurelle, il s’agit de lutter contre l’évasion, la fraude et l’optimisation fiscales ou de rendre réelle la progressivité de l’impôt.

Pour en savoir plus sur l’outil « Club Solo » et télécharger l’outil : https://www.cultures-sante.be/outils-ressources/club-solo-regards-sur-une-societe-qui-isole/

Nathalie Cobbaut

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